De la Hongrie au Maroc en passant par le Mexique, c’est a minima une dizaine d’Etats qui se sont offerts les services de la société israélienne NSO et de son logiciel espion Pegasus pour surveiller les communications de journalistes, politiques, militants ou opposants. Le tout pour une somme très modique, au regard des puissantes capacités de cet outil d’écoute à grande échelle.La sécurité et la protection de la vie privée sont devenues, chez Apple, un véritable argument commercial pour vendre ses smartphones. C'est notamment ce que ses affiches et spots publicitaires vantent depuis le printemps. Mais cette campagne ne pouvait pas plus mal tomber. Depuis dimanche, un consortium de médias lève le voile sur une vaste affaire d'espionnage. Celle-ci liée à l'utilisation, par plusieurs Etats, de Pegasus, un logiciel ultra-performant capable de siphonner toutes les données des smartphones iPhone ou Android.
Celui-ci a été développé par NSO, une société israélienne. Il est capable de récupérer toutes les correspondances écrites - qu'il s'agisse de textos ou même des conversations WhatsApp et Telegram -, les carnets d'adresses, ou d'écouter les appels téléphoniques. Pour ce faire, Pegasus, qui exploite les failles logicielles d'Apple et de Google grâce à une armada de hackers, n'a besoin que d'une chose : le numéro de téléphone de la cible. Et c'est tout. Si au début, ce dispositif de surveillance nécessitait que le propriétaire du smartphone active un lien Internet, envoyé par exemple via un texto, pour infester le terminal, cette étape n'est même plus nécessaire. Espionner à distance avec cet aspirateur numérique semble presque relever d'un jeu d'enfant.
Une liste de 50.000 numéros téléphoniques
L'outil semble taillé sur mesure pour lutter contre le terrorisme et autres organisations criminelles ou mafieuses. C'est seulement à ces fins que NSO affirme commercialiser sa solution. Mais force est de constater que ce n'est pas exclusivement le cas. Loin de là. Depuis dimanche, un consortium de 17 médias internationaux - dont Le Monde et Radio France dans l'Hexagone - multiplient les révélations sur la manière dont Pegasus a permis à plusieurs gouvernements d'espionner des journalistes, des politiques, des militants et autres opposants à travers le monde. Ces enquêtes sont basées sur une liste, établie en 2016, de près de 50.000 numéros de téléphones que les clients de NSO avaient sélectionnés pour une surveillance potentielle. Elle a initialement été récupérée par les organisations Forbidden Stories et Amnesty International.