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Dette : Moody's pourrait dégrader la note de la France

latribune.fr

Publié le 25 octobre 2024 à 05:03 - Mis à jour le 25 octobre 2024 à 12:00

La charge de la dette est aujourd'hui le deuxième poste budgétaire en France derrière l'éducation avec plus de 50 milliards d'euros et elle pourrait devenir le premier d'ici à 2027.

La charge de la dette est aujourd'hui le deuxième poste budgétaire en France derrière l'éducation avec plus de 50 milliards d'euros et elle pourrait devenir le premier d'ici à 2027.

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L'agence de notation Moody's doit dévoiler ce vendredi son évaluation de la note de la dette souveraine de la France, un rendez-vous à haut risque pour le pays, fragilisé par la dérive de ses comptes publics.

Alors que les députés siégeront encore samedi pour examiner la partie « recettes » du budget 2025, un abaissement de la note de la dette souveraine de la France par Moody's pourrait s'inviter dans les débats. C'est en effet ce vendredi que l'agence de notation doit dévoiler son évaluation. Moody's note actuellement la France « Aa2 » (l'équivalent de 18 sur une échelle de 20 niveaux de notation), un cran au-dessus des deux autres grosses agences Fitch et S&P (« AA-» ), et pourrait s'aligner sur celles-ci malgré une perspective « stable ».

« Ce serait mieux pour la France que l'agence se contente d'abaisser la perspective à négative en maintenant la note inchangée. Mais la probabilité que Moody's dégrade la note est très fort, prévient Eric Dor, directeur des études économiques à l'IESEG School of Management.Les écarts de notes octroyées par l'agence entre la France et beaucoup de pays moins bien notés sont maintenant très difficiles à justifier », avec des performances macroéconomiques françaises souvent inférieures.

Une rétrogradation qui pourrait peser sur les taux

Une telle rétrogradation pourrait peser sur les taux auxquels la France emprunte sur les marchés, alors qu'elle est déjà sous tension en raison de ses difficultés budgétaires et de l'instabilité politique issue des élections législatives anticipées de juin-juillet. La dette française continue de séduire les investisseurs, mais ses taux d'intérêt sont désormais au niveau de ceux de pays comme le Portugal ou l'Espagne, réputés plus risqués.

«Nous sommes aujourd'hui, en Europe, un des pays les plus isolés en termes de déficit et de dette», et «nos partenaires européens nous regardent», a admis mardi le ministre de l'Économie et des Finances Antoine Armand, sur la chaîne TF1.

Selon le cabinet Asterès, plus que les décisions des agences de notation, dont les conséquences seraient selon lui « limitées sur les coûts d'emprunt de l'État français », c'est la situation en France qui importe surtout. La charge de la dette est aujourd'hui le deuxième poste budgétaire derrière l'éducation avec plus de 50 milliards d'euros et elle pourrait devenir le premier d'ici à 2027. Cela réduit d'autant les marges de manœuvre financières.

«Souvent, l'impact d'une dégradation est insignifiant parce que les investisseurs sur les marchés étaient déjà au courant des problèmes du pays concerné et en tenaient déjà compte pour déterminer le taux d'intérêt exigé sur ses obligations», relève Eric Dor.

A LIRE AUSSI

Budget : « Il y a un problème de crédibilité sur les prévisions »

Pour préserver la crédibilité de la France, le gouvernement souhaite en 2025 réduire les dépenses publiques, dont elle est championne en Europe, et augmenter les impôts des entreprises et des riches contribuables. Il peine cependant à convaincre une Assemblée nationale fragmentée, où il est minoritaire.

Les atouts de la France (économie diversifiée, systèmes fiscal et bancaire solides notamment) «risquent d'être insuffisants» face à la difficulté «d'obtenir une majorité pour voter les mesures nécessaires à l'assainissement des finances publiques», ajoute Éric Dor.

Le Fonds monétaire international (FMI) a alerté contre un risque de dérapage important sans efforts supplémentaires : le déficit atteindrait alors 5,9% l'an prochain et resterait à ce niveau en 2029, avec une dette culminant à 124,1% du PIB à cet horizon.

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De nouveaux échanges vifs à l'Assemblée

« Le gouvernement a présenté des idées, des propositions qui vont dans la bonne direction, mais nous attendons plus de clarté sur les mesures qui seront réellement mises en œuvre en France », a affirmé mercredi Vitor Gaspar, directeur du département des affaires budgétaires auprès de l'institution de Washington, lors d'une conférence de presse.

Cette clarté attendue ne viendra sans doute pas de l'Assemblée qui a été le théâtre jeudi soir de vifs échanges, la gauche et le RN accusant les groupes gouvernementaux de faire de « l'obstruction », en ayant déposé de nombreux amendements sur le budget 2025, ce qui pourrait in fine conduire à une transmission du texte au Sénat sans que l'Assemblée ait pu se prononcer.

« Il ne s'est jamais vu dans un budget que les députés soutiens du gouvernement déposent 45% des amendements », a attaqué de son côté la présidente du groupe LFI Mathilde Panot. Une des craintes des députés est que les groupes gouvernementaux laissent délibérément se prolonger les débats, afin d'entrer dans le champ de l'article 47 de la Constitution, selon lequel si l'Assemblée n'arrive pas à se prononcer en première lecture sur un projet de loi de finances au bout de 40 jours (le 21 novembre), le gouvernement saisit le Sénat, « un 49.3 silencieux » a accusé la députée Danielle Simonnet (groupe Écologiste et Social).

L'exécutif entend ramener le déficit public de 6,1% du PIB en 2024 à 5% en 2025 pour revenir dans les clous européens en 2029, avec 2,8%. Alors que la croissance atteindrait 1,1% en 2025 comme cette année, partiellement pénalisée par les mesures de redressement, la dette publique continuerait de gonfler pour frôler les 115% du PIB, presque le double du maximum fixé à 60% par Bruxelles.

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La décision de Moody's interviendra deux semaines après celle de Fitch, qui a placé la France sous « perspective négative » sans revoir sa note à la baisse, malgré des « risques (...) accrus » et des doutes sur les prévisions officielles de déficit. L'agence S&P doit se prononcer quant à elle le 29 novembre. Elle avait abaissé en mai la note française de « AA » à « AA- ».

(Avec AFP)

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