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Dette publique : la Banque de France juge "irresponsable" de parier sur un "maintien des taux bas"

latribune.fr

Publié le 19 janvier 2022 à 12:18 - Mis à jour le 19 janvier 2022 à 19:00

France: l'activite se stabilise, les previsions confortees, declare la banque de france

Une hausse de 1 point pourrait coûter "au bout de dix ans 39 milliards d'euros par an" aux finances publiques françaises, a mis en garde mardi le gouverneur de la Banque de France,

Charles Platiau

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Alors que la normalisation des politiques monétaires gagne du terrain aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, notamment pour tenter d'enrayer une inflation galopante, le gouverneur de la Banque de France appelle à anticiper à un tel mouvement en zone euro. Aussi, pour que la France soit protégée en cas de remonter des taux, François Villeroy de Galhau estime qu'il faut réduire la dette publique française. En Europe, le débat sur l'évolution du pacte de stabilité - et notamment le niveau de créances acceptable - est de nouveau au coeur d'une joute franco-allemande.

C'est un débat qui agite la plupart des banques centrales des grandes puissances économiques occidentales. Face à l'inflation galopante en Europe (+5% en décembre sur un an) et aux Etats-Unis, faut-il modifier la politique monétaire, jusqu'ici marquée par des taux bas pour protéger d'abord les économies stoppées par la crise sanitaire, puis pour favoriser leur relance ? Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, la tendance est à un relèvement du prix de l'argent.

Si, en Europe, la banque centrale assure qu'une hausse des taux est "très improbable en 2022", le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, n'écarte pas cette possibilité. Et a pris sa calculette pour tenter de chiffrer ce que pourrait coûter à l'Etat français une modification de cet instrument de politique monétaire.

39 milliards par an en plus ?

Et l'addition pourrait être salée : une hausse de 1 point pourrait coûter "au bout de dix ans 39 milliards d'euros par an" aux finances publiques françaises, a mis en garde mardi le gouverneur de la Banque de France, rappelant que ce montant correspond au budget annuel du ministère de la Défense. Ce relèvement du coût de l'argent "n'a rien d'un scénario extrême, au contraire", selon le gouverneur qui n'a pas fixé d'horizon temporel pour un relèvement du loyer de l'argent.

Si la Banque centrale européenne estime toujours que l'inflation est transitoire, et qu'elle devrait se stabiliser autour de 2% pour la France, la poursuite de la flambée des prix n'est pas totalement exclue. Dans ce cas, "n'ayez aucun doute que nous, Eurosystème et conseil des gouverneurs de la BCE, aurons la volonté et la capacité d'adapter plus vite notre politique monétaire", a déclaré M. Villeroy de Galhau devant les étudiants de l'université de Paris-Dauphine. La hausse des taux, en limitant les liquidités disponibles sur le marché, pourrait influer sur le niveau de l'inflation.

2.151 milliards d'euros de dette française

Pour la France, cette hausse des taux pourrait en effet lui coûter cher, notamment dans un contexte où le déficit des finances publiques continue à être dans le rouge. Le ministre Olivier Dussopt a confirmé dimanche un déficit de 7% du PIB pour l'année 2021, un résultat meilleur que celui redouté au début de l'année, qui tablait sur un déficit d'environ 8%. 

Dans le détail, le déficit de l'Etat s'élèverait à 171 milliards d'euros, soit "près de 34,5 milliards de moins par rapport à nos dernières prévisions". Quant à celui de la Sécurité sociale, il serait de l'ordre de 25 milliards sur l'exercice.

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Selon l'Agence France Trésor, le bras armé de l'Etat dans la gestion de la dette française, le besoin de financement du pays pour l'année 2022 s'élèvera à 297,6
milliards d'euros en 2022, dont 144,4 milliards d'euros liés au refinancement d'obligations arrivant à échéance.

Mais les résultats du déficit budgétaire sur l'année, bien que meilleurs qu'attendus, continuent de creuser la dette française. Au 31 novembre, elle s'élevait à environ 2.151 milliards d'euros, soit environ 115% du PIB français.

"Irresponsable"

Or, ce ratio inquiète le gouverneur de la banque de France, notamment dans la perspective d'un relèvement des taux. François Villeroy de Galhau affirme "qu'une simple stabilisation" de la dette publique "n'est pas soutenable" en France, "parce qu'il serait irresponsable de parier sur le maintien du niveau extrêmement favorable des taux d'intérêt aujourd'hui".

D'autant plus qu'un autre risque pèse sur le financement des Etats. En zone euro, la Banque centrale européenne a confirmé la fin du programme d'achats d'urgence face à la pandémie (PEPP). Ce programme de rachat d'actifs - qui permet notamment l'acquisition des dettes des pays de la zone monétaire sur le marché secondaire - s'élève sur la période à 1.850 milliards d'euros. En clair, fort de cette puissance financière, l'institution basée à Francfort garantissait aux acteurs financiers (fonds, banques) de racheter les titres de créances émis par les États. Un pays émet un titre de dette, un investisseur privé l'achète sur le marché principal, puis la revend à la BCE sur le marché secondaire. Ce mécanisme à plusieurs étages permet à l'institution d'acheter des titres des Etats sans contrevenir aux traités, qui interdisent l'acquisition directe de titres de créance.

Normalisation monétaire ?

La fin de cette politique d'urgence pourrait donc réduire l'appétence des acteurs privés à financer de la dette française ou italienne. Toutefois, le programme de rachats d'actifs permanent (APP) de la Banque centrale européenne, mise en place lors de la dernière crise financière, poursuit ses activités. Dans une note de décembre 2022, l'Agence France Trésor remarquait toutefois les changements attendus, notant "une forte décélération des achats est prévue malgré une hausse temporaire de l'APP au T2 2022, avec un rythme mensuel moyen passant d'environ 90 milliards d'euros au T4 2021 (APP et PEPP), à 40 milliards d'euros au T2 2022, et 20 milliards d'euros au T4 2022."

Face à cette normalisation monétaire qui se profile, le gouverneur de la Banque de France appelle à une réduction de la dette française. Pour ramener en dix ans le niveau de la dette publique en-dessous de 100% du PIB, contre environ 115% aujourd'hui, le gouverneur mise sur la croissance et sur une "meilleure efficacité et maîtrise de nos dépenses publiques".

Stabiliser la dépense publique

François Villeroy de Galhau se dit convaincu que la modernisation du service public "n'est pas incompatible avec sa capacité de performance et d'innovation". Il assure qu'il "ne s'agit donc pas de réduire globalement les dépenses publiques, mais de tendre vers leur stabilisation" en limitant leur croissance en volume à 0,5% par an "à taux de prélèvements obligatoires constants". Selon le site spécialisé Fipeco, la croissance annuelle moyenne des dépenses publiques, hors intérêts de la dette, est passée de plus de 2% dans les années 2000 à 1,1% entre 2011 et 2019, avant de remonter à 5,5% en 2020 en raison de la crise sanitaire.

Le gouverneur mise donc sur une action du gouvernement, d'autant plus qu'il a écarté, l'été dernier, toute possibilité d'annuler une partie de la dette française, notamment celle détenue par la Banque centrale européenne. François Villeroy de Galhau martelait que ce "miracle monétaire n'est pas une option". Il expliquait : "certains font croire que l'annulation de la dette détenue par la Banque de France et l'Eurosystème serait une solution. Il n'en est rien. Une dette ne peut pas être annulée; elle peut être refinancée à échéance, mais ce n'est jamais automatique. Et le prêteur ne refinancera que s'il a confiance en la soutenabilité de cette dette. Un prêteur, privé ou public, qui ne serait pas remboursé, ne prêtera plus," défendait-il.

A LIRE AUSSI  | Annuler la dette française ? "Ce miracle monétaire n'est pas une option" pourfend la Banque de France

Reste que le débat de la dette est aujourd'hui au cœur des préoccupations européennes, mais sur son volet réglementaire, incarné par le pacte de stabilité monétaire et les fameux critères de Maastricht. Le ministre français de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a jugé dimanche que certaines de ces règles étaient obsolètes, notamment celle de la dette publique. Pour rappel, ce cadre impose que la dette publique d'un pays soit inférieur à 60% du PIB et leur déficit ne peut pas excéder 3% de leur PIB. Ces règles ont été suspendues pour cause de crise sanitaire, suite aux dépenses publiques massives des Etats et, en conséquence, la hausse des dettes publiques.

La dette au cœur d'une joute franco-allemande

"Avant la crise, il y avait un écart de près de 40 points de PIB entre les membres les plus et les moins endettés de la zone euro. Il y a maintenant un écart de plus de 100% entre eux", constate Bruno Le Maire. Le responsable français appelle notamment à la mise en place "des calendriers et des objectifs différents pour chaque pays".

Paris a fait de l'avènement d'un "nouveau modèle de croissance" l'un des sujets prioritaires de sa présidence du conseil de l'UE au premier semestre, avec notamment un sommet en mars à Paris qui y sera consacré. L'idée est notamment de réfléchir sur la prise en compte des investissements "verts" dans le déficit public et la dette. "La croissance vient avant la stabilité. Il faut un pacte, il faut des règles communes, mais ce doit être un pacte d'abord de croissance", a poursuivi le locataire de Bercy.

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Mais la position française s'oppose à celle - plus rigide - de l'Allemagne. Berlin a plaidé lundi pour le retour de la rigueur budgétaire dans l'UE face aux appels à la souplesse de la France. "Maintenant il est temps de reconstruire des marges de manœuvre budgétaires, c'est pourquoi je défends fortement une réduction de la dette souveraine", a déclaré le ministre allemand des Finances, Christian Lindner.

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