C'est un signal d'alarme que les chefs à plumes normands auraient tort de prendre à la légère. Dans une étude réalisée en partenariat avec le conseil régional, l'Insee montre que la Normandie pourrait perdre près de 300.000 actifs à un horizon de trente ans (-13%). Davantage en proportion que dans toutes les autres régions de la France métropolitaine, y compris dans le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté qui, elles aussi, devraient accuser un recul supérieur à 10%.
Pour arriver à ce résultat, les statisticiens ont prolongé les tendances actuelles en combinant les trois facteurs qui font varier le nombre de personnes en âge de travailler : les entrées et sorties du marché du travail, le taux d'activité et les migrations résidentielles. Autrement dit, les changements de lieux d'habitation. C'est sur ce dernier point, par nature compliqué à anticiper, que la situation de la Normandie diffère le plus de celle de ses devanciers.
Les projections de l'Insee montrent que si la pente perdure, le nombre d'actifs partants restera nettement supérieur à celui des entrants, alors que l'écart est plus faible dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté. L'écart est encore plus marqué avec les régions situées sous la Loire, comme l'Occitanie et l'Aquitaine dont le magnétisme ne semble pas devoir se démentir d'ici 2050. En clair, à moins d'une inversion de la courbe, la Normandie continuera « d'exporter » vers l'Ouest ou le Sud plus de bras et de cerveaux qu'elle n'en « importe ».