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Face aux députés, Jean Castex détaille le casse-tête de la relance

latribune.fr

Publié le 15 juillet 2020 à 12:48 - Mis à jour le 15 juillet 2020 à 22:20

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Gonzalo Fuentes

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40 milliards pour l'industrie, 20 milliards pour la transition écologique... Jean Castex a égréné les priorités du gouvernement dans son discours de politique générale à l'Assemblée nationale. Le nouveau bras droit d'Emmanuel Macron tient deux fronts simultanés: celui de la relance obligatoire en pleine crise sanitaire, et celui qui garantit l'image de réformateur voulue par l'Elysée. Et de rappeler que sa mission tenait sur "600 jours".

Comme ses prédécesseurs avant lui, Jean Castex s'est livré ce mercredi 15 juillet à l'exercice du discours de politique générale que prononce le Premier ministre devant les députés. Pendant une heure au perchoir du Palais-Bourbon, le nouveau locataire de Matignon est monté au front pour énumérer les priorités de son gouvernement dans la France mise à l'arrêt pendant trois mois face à la pandémie de coronavirus. Décentralisation, emploi, haut commissariat au Plan, rôle de l'État... Jean Castex va employer ses "600 jours" avant la fin quinquennat pour résoudre le casse-tête de la relance, tout en affichant l'image du rénovateur voulue par l'Élysée.

Choisi par Emmanuel Macron pour mener cette bataille économique et sanitaire, son allocution intervient au lendemain de l'interview télévisée du président de la République; un exercice traditionnel du 14 juillet finalement reendossé, moins de deux ans avant les prochaines élections de 2022. Mais c'est Jean Castex qui tient les avant-postes : « Ce plan de relance aura bien sûr un coût pour les finances publiques. Mais l'austérité budgétaire ne saurait être la réponse », a assumé le Premier ministre face à des élus portant tous un masque rendu obligatoire dans les lieux publics clos.

Un plan de 100 milliards supplémentaires: la flambée de la dette

Et de vouloir aussi rassurer sur les 100 milliards d'euros à nouveau débloqués (en plus de 460 milliards déjà décidés) : « C'est une grande innovation par rapport à la crise 2008 ; (car) ce plan bénéfice d'un soutien exceptionnel de l'Union européenne ».

Aussi, à la question de savoir qui financera les nombreuses dépenses de l'Etat visant à éteindre la flambée dangereuse de la dette publique, Jean Castex l'a assuré : "Il n'est pas envisageable, dans le contexte que nous traversons, de demander aux Français un effort fiscal supplémentaire".

Selon le gouvernement, la dette publique devrait avoisiner les 121% du PIB cette année, contre 98,1% fin 2019.

La dette due à la crise "fera l'objet d'un cantonnement", a rappelé le Premier ministre, c'est-à-dire d'un traitement à part avec un remboursement étalé sur le long terme via une ressource dédiée.

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A lui seul, le déficit de la sécurité sociale devrait dépasser les 50 milliards d'euros cette année, notamment du fait des mesures de chômage partiel prises pour préserver l'emploi.

"C'est évidemment considérable mais nous devons faire la part des choses : ce qui relève d'une dégradation conjoncturelle liée aux circonstances exceptionnelles de la crise n'a pas vocation à peser sur nos niveaux de couverture sociale et sera donc financé dans le cadre de la dette Covid", a assuré Jean Castex.

En revanche, "ce qui révèlerait une dégradation plus structurelle de nos comptes sociaux exigera des mesures de retour vers l'équilibre", a-t-il prévenu, renvoyant à la rencontre de vendredi avec les partenaires sociaux pour "définir une méthode et un calendrier".

40 milliards pour l'industrie

Premier volet des 100 milliards, Jean Castex a annoncé que le gouvernement consacrera 40 milliards d'euros à la reconstruction de l'industrie. "Notre industrie s'est affaiblie. (...) Nous sommes aujourd'hui trop dépendants de nos partenaires extérieurs, et insuffisamment présents sur certains secteurs stratégiques. Nous consacrerons, dans le cadre du plan de relance, 40 milliards d'euros pour que cela change", a-t-il dit dans sa déclaration de politique générale.

"Dépenser sans transformer, c'est de la dépense courante. Dépenser en transformant c'est de l'investissement pour l'avenir", a soutenu Jean Castex.

"Une réorganisation de l'État"

Figure de la France locale, l'ancien maire de Prades (Pyrénées-Orientales) a aussi promis "une nouvelle étape de la décentralisation". Cette étape devra passer, comme l'a ébauché le Premier ministre, par "une réorganisation de l'État". Nouveauté par rapport à son prédécesseur Edouard Philippe, Jean Castex donne dans son discours la couleur des "territoires" à de nombreuses mesures. La nouvelle ère ouverte par Emmanuel Macron entend ainsi instaurer "une organisation territoriale de l'État, au niveau des départements".

Aussi, Jean Castex a indiqué que toutes les créations d'emploi de fonctionnaires qui seront autorisées par le projet de budget pour 2021 seront affectées dans les services départementaux de l'Etat et non les administrations centrales. "Une révolution", a prononcé, toujours impassible, Jean Castex depuis le perchoir face aux 577 élus de la Chambre.

"Toutes les créations d'emploi qui seront autorisées par le projet de loi de finances pour 2021 seront affectées, sauf exception justifiée, dans les services départementaux de l'Etat et aucun dans les administrations centrales", a affirmé le chef du gouvernement.

6 milliards pour les hôpitaux

Ensuite, Jean Castex a annoncé un plan d'investissement de six milliards d'euros dans le système de santé, venant s'ajouter aux 13 milliards d'euros de reprise de la dette hospitalière d'ores et déjà prévu par le gouvernement.

"L'objectif est de donner davantage de souplesse aux établissements, d'intégrer la qualité des soins dans les règles de financement des hôpitaux et des médecins de ville" et "de mettre l'accent sur la prévention", a-t-il précisé.

Des repas à 1 euro pour les étudiants

Rappelant que 700.000 jeunes allaient arriver sur le marché de l'emploi au mois de septembre prochain, Jean Castex a détaillé plusieurs mesures pour ces nouveaux actifs en première ligne de la crise. Afin de "soutenir les étudiants, notamment les plus modestes, qui se retrouvent en difficulté avec moins d'accès aux petits boulots", le chef du gouvernement a annoncé que "dès la rentrée, les repas dans les restaurants universitaires seront à 1 euro pour les étudiants boursiers", contre 3,30 euros actuellement.

"Aménagement" de l'assurance-chômage

Au vue du contexte, le gouvernement préfère parler d'"aménagement" de la réforme de l'assurance-chômage prévue avant la crise du Covid-19, plutôt que de sa suppression. Ces points seront abordés vendredi dans le cadre de la conférence sociale, a indiqué Jean Castex.

La réforme des retraites par point, "nécessaire"

Le nouveaux bras droit d'Emmanuel Macron, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, l'a aussi rappelé, il est "nécessaire" de mettre en œuvre la réforme des retraites universelle par points voulue par Emmanuel Macron, mais en la distinguant "très clairement de toute mesure financière, appelée parfois paramétrique".

"En matière de retraites, la crise nous invite plus que jamais à poursuivre nos objectifs vers un système plus juste et plus équitable (...) Cela implique clairement la disparition à terme des régimes spéciaux", a précisé le chef du gouvernement dans son discours de politique générale.

Craignant de nouveaux blocages, l'exécutif prend toutefois ses précautions : "je proposerai aux partenaires sociaux comme aux parlementaires que la concertation reprenne afin d'améliorer le contenu comme la lisibilité de cette réforme nécessaire, en la distinguant très clairement de toute mesure financière", a expliqué Jean Castex mercredi.

Selon les estimations dévoilées mi-juin par le Conseil d'orientation des retraites, le déficit du système de retraites devrait approcher cette année le niveau record de 30 milliards d'euros.

Accélérer la mise en place la participation et de l'intéressement dans l'entreprise

Emmanuel Macron l'avait déjà évoqué. Son Premier ministre devra plancher sur la mise en place de nouveaux dispositifs permettant de généraliser la participation et l'intéressement des salariés d'une entreprise. "Je souhaite que le dialogue social s'empare sans délai des questions du partage de la valeur dans les entreprises et prévoit les conditions d'une relance de la participation et de l'intéressement", a-t-il déclaré.

Écologisme plutôt que décroissance

Autre mesure phare annoncée, le déblocage de 20 milliards d'euros pour "faire de l'économie française la plus décarbonée d'Europe". La formule s'est voulue slogan. Devant l'Assemblée nationale, le nouveau chef du gouvernement a proposé de mobiliser "plus de 20 milliards d'euros pour la rénovation thermique des bâtiments, pour réduire les émissions des transports et de nos industries, pour produire une alimentation plus locale et durable, pour soutenir les technologies vertes de demain comme les batteries, pour mieux recycler et moins gaspiller".

Dans le détail, le Premier ministre a affirmé qu'il prévoira "un plan vélo très ambitieux" et "contractualisé" avec les collectivités, ajoutant que d'ici à la fin 2021, tous les territoires devront être dotés de "contrats de développement écologiques".

"En matière de logement, en finançant leur projet de rénovation thermique ; en matière de transport, grâce à la prime à la conversion, mais aussi en structurant mieux le marché de l'occasion et en s'appuyant sur la location longue durée", a ajouté le chef du gouvernement, qui a également mis l'accent sur le développement d'une alimentation "de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et villages de France".

M. Castex a par ailleurs promis la mise en place d'un moratoire pour l'installation de nouveaux projets de centres commerciaux dans les zones périurbaines "pour lutter contre l'artificialisation des sols", neuf mois après l'abandon par le chef de l'État du méga-projet contesté d'EuropaCity au Nord-Est de Paris.

"Nos entreprises doivent évoluer, et les investissements massifs du pacte productif vont les y aider", a encore lancé le Premier ministre. "A nous de concilier transition écologique et pouvoir d'achat", a-t-il ajouté, rappelant que les travaux allaient commencer pour mettre en œuvre les propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

"L'écologie n'est pas l'apanage d'une génération, d'une classe sociale, des quartiers de certaines villes ou d'un parti. L'écologie, c'est notre affaire à tous. Elle doit être créatrice de richesses", a exhorté M. Castex, qui a dit "croire en la croissance écologique, pas à la décroissance verte".

Éviter un nouveau confinement coûteux

Tandis que, sans traitement disponible du Covid-19, le spectre d'une deuxième vague plane toujours sur la France, le Premier ministre a rappelé l'annonce d'Emmanuel Macron rendant le port du masque "dans les lieux publics clos" obligatoire. Il a également promis "une intensification de notre politique de dépistage".

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"Ce que nous devons par-dessus tout éviter, c'est un retour à des formes strictes et larges de confinement, dont nous connaissons désormais le coût", a aussi glissé le locataire de Matignon dont la tâche s'annonce complexe pour concilier relance et réforme, reprise et sérieux budgétaire.

latribune.fr

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