L'économie française devrait stagner jusqu'en 2020

Photo d'illustration
Reuters/Eric Gaillard

Photo d'illustration
Reuters/Eric Gaillard
L'horizon ne se dégage pas vraiment pour l'économie française. Selon les dernières projections du PIB établies par la Banque de France ce mardi 17 septembre, la croissance devrait stagner à 1,3% en 2019 et 2020 avant de légèrement accélérer en 2021. L'organisation bancaire a maintenu ses prévisions au même niveau que juin dernier pour 2019 et dégradé celles pour 2020 de 0,1 point.
Olivier Garnier, directeur des études et des relations internationales à la banque centrale a expliqué la situation lors d'un point presse en ces termes :
Sans surprise, la demande intérieure reste le principal moteur de l'activité en 2019. La contribution à la valeur ajoutée est de 1,5 point. Le pouvoir d'achat par habitant devrait accélérer fortement avec une progression de 2,3%, soit la plus forte hausse depuis 2007 et un rythme bien supérieur à l'activité. Il devrait néanmoins marquer le pas à partir de 2020 à 1,4%. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette dynamique. Depuis la fin du premier semestre, le prix du pétrole a bien diminué. Il pourrait s'établir à 54 euros, soit 11 euros de moins sur un an selon la communication des économistes. Les récentes attaques contre des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite pourraient cependant changer la donne, surtout que "le prix du pétrole est une variable sensible depuis le mouvement des Gilets jaunes".
Au final, les économistes anticipent une inflation plutôt faible en 2019 à 1,3% en 2019 contre 2,1% en 2018. En ce qui concerne l'inflation sous-jacente, c'est-à-dire hors prix de l'énergie et de l'alimentation, elle devrait s'établir à 0,6% en 2019 après 0,9% en 2018.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Outre les prix de l'énergie, les différentes mesures socio-fiscales -décidées par le gouvernement pour tenter de calmer la colère des "Gilets jaunes" sur les ronds-points débutée à l'automne 2018- ont gonflé le porte-monnaie des Français. La diminution des cotisations des salariés et de la taxe d'habitation, la hausse de la prime d'activité et la défiscalisation des heures supplémentaires ont favorisé le pouvoir d'achat. Les scénarios de la Banque de France prennent en compte pour 2020 la baisse de l'impôt sur le revenu et les réductions de la taxe d'habitation programmées.
Malgré la multiplication des mesures et une inflation favorable, beaucoup d'économistes s'interrogent sur les répercussions de ces gains de pouvoir d'achat sur la consommation. "Une part importante des gains de pouvoir d'achat a été épargnée : le taux d'épargne des ménages a fortement augmenté à 15,1% en moyenne au premier semestre, contre 14,2% en 2018", expliquent les statisticiens. Ils restent malgré tout optimistes sur les perspectives. "Avec des gains de pouvoir d'achat soutenus au cours des trimestres à venir, l'accélération de la consommation des ménages devrait se poursuivre. Celle-ci connaîtrait ainsi un pic de croissance en 2020 (1,7% après 1,3% en 2019) et conserverait un rythme soutenu en 2021 (1,5%)", précise l'institution bancaire. Lors d'un récent point presse, l'économiste de BNP-Paribas Hélène Baudchon expliquait :
L'activité de l'économie tricolore serait soutenue par des créations d'emplois dynamiques en 2019. Ainsi, les prévisions ont augmenté de 122.000 par rapport à juin. Les experts anticipent 271.000 créations contre 149.000 précédemment. "Elles ralentiraient ensuite progressivement à mesure que les gains de productivité se redresseraient avec 169.000 créations en 2020 et 104.000 en 2021." Au final, le taux de chômage devrait poursuivre sa baisse pour atteindre 7,9% en 2021 contre 8,1% en 2020 et 8,5% en 2019. Du côté des salaires, ils devraient augmenter de 2% (nominal) en 2019, contre 1,9% en 2020 et 2,4% en 2021. "Les dispositifs de baisse de charge ont contribué à cet enrichissement de la croissance en emploi", a indiqué Olivier Garnier en évoquant le CICE.
Après une année 2018 favorable, le commerce extérieur devrait encore peser sur l'activité hexagonale. D'après les chiffres communiqués par les statisticiens, la contribution du solde commercial serait négative cette année (-0,1 point, contre +0,7 point l'année dernière). Les importations devraient accélérer plus vite que les exportations (2,3% contre 2,4%) et l'écart devrait s'aggraver l'année prochaine (2,3% contre 3,1%).
> Lire aussi : Commerce extérieur : des résultats en demi-teinte
Les perspectives de l'économie mondiale ne sont guère réjouissantes. Le coup de frein de l'Allemagne et l'atonie de l'économie italienne pourraient avoir des conséquences sur l'activité française. Actuellement, le débat sur la relance budgétaire outre-Rhin est ravivé par de nombreux économistes qui plaident en faveur d'une hausse des dépenses dans la première économie de la zone euro. À Berlin, les tenants de la rigueur budgétaire tentent de résister, même si de nombreux représentants du patronat réclament une relance de l'investissement. "Quand vous discutez avec des entrepreneurs en Allemagne, ils ne sont pas optimistes sur la situation politique qui pèse sur l'investissement", expliquait l'économiste Lorenzo Bini Smaghi, président du conseil d'administration de la Société Générale dans les colonnes du Financial Times récemment.
De l'autre côté de la Manche, l'économie britannique reste déprimée par la perspective du Brexit. Beaucoup d'entrepreneurs ont exprimé leurs exaspération face à l'impasse de la situation politique au Royaume-Uni. Après un précédent report au printemps, la mise en place d'un Brexit sans accord pourrait freiner sérieusement les échanges commerciaux entre les deux zones économiques. Plus globalement, lors d'une récente présentation de l'ouvrage "L'économie mondiale en 2020" du Cepii, le directeur de centre de recherche, Sébastien Jean se montrait plutôt pessimiste :
À lire également
> Lire aussi : Guerre commerciale, urgence climatique : le CEPII sonne l'alarme
Le big bang fiscal des économistes face au péril climatique et économique
« Le système international actuel est ploutocratique » : le scénario choc de Thomas Piketty pour une planète soutenable en 2100
🔴SpaceX, l'Australie contre les droits de douane de Trump, loi de programmation militaire... L'essentiel de l'actualité ce jeudi 4 juin
La crise énergétique menace jusqu'à 1,3 million d'emplois en Europe