La Banque de France abaisse ses prévisions de croissance pour 2018

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Le gouvernement, qui espère un rebond de l'activité au second semestre, table pour l'heure sur une hausse du PIB de 2%, en raison des bons résultats enregistrés l'an dernier (2,2% de croissance), qui se répercutent mécaniquement sur ceux de l'année en cours.
Le gouvernement, qui espère un rebond de l'activité au second semestre, table pour l'heure sur une hausse du PIB de 2%, en raison des bons résultats enregistrés l'an dernier (2,2% de croissance), qui se répercutent mécaniquement sur ceux de l'année en cours. (Crédits : Charles Platiau)
La Banque de France a abaissé jeudi 14 juin sa prévision de croissance pour la France de 1,9% à 1,8% en 2018, afin de tenir compte du "ralentissement temporaire" de l'activité en début d'année et de la baisse de la consommation.

La croissance devrait marquer le pas en 2018. Selon les projections de la Banque de France publiées jeudi 14 juin, le Produit intérieur brut (PIB) devrait atteindre 1,8% en 2018, 1,7% en 2019 et 1,6% en 2017. L'institution a ainsi réduit ses projections de 0,1% par rapport à ses précédentes estimations pour l'année en cours. Ces chiffres sont légèrement inférieurs aux prévisions du gouvernement qui table sur une croissance à 2% pour 2018 mais corroborent les derniers chiffres de l'Insee qui indiquaient un net ralentissement de l'activité au cours du premier trimestre.

Lire aussi : Croissance : Macron la chance, cela va-t-il durer ?

Une croissance "robuste"

Malgré cette légère révision à la baisse, les économistes de la banque centrale demeurent confiants. La croissance du PIB s'élèverait à partir de la fin du mois de juin, à un rythme de 0,4% par trimestre avec des contributions au PIB équilibrées .

"Ce rythme de croissance serait ainsi plus modéré que celui, très élevé, atteint en 2017".

L'année dernière, la croissance avait effectivement un taux de 2,3%, un niveau relativement exceptionnel au regard des années précédentes.

Ce coup de frein s'explique d'abord par le contrecoup des très bonnes performances du dernier trimestre 2017 (0,7% au T4 2017 contre 0,2% au T1 2018) mais aussi un net ralentissement de l'activité au cours des trois premiers mois de l'année. La consommation des ménages, avec la hausse des prix du tabac et de l'essence, a marqué le pas. Après cette atonie du premier trimestre, les experts indiquent que la consommation devrait accélérer au fil de l'année "au moment où les mesures fiscales soutiendraient fortement le revenu des ménages fin  2018 et début 2019 (baisse de la taxe d'habitation et des taux de cotisations salariales notamment)."  Le pouvoir d'achat devrait se renforcer dans la seconde partie de l'année.

Lire aussi : La baisse du pouvoir d'achat pourrait freiner la croissance

Coup de mou annoncé pour l'investissement des ménages

Après avoir connu une embellie en 2017, l'investissement des ménages devrait nettement ralentir en 2018. D'après les indicateurs de ventes et de mises en chantier des logements, ce mouvement devrait se poursuivre jusqu'au début de l'année 2019.

Du côté des entreprises, l'investissement devrait se stabiliser après sa forte progression en 2016 et 2017. L'amélioration du taux de marge des entreprises et la faiblesse du coût du capital devrait permettre aux sociétés de maintenir un niveau supérieur à la croissance du PIB.

Des aléas internationaux

Au niveau international, l'activité de la France devrait être soutenue en 2017 par une demande mondiale encore robuste. "Celle‑ci ralentirait toutefois ensuite assez nettement en 2019 et 2020, à la fois en et hors zone euro." La hausse des prix de l'énergie et celle du pétrole pourraient également avoir des conséquences sur les performances économiques de la France.

"Le choc de prix du pétrole affecterait négativement les perspectives de croissance, mais ceci serait en partie compensé par une demande mondiale un peu plus soutenue et des prix des concurrents à l'exportation plus dynamiques, qui contribueraient à améliorer la compétitivité relative de la France."

Plusieurs incertitudes pourraient peser sur la croissance française. La politique commerciale des États-Unis pourrait avoir des conséquences sur "la demande adressée à l'Europe et à la France en particulier, et donc la capacité de rebond de nos exportations." Les aléas concernent également la situation politique en Italie qui concentrent beaucoup d'interrogations chez les investisseurs notamment.

Recul du chômage

En dépit de ce ralentissement, l'organisme bancaire reste optimiste sur la question du chômage. Si le taux de chômage au sens du bureau international du travail (BIT) a connu une remontée au premier trimestre 2018 à 9,2% après avoir fortement baissé en 2017 (8,9%), "ces à‑coups ne remettent toutefois pas en cause sa tendance baissière, qui se poursuivrait d'ici 2020." Le taux de chômage pourrait ainsi passer de 9,2% au premier trimestre 2018 à 8,2% à la fin de l'année 2020, soit son plus bas niveau depuis la fin de l'année 2008.

Ainsi, si les créations nettes d'emplois devraient reculer, elles devraient rester dynamiques dans le secteur privé. Elles seraient ainsi proches de 200.000 en 2018 puis elles devraient se maintenir à un rythme proche de 180.000 l'année suivante après des créations proches de 300.000 en 2017. La baisse des emplois aidés devrait ralentir les créations nettes de l'emploi total en 2018 et 2019.

Lire aussi : Fin des contrats aidés : quel impact sur l'emploi ?

Une amélioration du déficit moins bonne que prévu

Ce coup de mou de la croissance n'est pas une bonne nouvelle pour les finances publiques. Selon les projections de la Banque de France, le déficit atteindra 2,5% cette année au lieu des 2,3% prévus par le gouvernement. La France devrait quand même sortir de la procédure européenne de déficit excessif dans laquelle elle se trouve depuis neuf ans. De son côté, l'inflation, mesurée par l'indice des prix à la consommation s'élèverait à 2% en moyenne annuelle, en raison de la hausse des prix de l'énergie et du tabac avant de se replier à 1,5% en 2019.

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+ Lire aussi l'interview de Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique chez Saxo : "Le risque est élevé que la croissance française déçoive à l'avenir"

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Commentaires
a écrit le 16/06/2018 à 23:47 :
Au final le mieux en 2016 et 2017 c'est grâce à la politique tant décriée de Hollande et le ralentissement du fait de la merveilleuse politique de notre premier de cordée ....😁😎
a écrit le 15/06/2018 à 19:20 :
Il ont bonne mine tous ces lapins trouillard européens, toujours en train de se la regarder au microscope, pour ne jamais prendre de décision, et Jupiter le flambeur prend la couleur qui lui va bien, celle des caves.
a écrit le 15/06/2018 à 15:02 :
L'effet Trump des vases communicants, quand la puissance politique ridiculise la logique oligarchique.

Les allemands aussi ne font pas les fiers en ce moment: "Allemagne : La Buba abaisse sa prévision de croissance pour 2018" https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1JB133/allemagne-la-buba-abaisse-sa-prevision-de-croissance-pour-2018.html

Vite un frexit.

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