La consommation à nouveau menacée, l'épargne au sommet pour les plus aisés

Le rebond de la consommation pendant l'été n'a pas permis de compenser les pertes enregistrées pendant la mise sous cloche de l'économie, selon une note du conseil d'analyse économique (CAE). Avec la seconde vague en cours, les perspectives s'assombrissent pour l'automne pour les ménages les plus modestes, a alerté le centre de recherches.
Grégoire Normand
(Crédits : Reuters)

Les clignotants sont à nouveau au rouge pour l'économie tricolore. Après un printemps désastreux et une reprise économique meilleure qu'attendu cet été, les moteurs du rebond s'essoufflent cet automne. La multiplication des foyers de contamination et la mise en oeuvre de nouvelles mesures de restriction dans les grandes métropoles française assombrissent les perspectives économiques pour la fin de l'année. Selon une note éclairante du conseil d'analyse économique (CAE) rendue publique ce lundi 12 octobre, même si la consommation a redémarré depuis le déconfinement, le retour d'une seconde vague menace clairement la reprise de l'économie.

"La consommation a bien rebondi pendant l'été mais elle est sur une ligne de crête depuis la rentrée. Les revenus des ménages les plus modestes ont été les plus affectés par la crise. L'urgence est de renforcer l'arsenal à l'égard des plus modestes" a expliqué l'économiste et enseignant à la London School of Economics (LSE) Camille Landais ce matin lors d'un point presse. Alors que les discussions sur le projet de loi de finances 2021 débutent ce lundi à l'Assemblée nationale, beaucoup d'associations et d'organisations ont tiré récemment la sonnette d'alarme sur la situation des plus modestes et des plus précaires. Face à ces risques, le gouvernement doit annoncer un nouveau plan pauvreté le week-end prochain.

> Lire aussi : La pauvreté, angle mort du plan de relance : France Stratégie tire la sonnette d'alarme

Une reprise de la consommation en aile d'oiseau

La trajectoire de la reprise de la consommation dessine une aile d'oiseau selon les données de transaction bancaire collectées par les chercheurs du conseil d'analyse. "Après la chute de la consommation pendant le confinement qui a correspondu à une perte annualisée de 6,3% par rapport à 2019, la consommation, telle que mesurée par les données de cartes bancaires, a rapidement rebondi avec depuis le déconfinement un retour à une consommation à un niveau normal avec même, en terme annualisé à nouveau, une augmentation de 0,7 %"indiquent les économistes. En dépit de cette dynamique, les pertes de consommation lors du confinement sont loin d'être compensées, notamment pour certains biens. C'est même l'un des risques majeurs à surveiller pour la suite pointent les auteurs. Ces difficultés pourraient amplifier les risques de défaillances pour les entreprises qui seraient confrontées à la fois à des risques de liquidité mais également de solvabilité.

Les gagnants et les perdants

La mise sous cloche de l'économie tricolore a entraîné des répercussions très hétérogènes selon les secteurs. Dans leurs travaux, les économistes indiquent que les dépenses de consommation pour les services à la personne ont considérablement chuté pendant le confinement du printemps et ont peu rebondi après le déconfinement. Les entreprises dans ce secteur devraient être durablement affectées par cette violente crise.

A l'opposé, les entreprises spécialisées dans l'informatique ont vu leur activité augmenter avec une hausse de la consommation de 13% et 24% pendant et après le confinement. "Il y a une énorme hétérogénéité sectorielle, explique Camille Landais. Pour les biens durables, il peut y avoir un rattrapage de la consommation. C'est intéressant car cela illustre les perspectives des ménages. En période de récession, il y a un effondrement de la consommation de biens durables. Là, la bonne nouvelle est qu'il y a eu un rattrapage. En revanche, on voit beaucoup plus de difficultés des dépenses de consommation dans les restaurants et loisirs. Dès septembre, il y a eu le retour d'une spirale catastrophique avec les nouvelles mesures de confinement." Ces différences entre les biens durables et les biens de consommation du quotidien signifient que certains secteurs vont continuer à être bien plus affectés que d'autres dans les mois à venir.

Une montagne d'épargne inégalement distribuée

Avec les mesures drastiques de confinement décidées au printemps, les Français ont accumulé une montagne d'épargne forcée estimée à environ 100 milliards d'euros par plusieurs organismes comme la Banque de France. Sans vraiment de surprise, les travaux des économistes montrent que cette épargne est inégalement distribuée. "Si l'épargne globale des ménages pendant la période a été massive (près de 50 milliards d'euros de plus que ce qu'aurait prédit la continuation de la tendance pré‐Covid), elle a été très fortement concentrée sur les deux derniers déciles. Le surcroît d'épargne des deux déciles les plus aisés s'élève en effet à 32 milliards d'euros" signalent les auteurs de l'étude. Ainsi, 70% du patrimoine financier a été réalisé par 20% des ménages.

"Cette masse de patrimoine financier est très inégalement distribuée. La baisse de la consommation a été moins prononcée pour les ménages les plus modestes pendant le confinement et a rebondi après le confinement. La consommation chez les plus riches a plus baissé et a moins rebondi. Cela est lié à la nature des ménages. Les plus modestes ont puisé dans leur épargne pour passer leur été. Leurs revenus ont été fortement impactés par la crise. Tout cela est lié à l'évolution de la valeur des actifs. Le patrimoine financier des plus riches s'est envolé. La dette des ménages modestes s'est envolée alors que les plus riches ont profité de cet accroissement de liquidités pour rembourser la dette", a déclaré Camille Landais.

Les risques se multiplient chez les plus modestes

Après avoir mis en oeuvre des mesures d'urgence économique et sociale pour éviter la casse chez les entreprises (Prêts garantis par l'Etat, fonds de soutien, report des cotisations et des prélèvements obligatoires) et les actifs (chômage partiel, report de la réforme de l'assurance-chômage), le gouvernement va devoir affronter les conséquences terribles de la récession en cours. "Les plus pauvres n'ont pas de coussin d'assurance" a rappelé Philippe Martin, président du CAE. Ils ont plutôt désépargné. Il va falloir revenir sur cette question dans le plan de relance avec de plus grands transferts vers les plus pauvres". De son côté, Camille Landais a tiré la sonnette d'alarme sur les conséquences de la recrudescence de l'épidémie. "Avec la seconde vague, ce sont les ménages en bas de la distribution qui vont le plus subir. Il va falloir mettre le paquet sur le bas de la distributions sinon il y aura de la casse" a-t-il averti.

Grégoire Normand

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