La chute de la demande, un défi pour le plan de relance

En plein dans une politique de l'offre menée par le gouvernement pour relancer l'économie, les entreprises sont avant tout touchées de plein fouet par un choc de la demande, selon une enquête du ministère du Travail menée auprès de salariés. Avec la multiplication des foyers de contamination au mois de septembre, le rebond risque d'être plus compliqué que prévu.
Grégoire Normand
Les causes évoquées de réduction d'activité sont avant tout la perte de débouchés (80 % après 77 % en juillet), plutôt que les fermetures administratives (9 % après 12 % en juillet), le manque de personnel pouvant travailler (5 %, comme en juillet) ou les difficultés d'approvisionnement (7 % après 6 % en juillet) expliquent les auteurs de l'enquête du ministère du Travail.
"Les causes évoquées de réduction d'activité sont avant tout la perte de débouchés (80 % après 77 % en juillet), plutôt que les fermetures administratives (9 % après 12 % en juillet), le manque de personnel pouvant travailler (5 %, comme en juillet) ou les difficultés d'approvisionnement (7 % après 6 % en juillet)" expliquent les auteurs de l'enquête du ministère du Travail. (Crédits : POOL New)

L'économie tricolore traverse encore de fortes zones de turbulence. La mise sous cloche de secteurs entiers au printemps et l'application des mesures drastiques de confinement avaient provoqué à la fois un double-choc : d'offre et de demande. Avec la levée progressive des mesures pour limiter la propagation du virus, la plupart des secteurs ont pu redémarrer dans des conditions sanitaires et sociales parfois complexes. Il reste que, malgré cette ouverture, d'après la grande majorité des salariés interrogés par la direction statistique du ministère du Travail (Dares), une grande partie des entreprises restent confrontées à une chute de la demande comme le rappelle une enquête rendue publique ce mercredi 23 septembre.

Les pertes sur les carnets de commande

Parmi les facteurs qui ont entraîné une baisse de l'activité, la perte sur les carnets de commande représente la principale cause pour 80% des salariés ayant répondu à l'enquête. Viennent ensuite les fermetures administratives pour 9% des répondants, les difficultés d'approvisionnement (6%) et le manque de personnel (5%).

Si cette perte de commandes a augmenté dans la plupart des secteurs, certains sont frappés de plein fouet. En premier lieu, l'énergie, l'eau et les déchets ont particulièrement souffert. Arrivent ensuite l'industrie agro-alimentaire, les biens d'équipement, la fabrication des matériels de transport. A l'opposé, les autres activités de services, l'enseignement, la santé humaine, les services aux entreprises ont été relativement plus épargnés.

L'ombre de la spirale récessive

Depuis le début de l'été, le gouvernement a mis en avant sa stratégie pour relancer l'activité en expliquant que le principal obstacle de l'économie tricolore était l'offre. Lors d'une audition au Sénat au début du mois de juin, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire avait expliqué que "le problème économique de la France est un problème d'offre". Au début du mois de septembre, le gouvernement a présenté son plan de relance en mettant l'accent sur la baisse des impôts de production longtemps réclamée par une partie du patronat. Avec le prolongement de la crise et les vagues de licenciements en cours et à venir, la demande pourrait être affectée durablement alimentant le spectre d'une spirale récessive. Une chute prolongée de la consommation entraînerait une baisse durable des revenus des entreprises et des investissements. Le plan de relance du gouvernement pourrait ainsi manqué sa cible, alors que le chômage devrait atteindre des sommets selon la plupart des prévisionnistes.

Lire aussi : Plan de relance: la feuille de route du comité de pilotage se précise

Les difficultés financières se multiplient

Sans surprise, l'autre signal inquiétant présenté dans l'enquête concerne la multiplication des difficultés financières dans les entreprises. Elles concernent principalement "le secteur de l'énergie, en très forte hausse ce mois-ci (48 % après 28 % en juillet), l'hébergement restauration (39 % en août), la fabrication de matériels de transports (38 %), les biens d'équipement (31 %) et dans l'information communication (35 %)". A court terme, beaucoup d'entreprises pourraient mettre la clé sous la porte. Si dans un premier temps, les prêts garantis par l'Etat (PGE) ont permis de limiter la casse, la nécessité de rembourser ces sommes et l'affaiblissement des revenus au cours du dernier trimestre 2020 pourrait provoquer une hécatombe pour beaucoup d'établissements déjà fragilisés par les mesures de confinement.

"Les entreprises ont beaucoup de dettes, les profits vont diminuer. Le chômage partiel de longue durée protège les emplois mais peut contribuer à fabriquer des entreprises zombies ou des entreprises affaiblies", rappelait récemment l'économiste en chef de Natixis Patrick Artus.

Ce risque de "zombification" plane sur l'économie tricolore à un moment où l'activité est en repli.

L'activité recule, une première depuis mai

Après avoir connu un redémarrage progressif au cours de l'été, l'économie française entre à nouveau dans une période troublée. Selon le dernier indice composite Markit du secteur privé rendu public ce mercredi 23 septembre, l'activité s'est repliée passant de 51,6 en août à 48,5 en septembre. La situation dans les services est particulièrement préoccupante avec un sérieux recul, l'indice des directeurs d'achat passant de 51,5 à 47,5. Du côté de l'industrie, les voyants sont au vert. L'indice de l'industrie manufacturière s'est redressé à 50,9 contre 49,8 en août. La multiplication des foyers de contamination depuis le début du mois de septembre a clairement affecté les capacités de reprise de l'économie française.

"La forte augmentation du nombre de cas de Covid-19 observée en France au cours du mois de septembre permet en partie d'expliquer la première baisse mensuelle de l'activité économique depuis mai dernier [...] Si la recrudescence du nombre de cas s'est accompagnée de nouvelles restrictions imposées par le gouvernement, elle a également causé une certaine paralysie des entreprises, désormais préoccupées par le risque de nouvelles fermetures dans le cadre d'un éventuel confinement" a affirmé l'économiste Eliot Kerr, économiste à IHS Markit.

Grégoire Normand

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Commentaires 11
à écrit le 24/09/2020 à 21:07
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L'hystérie collective continue : on aura donc les morts ET la faillite de l'économie. Le jansénisme est une pulsion morbide...

à écrit le 24/09/2020 à 15:27
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Nous on peut pas participer, il faut aider les enfants car même si tous bossent, les patrons voyous n'ont pas remarqué qu'il est impossible de vivre avec 1000€ par mois, et que les sociétés d'hlm pire que des usuriers réclament 500€ par mois. Au lie...

à écrit le 24/09/2020 à 14:30
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Comment l'Etat peut il continuer à imposer aux Français d'acheter quand il agit sous la contrainte ou en donnant des primes à la conversion inaccessibles? Celles ci ne peuvent qu'être versées qu'à des faibles revenus pour des véhicules très coûteux. ...

à écrit le 24/09/2020 à 12:18
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Ils devraient savoir qu'en période de crise une politique de l'offre ça ne marche pas. Reste une politique de la demande, mais quand on à le profil d'un Macron, inenvisageable, par pure idéologie. Tout cet argent investi pour une "politique de l'offr...

à écrit le 24/09/2020 à 12:11
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Quand on comprend que "la demande" n'est qu'artificielle, car construite par "l'offre" pour maintenir "une rente", on a tendance a être moins imprégnable par "la publicité"!

à écrit le 24/09/2020 à 10:44
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Une politique de l'offre n'a aucun effet avec des clients potentiels tétanisés par les charrettes de licenciement (particuliers) et les oukazes réglementaires qui peuvent tuer en quelques semaines des entreprises qui avaient pourtant survécu à tout d...

le 25/09/2020 à 7:17
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Bientot, vous ne pourrez plus remuer le petit doigt sans etre denonce par votre voisin jaloux. En 22 votez......mieux.

à écrit le 24/09/2020 à 9:01
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miam miam y a bon pognon social tous les politiciens lorgent vicieusement sur l'argent des francais, en particulier les 80 milliards mis de cote, qu'on va leur demander de depenser ( mais attention, pas en voiture ou en vetements, ca, ca pollue et ...

à écrit le 24/09/2020 à 8:52
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Quand on veut mener une politique de l'offre, il faut que celle-ci corresponde à la demande. On ne va pas vendre des jumelles à un aveugle... Les français veulent acheter des produits durables de qualité, mais on leur vend du bas de gamme jetable. On...

à écrit le 24/09/2020 à 8:21
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Hé oui mais en oligarchie on donne l'argent public à l'offre étant donné que c'est donner directement aux propriétaires de capitaux et d'outils de production qui possèdent tout, c'est une autre forme déguisée de détournement d'argent public. Alor...

à écrit le 24/09/2020 à 8:09
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Une chute de "la demande", c'est des stock sur les bras! Quand on comprend que "la demande" n'est qu'artificielle, car construite par "l'offre" pour maintenir "une rente", on a tendance a être moins imprégnable par "la publicité"!

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