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La revalorisation des « bas salaires » au menu de la conférence sociale ce lundi

latribune.fr

Publié le 16 octobre 2023 à 12:36 - Mis à jour le 16 octobre 2023 à 18:38

La conférence sociale se tient trois jours après une manifestation pour défendre le pouvoir d'achat, qui a rassemblé quelque 200.000 personnes en France.

La conférence sociale se tient trois jours après une manifestation pour défendre le pouvoir d'achat, qui a rassemblé quelque 200.000 personnes en France.

SARAH MEYSSONNIER

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La Première ministre, Elisabeth Borne, réunit ce lundi les partenaires sociaux pour parler « salaires » et « déroulement des carrières » notamment, dans un contexte d'inflation persistante et de divergences avec les syndicats, encore marqués par l'adoption au forceps de la réforme des retraites. La cheffe du gouvernement doit annoncer la mise en place d'un « Haut conseil des rémunérations ».

[Article publié le lundi 16 octobre 2023 à 07h27 et mis à jour à 14h35] La question de la revalorisation des bas salaires figure au menu de la conférence sociale qui se tient ce lundi. Pour l'OCDE comme pour l'Insee, un bas salaire se définit comme étant inférieur aux deux tiers du salaire médian (autant de Français gagnent plus, autant gagnent moins). Près d'un salarié sur dix est concerné.

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La conférence sociale sur les bas salaires acte les difficultés à négocier des hausses collectives dans les entreprises

Autour de la cheffe du gouvernement, Elisabeth Borne, et de six ministres, sept organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, Solidaires et Unsa) sont présentes, ainsi que six patronales (Medef, U2P, CPME, FNSEA, Fesac et Udes) pour ce grand raout qui se déroule toute la journée au Conseil économique, social et environnemental (Cese) à Paris.

Les syndicats sceptiques à la mi-journée

« Nous nous retrouvons aujourd'hui avec la volonté que le travail paye mieux et de relancer la promotion sociale », a souligné lors de son discours d'ouverture la Première ministre. Mais « c'est la négociation qui amènera la révision des grilles de classifications » et « qui fera évoluer les salaires minimums des branches qui sont encore en dessous du Smic », a-t-elle précisé. Néanmoins « bien sûr, l'Etat prendra toute sa part ».

Les syndicats se sont félicités lundi de parler « enfin » des salaires avec le gouvernement et le patronat dans le cadre de la conférence sociale. Ils se sont toutefois montrés sceptiques à la mi-journée après l'intervention du ministre de l'Economie appelant à ne pas « aggraver » les déficits publics.

«Alors que l'inflation rend les fins de mois plus difficiles pour beaucoup, le pouvoir d'achat (...) est la préoccupation numéro un des Français», a martelé à la tribune la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, au Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Quelques heures plus tard, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a toutefois mis en exergue « trois impasses ». Il a cité « l'indexation des salaires sur l'inflation », qu'il faut « éviter » si on veut avoir un taux d'emploi toujours plus élevé, et un coup de pouce au Smic, qui pourrait « menacer l'emploi des plus fragiles et des moins qualifiés ». Il a aussi rappelé qu'en « économie de marché, l'Etat ne fixe pas les salaires, l'Etat ne fixe pas les prix ».

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Mise en place d'un «Haut conseil des rémunérations»

Sur la question du maintien ou non des allègements de cotisations sociales, le ministre a jugé qu'il ne fallait « pas aggraver la charge pour les finances publiques - c'est déjà 70 milliards d'euros - » tout en souhaitant « une dynamique salariale qui doit être notre objectif collectif et garantir le plein emploi ». « Ca sert à rien de nous faire venir pour une journée de conférence sociale consacrée aux salaires si on ne parle pas de salaires », a jugé Sophie Binet, interrogée par la presse après cette première matinée.

« J'ai des doutes sur le fait qu'on puisse traiter les choses quand on a des visions » basées sur des « statistiques, tableurs Excel et courbes », a abondé Marylise Léon. Pour François Hommeril (CFE-CGC) : « Bruno le Maire est très fort, il a refermé toutes les portes. Il dit que tout ce qui amène à ce résultat déplorable d'augmentation de la pauvreté, on ne le remet pas en question ! Ca n'a pas de sens », s'est-il agacé.

Lors de cette conférence sociale, dont la dernière en 2014 s'était tenue dans un contexte de hausse du chômage, la Première ministre doit annoncer officiellement la mise en place d'un « Haut conseil des rémunérations ». Il aura pour vocation de « travailler sur l'ensemble des composantes du salaire et des rémunérations », sur la manière par exemple dont « on outille mieux les branches pour faire évoluer leurs classifications », a détaillé Matignon. Il ne sera pas un « régulateur du dialogue social » comme l'est déjà le Haut conseil du dialogue social, et pourrait compter parmi ses membres des représentants des organisations syndicales et patronales, des administrations statistiques, et des personnalités qualifiées.

Des entreprises sanctionnées ?

Autre sujet attendu par l'ensemble des syndicats et sur lequel la Première ministre pourrait avancer : la « conditionnalité des aides publiques aux entreprises ». Le principe consiste à maintenir des exonérations de cotisations, à condition que la branche n'ait pas de minima en dessous du Smic. Une mesure qui concernerait 60 grilles sur 171. Les syndicats estiment, en outre, que les allègements de charge agissent comme une « trappe à bas salaires », puisque plus les salaires sont proches du Smic, plus les exonérations sont fortes.

Le patronat est cependant hostile à cette idée. « Sanctionner une entreprise qui serait à jour en matière de salaire, au motif que sa branche ne le serait pas, est juridiquement impossible », pointe le Medef. L'Etat consacre 10 milliards d'euros à la prime d'activité (qui complète le revenu des travailleurs modestes, afin d'encourager la reprise d'activité, ndlr) et 70 milliards d'euros aux allègements généraux de charges. « C'est un effort considérable, mais il faut aussi s'interroger sur les impacts de ces dispositifs sur l'évolution des rémunérations », a souligné Elisabeth Borne.

«L'urgence vitale aujourd'hui, c'est la paye! » (FO)

La conférence sociale se tient trois jours après une manifestation en demi-teinte pour défendre le pouvoir d'achat, qui a rassemblé quelque 200.000 personnes en France.

«La colère est extrêmement forte et le gouvernement doit répondre aux aspirations des travailleurs», plaide Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, interrogée avant le défilé. «Nous ne voulons pas de 'blabla' ou des annonces qui font 'pschitt'. On attend du concret», prévient-elle.

« La Première ministre nous a dit qu'il y aurait des annonces, on la prend au mot », espère la cheffe du premier syndicat, la CFDT, Marylise Léon. « L'urgence vitale aujourd'hui, c'est la paye ! », insiste de son côté Frédéric Souillot (FO), promettant de « parler salaires de l'entrée jusqu'au dessert ».

Pour l'économiste Eric Heyer, directeur du département Analyses et prévisions de l

'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

, interrogé par l'AFP, « les salaires doivent progresser plus vite que les prix pendant des années », mais pas brutalement au risque de nourrir l'inflation.

A l'occasion de cette conférence sociale, le gouvernement souhaite aussi renouer avec les syndicats après les six mois de contestation de la réforme des retraites, finalement adoptée par 49.3. « C'est un moment de dialogue avec les organisations syndicales et patronales », a plaidé Elisabeth Borne, assurant qu'il y a « une volonté commune de renforcer la démocratie sociale ».

La question de l'égalité professionnelle intégrée

L'exécutif a ainsi donné des gages aux syndicats qui faisaient pression en intégrant, à la dernière minute, la question de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. A temps de travail égal, les femmes gagnent en moyenne 14,8% de moins que les hommes dans le secteur privé, selon l'Insee. Mais la différence peut excéder 25% si l'on tient compte du nombre d'heures travaillées. De fait, plus d'un quart des femmes sont employées à temps partiel, contre 7,5% des hommes, selon le ministère du Travail.

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Ombre au tableau, la conférence se tient sur fond de profond désaccord entre les partenaires sociaux et le gouvernement sur les régimes des retraites complémentaires du privé (Agirc-Arrco) et de l'assurance-chômage (Unedic). L'Etat veut les ponctionner pour combler le déficit du régime général des retraites ou abonder France Travail, le nouveau service public de l'emploi. Ces transferts sont une « ligne rouge » pour la patronne de la CGT Sophie Binet. Elles augurent « la fin de la lune de miel » avec le gouvernement, selon le Medef. « Il n'a jamais été question de les ponctionner », se défend la cheffe du gouvernement, relevant toutefois que des économies sont réalisées dans les régimes complémentaires grâce à la réforme des retraites.

(Avec AFP)

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