GRAND ENTRETIEN - En exclusivité pour La Tribune, la ministre de la Ruralité dévoile sa feuille de route économique. Françoise Gatel apporte notamment son soutien à la proposition de loi sénatoriale visant à instaurer une trajectoire de réduction de l'artificialisation des sols (TRACE).LA TRIBUNE - Dans le gouvernement Barnier, vous étiez chargée de l'artisanat, du commerce et de la ruralité. Désormais dans le gouvernement Bayrou, vous êtes "seulement" chargée de la ruralité. Concrètement, qu'est-ce que ça change ?
FRANCOISE GATEL - La ruralité, ce sont des milliers d'artisans et de commerces avec un sujet important : la transmission et la reprise d'entreprises. Je préconise d'évaluer et de définir ces questions comme un sujet économique prioritaire avec l'envie de donner aux jeunes de créer ou de reprendre un commerce ou une société dans la ruralité. Ce sont autant de possibilités d'ascenseur social: vous démarrez comme apprenti, vous continuez comme patron et vous assurez la pérennité de l'entreprise. Il n'y a pas de ruralité forte et vivante sans économie.
Encore faut-il assurer la mobilité des jeunes salariés, qui n'ont pas d'autres choix que la voiture individuelle.
Faute de mobilité, des jeunes refusent effectivement des entretiens professionnels. 68% d'entre eux dépendent d'ailleurs de la voiture individuelle, mais ce problème ne peut pas se régler par de simples cadencements de bus et de transports en commun. Desservir des personnes âgées et des jeunes actifs n'est pas la même chose. Je travaille donc avec mon collègue chargé des Transports, Philippe Tabarot sur ce dernier kilomètre pour inventer des solutions sur-mesure. Quand j'étais maire, j'aidais les jeunes à financer leur permis de conduire, moyennant quelques heures de travail à la médiathèque. Il faut également développer partout des "Blablacar du quotidien", des plateformes où vous vous inscrivez la veille pour vous déplacer le lendemain.
Le cas échéant, la ruralité ratera aussi le virage de la réindustrialisation.
La ruralité est productive. Les usines ne s'installent pas boulevard Saint-Germain, à côté du ministère, mais à la campagne où la capacité d'accueil et de logement est plus grande. Si les cadres et les ouvriers ne peuvent pas s'installer, les entreprises ne peuvent pas recruter. C'est essentiel tant pour l'émancipation des jeunes que pour la production de richesses. Regardez l'industrie agroalimentaire et toute la filière de transformation derrière, cela prouve que la ruralité est une aire économique.
César Armand (propos recueillis)