L’exercice est inédit à une telle échelle. Au Havre, les pouvoirs publics viennent d’enclencher le processus qui conduira à l’adoption, en 2022, d’un plan de prévention des risques littoraux assorti de nouvelles obligations en matière d’aménagement. Le sujet est sensible. Il s’agit de concilier l’adaptation à des phénomènes climatiques extrêmes, en bridant le moins possible le développement urbain et économique.La perspective n'a sûrement pas effleuré François 1er lorsqu'en 1517, il décida de construire le port du Havre en drainant les marais de la plaine alluviale de l'embouchure de la Seine. Cinq siècles plus tard, cette topographie singulière vaut au Havre et à onze localités voisines d'être cataloguées, parmi les territoires à fort risque d'inondations - ou "TRI" dans le jargon administratif. Autrement dit, ceux qui, en France, ont le plus à craindre de l'élévation du niveau des mers et de l'accélération simultanée des phénomènes climatiques extrêmes.
Comme tous les TRI depuis la tempête Xynthia, la zone en question est soumise à l'approbation d'un Plan de prévention des risques littoraux dont la procédure arrive dans la dernière ligne droite. Au terme de trois longues années de modélisation des aléas, quartier par quartier, ce document cadre fera l'objet d'une enquête publique l'an prochain, avant de s'imposer à tous les documents d'urbanisme. « Il aura un pouvoir normatif important », prévient Vanina Nicoli, sous-préfète de l'arrondissement.
Sa vocation : maitriser l'urbanisation dans les secteurs exposés aux submersions marines et ce, pour plusieurs décennies. Facile à dire, beaucoup moins aisé à réaliser à l'échelle d'une conurbation portuaire et industrielle de cette taille. « C'est le premier plan de cette importance en France. La démarche menée ici est donc scrutée très attentivement » fait valoir Jean Kugler, directeur départemental des territoires et de la mer (DDTM) de Seine-Maritime.
« On ne prépare pas un exode »
En réalité, les pouvoirs publics sont confrontés à un dilemme cornélien. Comment imposer de nouvelles règles sans apparaître comme des empêcheurs d'aménager en rond ? L'exercice est compliqué, admet Edouard Philippe. « C'est un énorme sujet sensible qui implique d'importants enjeux urbains et économiques. Mais nier le problème serait une erreur ». Est-ce par peur d'inquiéter ? Quelques minutes plus tard, l'ancien Premier ministre adopte un ton plus rassurant. « Que les gens n'imaginent pas qu'on prépare un exode ou la mise sur pilotis de la ville » tempère t-il. « Il faut que les prescriptions puissent être réalisables sur le terrain » insiste la sous-préfète en écho. Traduction: réguler oui, hypothéquer le développement non.