Malgré l'inflation, la confiance des chefs d'entreprise continue de grimper en France

Après un plongeon abyssal au moment de la guerre en Ukraine, le moral des chefs d'entreprises a bondi de 10 points entre mars et juin pour atteindre 76 points selon la dernière grande consultation des entrepreneurs réalisée par OpinionWay pour CCI France, La Tribune et LCI. Malgré la poussée de fièvre des prix, les dirigeants sont plus confiants dans les perspectives économiques français à douze mois.
Grégoire Normand

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Après le choc du déclenchement de la guerre en Ukraine, la confiance des chefs d’entreprise dans les perspectives économiques pour
l’année à venir se rétablit progressivement.
Après le choc du déclenchement de la guerre en Ukraine, la confiance des chefs d’entreprise dans les perspectives économiques pour l’année à venir se rétablit progressivement. (Crédits : Reuters)

La guerre en Ukraine continue de donner des sueurs froides aux économistes. Quatre mois jour pour jour après l'éclatement du conflit aux portes de l'Europe, l'économie française est toujours plongée dans un épais brouillard. Alors que la croissance du premier semestre est restée très décevante, l'activité pour la seconde partie de l'année pourrait également se tasser. La plupart des conjoncturistes et des instituts de prévision ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2022.

L'inflation a considérablement pesé sur la consommation au premier trimestre et le pouvoir d'achat devrait reculer cette année selon les dernières projections de la Banque de France et celles de l'OFCE. Aux Etats-Unis comme en Europe, le risque de récession est réel. En dépit de cette mauvaise conjoncture, le moral des chefs d'entreprise se redresse selon la dernière Grande consultation des entrepreneurs (GCE) réalisée par OpinionWay pour CCI France, La Tribune et LCI dévoilée ce vendredi 24 juin.

L'indicateur synthétique qui prend en compte les questions de confiance à l'égard de l'économie grimpe de trois points passant de 73 à 76 entre mai et juin (66 en mars et 67 en avril). Derrière cette moyenne, il existe néanmoins un contraste entre les entreprises de plus de 9 salariés (+14 points) et les plus petites entreprises (+ 2 points).

Après avoir atteint un creux en mars, la confiance des chefs d'entreprise refait surface sans retrouver sa moyenne de long terme (100). En outre, le résultat des élections législatives dimanche dernier avec une majorité relative pour Emmanuel Macron à l'Assemblée nationale pourrait à nouveau faire chuter le moral des dirigeants.

Les entreprises plus confiantes sur le futur de l'économie française et mondiale

Dans le détail, les entreprises sont relativement confiantes à l'égard des perspectives économiques françaises sur les douze prochains mois. La proportion d'entreprises optimistes ne cessent de grimper depuis le mois d'avril. Ainsi, 26% des dirigeants interrogés ont le moral au beau fixe contre 23% en mai, 22% en avril et 18% en mars.

Concernant l'économie mondiale, la proportion de chefs d'entreprise optimistes est plus faible que pour l'économie française au mois de juin (21% VS 26%). Il faut dire que la planète économique enregistre un grand coup de frein. De plus en plus d'économistes commencent à évoquer le scénario noir d'une récession sans vraiment savoir à quel moment cela va arriver. "Le scénario d'un atterrissage en douceur est toujours possible mais de moins en moins probable", a expliqué Jean-Christophe Caffet, chef économiste chez Coface lors d'un récent point presse.

Lire aussi : Récession : « peu probable » il y a 10 jours, « certainement possible » aujourd'hui, l'inquiétant changement de ton des Etats-Unis

Plus de la moitié des dirigeants ont versé la prime Macron

L'autre résultat important de cette enquête est que plus de la moitié (54%) des entreprises ont versé une prime exceptionnelle à leurs salariés en 2021. À l'opposé, 41% répondent qu'ils n'ont pas débloqué cette prime à leurs employés. C'est surtout dans l'industrie tricolore que cette enveloppe a été versée.

Ainsi, 63% des chefs d'entreprise interrogés ont eu recours à ce dispositif contre 54% dans les services et 52% dans la construction. Il existe également une légère différence entre les entreprises de moins de neuf salariés (55%) et celles de plus de 10 salariés (52%). "Parmi les dirigeants encore rétifs à utiliser cette prime, 26% pourraient changer d'avis avec la possibilité de verser la prime en plusieurs fois. Pour un tiers de ceux qui ont déjà utilisé le dispositif, ce paiement en plusieurs fois pourrait permettre d'augmenter le montant de la prime (31%)", ajoutent les auteurs du baromètre.

Pour rappel, le plafond de cette prime défiscalisée et désocialisée pourrait être triplé comme l'a annoncé le président Macron lors de la campagne présidentielle. Ce sujet est particulièrement sensible au vu de l'inflation très élevée.

En effet, beaucoup de salariés ont vu leurs revenus réels fondre depuis le début de l'année et les mouvements de grogne sociale se multiplient sur le territoire. La consommation des ménages déjà en recul au début de l'année pourrait encore perdre du terrain si l'inflation se prolonge au-delà de 2022.

80% des entreprises plus attentives à leurs prélèvements obligatoires

Malgré un optimisme en hausse, les entreprises sont plus attentives que d'habitude à leurs prélèvements obligatoires (cotisations sociales et impôts). Ainsi, 80% d'entre elles affirment qu'elles regardent ces postes budgétaires de très près, en particulier dans l'industrie (87%) et la construction (78%).

À l'opposé, les services semblent être moins attentifs à tous ces prélèvements (73%). Les derniers indicateurs économiques diffusés par la Banque France mardi 21 juin ne montrent pas forcément de signaux alarmants à l'échelle globale sur la trésorerie des entreprises pour l'instant même si le niveau d'activité dans certains secteurs n'ont toujours pas retrouvé leur niveau d'avant crise.

(*) Méthode : Étude réalisée auprès d'un échantillon de 611 dirigeants d'entreprise. L'échantillon a été interrogé par téléphone du 8 au 15 juin dernier. La représentativité de l'échantillon a été assurée par un redressement selon le secteur d'activité et la taille, après stratification par région d'implantation.

Grégoire Normand

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