Macron prêt à investir 1 milliard dans les petits réacteurs nucléaires d’ici à 2030

Emmanuel Macron a annoncé mardi qu'il souhaitait investir un milliard d'euros dans l'énergie nucléaire d'ici à 2030 pour développer des "technologies de ruptures", notamment des "petits réacteurs nucléaires".

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(Crédits : TechnicAtome)

C'est un changement total de philosophie, après la course au gigantisme des centrales nucléaires : une technologie émergente baptisée SMR, pour "small modular reactors" (petits réacteurs modulaires) pourrait se tailler une place de choix dans le futur mix énergétique. Car si elle n'est pas encore au point, les industriels de la filière sont persuadés de son essor imminent, notamment pour remplacer les centrales à charbon et décarboner le système électrique.

Un milliard d'euros d'ici à 2030

Le gouvernement français, en tout cas, ne compte pas perdre cette nouvelle bataille technologique. Et entend y mettre les moyens : alors qu'il a déjà alloué 50 millions d'euros au développement des SMR dans le cadre de son plan de relance, Emmanuel Macron s'est dit « prêt à investir » encore « 1 milliard d'euros d'ici à 2030 » afin de « faire émerger en France des réacteurs de petite taille innovants ». Un sujet « prioritaire », au coeur du plan d'investissement France 2030 que le chef de l'Etat présentait ce mardi.

Il faut dire que les SMR nourrissent de nombreux espoirs. Si leur puissance est inférieure à 600 mégawatts électriques (MWe), soit un neuvième de la puissance d'un EPR, ils sont plus simples que ces derniers. Ils s'appuient notamment sur des systèmes de sûreté passive, qui reposent sur des phénomènes naturels, et non sur des systèmes coûteux et complexes dont sont dotés les grands réacteurs. Cette petite puissance donne donc la possibilité de simplifier leur design et de les fabriquer par modules, en séries, dans des usines. Comme des legos, ces modules doivent ensuite être directement assemblés sur le site. Un moyen de diminuer sensiblement les délais de construction par rapport aux réacteurs nucléaires classiques, contraints par des obligations de réalisation sur site.

Compétition mondiale

Mais la France est loin d'être la seule à s'y intéresser : de nombreux acteurs sont dans les starting-block. Fin 2020, l'agence internationale de l'énergie atomique (IAEA) dénombrait 72 projets en développement ou en construction à travers 18 pays. Ils sont développés par de nombreux acteurs, allant des entreprises publiques, notamment en Chine et en Russie, à une multitude de startups nord-américaines. Aujourd'hui aucun n'est encore en service, hormis la barge russe de Rosatom, opérationnelle depuis 2020.

Reste que dans cette compétition mondiale, l'Hexagone ne part pas de zéro : il entend tirer son épingle du jeu grâce à son projet Nuward, spécifiquement pensé pour remplacer les centrales à charbon. Fruit d'une collaboration entre le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), l'électricien EDF, le groupe naval militaire Naval Group et le spécialiste des réacteurs compacts TechnicAtome, il se trouve actuellement en phase de design industriel - le consortium se donnant jusqu'à fin 2022 pour déposer un dossier d'option de sûreté auprès de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Deux "gigafactories" pour développer l'hydrogène bas carbone

Mais le pays le plus nucléarisé du monde ne compte pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. L'enveloppe prévue dans le cadre de France 2030 permettrait en effet de « lancer plusieurs projets sur des familles technologiques différentes », y compris pour mieux gérer et « réduire » les déchets radioactifs. Le but : « être à la pointe de l'innovation de rupture » dans le secteur de l'énergie.

Car la France bénéficie d'une « chance » dans ce domaine, a fait valoir le chef d'Etat : son modèle historique d'investissement dans l'atome, unique dans le monde. Pour cause, l'Hexagone produit une électricité peu émettrice de gaz à effet de serre grâce à son parc installé de nucléaire, qui alimente près de 70% du réseau électrique national. Et ce modèle représente un atout pour l'émergence d'une autre technologie dans laquelle la France compte bien devenir leader, a fait valoir Emmanuel Macron : l'hydrogène décarboné.

« Le deuxième objectif est de devenir leader dans l'hydrogène vert d'ici à 2030. Cela fait partie des secteurs où nous pouvons encore être leaders », a-t-il développé.

Avec une stratégie en tête : bâtir au moins « deux gigafactories d'électrolyseurs », qui permettront de produire de l'hydrogène à partir d'un courant électrique. Le chef de l'Etat compte pour ce faire s'appuyer notamment sur le nucléaire tricolore, plutôt que de tout miser sur les énergies renouvelables.

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Commentaires 8
à écrit le 13/10/2021 à 8:49
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A ne pas rater mais notre filière nucléaire gangrénée par la corruption générale soutenue par le secret défense est-elle encore en mesure d'être efficace, compétitive et sûre ? Ils ont failli monter des cuves défectueuses de combustible nucléaire qua...

à écrit le 12/10/2021 à 20:38
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Lisez "Voodoo Economics" par Paul Brown - l'economique de la nucleaire. Voodoo.

à écrit le 12/10/2021 à 19:09
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C'est pas censé être un remplacement de plus grosses unités, vu le prix plus élevé du kWh produit (le kWh de l'EPR sera déjà double de celui qu'on connait, les 12% de hausse c'est rien, ça sera +100%). Prix plus petit mais production beaucoup plus fa...

à écrit le 12/10/2021 à 16:06
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Toujours prêt a investir dans des gadgets, a construire une start-up nation a base d'intermédiaires irresponsables où le ruissellement se fait en sens inverse de la gravité! A faire rêver l'accroc au smartphone!

à écrit le 12/10/2021 à 14:25
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Et c'est lui qui poussait au luc pour qu'on vende des epr qu'on sait pas faire un peu de partout. 1 Mds sur 10 ans, c'est relativement peu a notre époque. Les mini réacteurs je suis tout a fait pour, et s'ils sont embarqués sur des bateaux (fluviaux ...

à écrit le 12/10/2021 à 13:32
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Tout est spectacle ! Allons y gaiement... puisque tout est foutu, on va surement dans le mur alors autant s'endetter à fond ! Les préteurs auront d'autres soucis une fois le monde en guerre civil perpétuelle...

le 12/10/2021 à 14:39
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L'anonymat du net permet aux sans c.ouille de critiquer sans jamais apporter de solution

le 12/10/2021 à 15:51
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ils vont encore acheter la technologie à Westing House ou Lockheed Martin et nous faire croire qu'ils l'ont inventé... Des franchisés !

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