Plan de relance : l'État récompensera les maires bâtisseurs

 |  | 720 mots
Lecture 4 min.
Puisque les maires font face à des blocages locaux, il faut bien leur trouver un intérêt, en l'occurrence financier, à laisser construire, estime le gouvernement.
Puisque les maires font face à des blocages locaux, il faut bien leur trouver un intérêt, en l'occurrence financier, à laisser construire, estime le gouvernement. (Crédits : ERIC GAILLARD)
Face à la hausse persistante des prix de l'immobilier, le gouvernement décline son "quoiqu'il en coûte" au niveau local, en enjoignant les maires à construire plus de logements, "avec quelques étages" s'il le faut, comme l'explique la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon. Les élus qui bâtiront au-delà d'un certain seuil, qui reste à fixer, seront même récompensés par une aide financière.

Faites construire des immeubles, même si vous mécontentez vos électeurs: c'est le message passé par l'État aux élus locaux, avec une enveloppe de plusieurs centaines de millions d'euros dans le plan de relance pour récompenser les plus courageux.

Il faut construire des logements "là où on en a besoin", en premier lieu les grandes agglomérations où "il est impossible de trouver un logement à un loyer correct", résumait en août la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon.

Et, comme ces villes ne regorgent pas de terrains disponibles, "il faut qu'on accepte de construire avec quelques étages", ajoutait-elle.

C'est, en effet, l'une des principales causes de la hausse persistante des prix de l'immobilier dans ces zones dites "tendues", dont la plus emblématique est Paris - et son mètre carré à plus de 10.000 euros - ainsi que son agglomération.

La construction de logements neufs, au premier chef les immeubles, n'y avance pas assez vite pour répondre à la demande des habitants.

La tendance a été accentuée par la crise sanitaire, qui a mis à l'arrêt les chantiers comme l'examen des permis de construire pendant des semaines. Mais elle était là avant.

Les promoteurs immobiliers français, secteur qui construit les immeubles, pointaient déjà depuis des mois la timidité des élus à octroyer des permis de construire.

Seulement, que peut faire le gouvernement pour infléchir une situation largement dans la main des élus locaux? Après avoir tenté un "appel" aux maires cet été, le ministère du Logement tente une autre méthode, cette fois financière.

À l'occasion du plan de relance présenté jeudi, et par ailleurs bien plus axé sur la rénovation des logements que leur construction, le ministère a présenté une aide financière destinée à récompenser les élus qui construisent au-dessus d'un certain seuil.

Lire aussi : Rénovation des logements pour tous: faire simple ou compliqué ?

Celui-ci reste encore à fixer et dépendra de la situation selon les villes, mais l'enveloppe est chiffrée: 350 millions d'euros, qui seront versés fin 2021 sur la base des permis octroyés pendant l'année écoulée.

Vaincre les "réticences"

C'est un tournant pour le gouvernement actuel. Même si le président Emmanuel Macron avait dès le début du quinquennat affiché son intention de faire construire plus de logements, l'exécutif avait surtout misé sur la simplification des normes de construction.

Pour autant, "ce n'est pas révolutionnaire", note auprès de l'AFP l'urbaniste Jean-Claude Driant.

Lors du précédent quinquennat, celui de François Hollande, l'État avait effectivement déjà conçu une aide aux "maires bâtisseurs" sur le même principe. Quelque 500 communes en avaient bénéficié.

Lire aussi : Pourquoi les maires bâtisseurs ont tant de mal à se faire réélire...

Mais, depuis, le contexte a changé et "on a l'impression que cette nouvelle aide vient à contre-temps", s'étonne M. Driant.

Conclues fin juin, "les élections municipales ont vu beaucoup d'argumentaires sur 'Arrêtez de bétonner'", détaille-t-il.

Lire aussi : Haro sur la "bétonisation" : la percée verte aux municipales inquiète le monde du logement

Il évoque une "convergence" entre le discours des candidats écologistes, dont plusieurs ont été élus dans de grandes villes comme Lyon, et un phénomène aux racines différentes, le "not in my backyard" ("pas de ça chez moi") qui pousse les riverains d'un quartier à s'opposer à la construction de logements près de chez eux.

"C'est: 'Je suis bien dans le cadre de vie où j'habite, ce n'est pas souhaitable qu'il y ait plus de pression sur les écoles, les équipements publics, donc ne changeons rien et surtout pas mes voisins'", détaille M. Driant.

Les enjeux électoraux sont évidents. L'urbaniste avance par exemple que l'édile sortant de Champigny, au sud-est immédiat de Paris, le communiste Christian Fautré, a perdu son fauteuil à cause d'une "dynamique immobilière" trop rapide.

Mais c'est tout le problème, assume-t-on au gouvernement. Puisque les maires font face à des blocages locaux, il faut bien leur trouver un intérêt, en l'occurrence financier, à laisser construire.

"Il y a besoin de vaincre cette réticence" des élus, explique le ministère, qui espère faire émerger à terme 50.000 logements neufs à l'aide de cette prime.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/09/2020 à 20:02 :
Visiblement les logements sociaux ne payent pas de taxes foncières, alors que les pavillons oui, de plus il faudra plus de fonctionnaires à payer à la mairie, de la voirie, une police municipale des écoles etc, c'est prendre le maire et son équipe municipale pour des idiots ou des irresponsables.
Vu les prix stratosphériques des hlm et des bénéfices conséquents, les sociétés de. hlm doivent payer comme les autres au m2,.
C'est fini l'époque de faire grossir sa ville à tout prix, on le paye très cher 30 ans après.
a écrit le 06/09/2020 à 14:15 :
Octroyer des subventions d’états en masse aux maires , ne résout pas les problèmes de logements dans les villes.
1) la volonté pour agir
2) contrôler le budget

Les maires sont des tampons dans les villes entre les demandes de l’état et une poignée de gens aisées qui arrivent à faire pression dans les villes.

En France , il y a des effondrements, des incendies , des drames , des immeubles laissés à l’abandon pour une remise à niveau au niveau des offices d’habitation à loyer modéré qui ont créé des plateformes numériques, qui ne servent à rien car ces logements sont insalubres et les loyers augmentant , aucun maire n’a rien fait depuis 20 ans , il y a le 3 éme maire en service , mais rien ne bouge pendant ce temps là l’argent publique est deversé dans la commune à côté pour construire des habitations investisseurs, 10 logements hlm et le reste acheté par des cadres des banques immobilières, le tout chaperonné par la région .


Donner de l’argent comme ça au maire est très risqué.
a écrit le 05/09/2020 à 10:10 :
Batisseurs de clapiers pour migrants ?
a écrit le 04/09/2020 à 18:43 :
Quand vous possédez un bien précieux payé hors de prix et qu'on vous balance de l'autre côté de la rue des habitats collectifs avec une population disparate normal de se défendre contre 50% de pertes du bien au moins.
Surtout que sans arrêt on entend parler de familles jeunes diplômés venant de la province cherchant un toit, et qu'ils continuent de chercher ces logements neufs squattés par d'autres.
Le maire qui accepte au prochain tour du vent!
Réponse de le 06/09/2020 à 14:42 :
Oui c’est vrai , les lois d’urbanisme change tout le temps et les maisons sont revalorisées ou dévalorisées selon le contexte , et la validation et le découpage se fait au niveau de la mairie.
Un bien acheté dans un quartier calme peut perdre sa valeur car des habitations HLM et prives sont construits en face pour assurer la mixité ( lois Duflot) en réalité cela permet aux promoteurs et autre de gagner leur croûte aux détriments des biens des contribuables.
Les zones bien cotées sont hors de prix et impossible à acheter.
Sachant que la maison individuelle reste l’investissement le plus défavorable actuellement.
a écrit le 04/09/2020 à 15:29 :
Une autre raison toute simple également de la baisse de la motivation des maires à développer le logement sur leur territoire : la suppression de la taxe d'habitation, qui assurait un dynamisme fiscal lié à l'augmentation de population et permettait d'assurer le développement des infrastructures et services publics correspondants.
Car s'il y a plus d'habitations, il faut développer la voirie, construire des écoles pour accueillir les nouveaux élèves, etc.
La taxe foncière, qui seule désormais assure des recettes fiscales en lien avec les logements, fait par ailleurs l'objet d'exonérations pendant les premières années suivant la fin de la construction du bâtiment.
a écrit le 04/09/2020 à 15:10 :
Caresser les Maires dans le sens du poil pour effectuer un travail qui est du ressort de l’État; c'est en quelque sorte une corruption et un dénie de démocratie!
a écrit le 04/09/2020 à 14:54 :
Eh non, on va encore bétonner nos communes, qui n'en peuvent plus des immeubles, des centres commerciaux tous plus hideux les uns que les autres, des rond-points, ... Ras le bol du béton et du goudron sous lesquels la France de plus en plus défigurée étouffe !
a écrit le 04/09/2020 à 13:56 :
L'idée est intéressante , mais ne va pas améliorer l'emploi, car ces constructions seront réalisées par des travailleurs européens détachés, des étranger de l'UE et par des clandestins. Il suffit de regarder les reportages sur les enquêtes de terrain de l'URSAF, avec les travailleurs qui fuient des l'arrivée des inspecteurs, et ces mêmes inspecteurs n'ayant pas de pouvoir de police se désoler de leur impuissance .
a écrit le 04/09/2020 à 12:12 :
Il faut fortement baisser les charges de production des entreprises dans les villes de moins de 50 000 habitants afin d'éviter une migration dans les grandes agglos !
a écrit le 04/09/2020 à 10:23 :
Quand les prix de l'immobilier ne s'ajustent pas aux salaires, les salariés finissent pas ne plus être competitifs dans cette economie mondialisée, même pour produire des logiciels d'intelligence artificielle ... et les pays ou on construit assez haut et on n'hesite pas à rendre constructibles autant de terrains agricoles que nécessaire, pour garder les prix de l'immo bas, pas deconnectés des salaires, sont les grands gagnants.
Il faut que l'immobilier soit une variable d'ajustement, je veux bien qu'on augmente les cotisations et les impôts pour ne pas baisser les retraites mais faisons en sorte que l'immobilier baisse pour compenser ce manque à gagner, plutôt que de diminuer la protection sociale et la qualité des services publics.
Pour cela il faudrait beaucoup plus que cette mesurette d'incitation financière, les interêts particuliers d'une partie des proprietaires ne doivent pas prevaloir sur les intêrets superieurs de la nation.
a écrit le 04/09/2020 à 9:44 :
Ce qui est fou c'est qu'au regard de l'actualité récente et du souhait de beaucoup on ne répartisse pas plus l'effort de construction sur le territoire...
... c'est cela la politique...
... commençons par relocaliser l'emploi public vers des territoires moins peuplés (au passage les agents y gagneront en pouvoir d'achat).
Un exemple ?
Vos PV sont saisis dans le centre de Rennes, cela peut-être fait n'importe où, il n'y a aucune logique (si ce n'est un cadeau offert à l'ancien maire par ses copains socialistes à l'époque...) physique à garder ce service en plein centre-ville. Carhaix, Mayenne, Avranches, La Roche/Yon... après si les agents ne veulent pas suivre... ils démissionnent...
Oui le retour de la politique aiderait beaucoup le pays...
a écrit le 04/09/2020 à 9:27 :
Discours idiot avec des maisons qui s'entassent un peu partout en France ne trouvant pas preneurs parce que la spéculation immobilières fait grimper les prix toujours plus hauts dépassant allégrement le pouvoir d'achat des gens, de toutes leurs factures qui augmentent et de leurs salaires qui stagnent depuis plus de 10 ans.

Tant que les politiciens seront copains avec les spéculateurs immobiliers c'est pas toujours plus de construction qui généreront moins de mal logements, d'ailleurs notons que depuis le temps que l'on entend cette énième rengaine néolibérale au final les gens sont toujours plus mal logés dépendant toujours plus pour trouver un endroit pour dormir
a écrit le 04/09/2020 à 9:18 :
Super on va avoir des immeubles et lotissement partout avec la population qui va avec ! Ou faudra t il aller pour profiter d'un village ou d'une petite ville qui ne sera pas enlaidie et avoir une qualité de vie agréable sans avoir une population qui explose amenant avec elle toutes les contraintes et incivilités des grandes villes.
Réponse de le 05/09/2020 à 22:46 :
C'est marrant, mais ceux qui se plaignent des constructions de logement autour de chez eux se plaignent rarement des constructions de bureaux ou de gares...
Vous voulez un marché libre sur le logement? Laissez produire des logements ou arrêter de vous moquez du monde pour tondre les générations suivantes.
a écrit le 04/09/2020 à 8:57 :
pour limiter la bulle immobiliere il y a une mesure assez simple (qui en plus ne coute rien): freiner le credit !
Interdire (ou taxer massivement) les credit de plus de 15 ans. Imposer un apport minimum de 30 % du cout et supprimer le PTZ. ca va assecher la demande et du coup les prix vont baisser. Surtout que la generation du baby boom va devenir vendeuse car il va bien falloir financer l EPAD

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :