Reconfinement : le monde de la Culture et de l'événementiel "à ramasser à la petite cuillère"

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(Crédits : Reuters)
L'annonce d'un reconfinement jusqu'au 1er décembre ramène les secteurs de la culture et de l'événementiel, déjà fragilisés, aux pires heures du printemps. Les rideaux doivent retomber au moins pour un mois pour ceux qui avaient commencé à se relever.

Les entreprises de l'événementiel, du cinéma et du spectacle vivant « seront fermées » le temps du confinement, a affirmé ce jeudi 29 octobre le Premier ministre Jean Castex. Suspendre ces activités « est très douloureux mais nécessaire pour assurer l'effectivité » des mesures anti-Covid, a-t-il ajouté.

Après une abyssale perte de chiffre d'affaires depuis le début de l'année 2020 (-80%), l'événementiel anticipe une activité encore réduite de moitié en 2021, qui mettrait au chômage la moitié des 455.000 employés du secteur. Le secteur génère 34,5 milliards d'euros de retombées économiques directes et indirectes en France, en faisant travailler agences d'événementiel, d'hôtesses, de maîtres d'hôtel, de sécurité, d'audiovisuel, entreprises de nettoyage, traiteurs, décorateurs...

Le Premier ministre a toutefois précisé que « pour la culture, nous autorisons le travail préparatoire aux spectacles, les répétitions, les enregistrements et les tournages afin de préparer les activités de demain ».

Le secteur représente 2,3% du PIB national, d'après les chiffres de 2018 du gouvernement. Le pays compte 80.000 entreprises culturelles, pour la plupart TPE et PME, ce qui représente 670.000 emplois (2,5% de la population active).

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Culture, l'oubliée de l'allocution présidentielle

La veille, dans son allocution télévisuelle qui a rassemblé 32,7 millions de téléspectateurs, le chef de l'État Emmanuel Macron n'a pas eu un mot pour la culture.

« Entre sauver des vie et sauver le théâtre, bien entendu il faut sauver des vies. Mais ce serait encore mieux de sauver des vies et de sauver le théâtre aussi. Le théâtre va crever. Il faut le savoir aussi », se désole auprès de l'AFP Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond Point à Paris.

Il nuance toutefois : « Il ne faut pas faire de la chimiothérapie légère. On a perdu assez de temps. Je suis pour un arrêt complet pour quelques semaines à condition que ce soit efficace. Je préfère qu'on me coupe un bras, plutôt que la tête ».

Malika Seguineau, du Prodiss (première organisation patronale du spectacle musical dans le privé), décrit pour l'AFP « l'effet de sidération » qui saisit son secteur. « C'est un nouveau coup dur, un nouveau coup d'arrêt pour les billetteries- or, on sait qu'à Noël, d'ordinaire, l'achat d'un billet de spectacle comme cadeau est courant -. Et surtout, notre reprise d'activité est encore repoussée à une date inconnue ».

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« Il va nous falloir des psys »

« Plus que de l'argent, il va nous falloir des psys : nos équipes, nos salles adhérentes, comme les artistes d'ailleurs, sont à ramasser à la petite cuillère, nous n'en pouvons plus de ces deux pas en avant/trois pas en arrière, de reporter des reports... », commente pour sa part Aurélie Hannedouche, du Syndicat des musiques actuelles (Sma).

Le circuit des petites et moyennes salles de musiques actuelles avait rouvert récemment, avec jauges limitées et spectateurs assis. Aucune enceinte culturelle n'a été identifiée comme foyer d'infection du Covid-19, mais le sommet de l'État « n'a pas voulu faire d'exception », regrette-t-elle.

Les grandes salles de concerts, de type Zénith, sont en revanche restées fermées depuis huit mois et les grands festivals - comme les Vieilles Charrues, les Eurockéennes, etc - ont connu une saison blanche. Quid du dernier festival de l'année, les Trans Musicales de Rennes ? L'édition en format réduit début décembre se tiendra-t-elle ?

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« Ce virus nous assèche »

Aurélie Hannedouche, consciente que « la période est difficile », ne veut « jeter la pierre à personne » et remercie d'ailleurs le gouvernement pour « l'accompagnement économique ». Mais elle déplore que sa branche soit remise « sous cloche » alors qu'elle a un « rôle social à jouer » : « Les spectateurs nous ont dit à quel point ils appréciaient ces bulles d'air, ces bouffées d'air frais dans le climat actuel ».

« Ce virus nous assèche, nous appauvrit intellectuellement, on ne parle plus que de ça, on ne va plus aux concerts, au théâtre, voir du stand-up... », prolonge Malika Seguineau.

Cinémas et musées doivent également fermer leurs portes. « C'est un moment de tristesse », a confié Marc-Olivier Sebbag directeur général de la Fédération nationale des exploitants de cinémas. « La décision s'impose. Le plus dur sera encore de faire revenir les spectateurs en salles à la fin de ce reconfinement. On s'était reconstruit dans le respect des règles sanitaires, et on doit refermer... Il faut reconfigurer les aides ».

Avant même le discours d'Emmanuel Macron, la CGT Spectacle avait dénoncé la situation dans un communiqué : « Une nouvelle fois, la fermeture de nos théâtres, cinémas, festivals ou salles de concert, nous prive de la possibilité de travailler ».

Les artistes et créateurs souffrent également. Selon un rapport publié mercredi par la Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs (Cisac), « les droits collectés à l'échelle mondiale pour les créateurs de tous les répertoires - musique, audiovisuel, arts visuels, spectacle vivant et littérature - pourraient diminuer jusqu'à 35% cette année soit 3,5 milliards d'euros de perte de revenus ».

(Avec Jean-François Guyot et Philippe Grelard, AFP)

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