Lors de cette allocution énergique, le patron du syndicat patronal a aussi dénoncé « la faillite de l'étatisme » et « la centralisation bureaucratique délirante » de la France.
La sixième Rencontre des entrepreneurs de France (REF), organisée par la première organisation patronale, a démarré ce lundi. Lors de son discours d'ouverture, le patron du Medef a enjoint Emmanuel Macron et son futur gouvernement à poursuivre « une politique pro-business ».
[Article publié lundi 26 août 2024 à 16h18, mis à jour à 16h49] Le discours du patron du Medef, à la sixième Rencontre des entrepreneurs de France (REF), qui a démarré ce lundi, était particulièrement attendu. La raison tient au contexte politique de la France : depuis plusieurs semaines, le patronat français s'impatiente de voir tarder la nomination d'un nouveau gouvernement, avec derrière la crainte, non-dissimulée, de voir appliquer les idées économiques du Nouveau Front populaire (NFP), si celui-ci se retrouve aux manettes.
Dans un entretien accordé au Figaro publié ce lundi matin, Patrick Martin avait déjà annoncé la couleur, en affirmant que « si le programme de LFI était appliqué, ce serait insupportable pour le pays, au sens propre du terme ». Et d'ajouter son intention de créer un « front économique », « associant des chefs d'entreprises, des économistes et des think-tanks pour peser dans le débat et éviter que nos décideurs ne s'égarent ».
Vif appel à maintenir la politique de l'offre
« Notre pays a besoin d'une ambition stratégique ! Notre pays a besoin d'un pouvoir de bonne volonté pour la réussite de la France » : le président du Medef a démarré son discours d'ouverture de la REF par plusieurs appels aux décideurs politiques, et tout particulièrement à Emmanuel Macron, qui doit choisir dans ces prochains jours les membres de son nouveau gouvernement.
« Suspendre la politique de l'offre se paiera cash ! », a averti le président du Medef, juste avant de remercier le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, présent dans l'assistance, pour la « politique pro-business » qu'il s'est efforcé de mener pendant plusieurs années. Une manière d'appeler le prochain gouvernement à poursuivre cet élan qu'il juge favorable au développement de la compétitivité des entreprises tricolores.
Lors de cette allocution énergique, le patron du syndicat patronal a aussi dénoncé « la faillite de l'étatisme » et « la centralisation bureaucratique délirante » de la France. « Il faut y remédier », a appelé Patrick Martin, en pointant du doigt le parti politique La France insoumise : « Porter la dépense publique de 57 à 65% du PIB comme le propose LFI ne ferait qu'aggraver nos maux. C'est une doxa mortifère et liberticide ! »
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Une situation économique« précaire »
Le président du Medef, s'est aussi réjoui de voir remonter « certains indicateurs économiques en août » pour la France, qui, selon lui, permettront au gouvernement de tenir ses prévisions de croissance pour 2024. « C'est tant mieux, mais cette situation est précaire », a aussitôt nuancé Patrick Martin, relevant quelques points inquiétants. Notamment les « 5.800 faillites d'entreprises enregistrées en juillet, c'est un record historique et les situations de trésorerie se tendent. »
Ces mots sont quasi identiques à ceux tenus ce matin au micro de France Inter. Patrick Martin y a en effet dénoncé « une activité économique très molle » dans le pays, en raison de l'attentisme suscité par la dissolution de l'Assemblée nationale.
Le dirigeant y a aussi prôné la poursuite de la politique économique actuelle, arguant que ce n'est pas elle « qui a été sanctionnée lors des élections », car « on n'a pas entendu parler d'économie dans la campagne ». Et de souligner : « Il a été question de distribution du pouvoir d'achat, mais qui a parlé de création de richesse ? ».
Lors de son discours d'ouverture, celui qui est aussi patron d'une ETI familiale a également relevé « les indicateurs avancés de l'intérim et de la logistique qui continuent à se dégrader ». Par ailleurs, a-t-il dit, « l'indicateur PMI manufacturier baisse pour le 8e mois consécutif à un niveau très faible ».
Avant d'ajouter que « la situation de toute la filière immobilière est franchement critique ». Son conseil pour surmonter ces défis : « Pas des menaces et des coups de canif » aux entreprises, mais « au contraire de la stimulation, de la lisibilité et de la rationalité ».
Les partenaires sociaux doivent reprendre leur« autonomie »
Alors que la REF se tient cette année sur la thématique du « pouvoir », Patrick Martin a de surcroît insisté sur l'autonomie de son organisation pour exercer ses prérogatives, et plus largement tous les partenaires sociaux, à l'instar des syndicats. Cela passe d'abord par « réaffirmer la responsabilité et l'autonomie des partenaires sociaux », a affirmé le dirigeant, en proposant notamment de reprendre la négociation « inaboutie » sur l'emploi des seniors.
Sur le même front, il a appelé à « un grand reset » (redémarrage, ndlr) des régimes de protection sociale et de formation « qui se sont dénaturés au fil des ans ». Faisons-le « en autonomie et sans curatelle », a-t-il souligné, indiquant n'être pas « un chaud partisan d'un ménage à trois avec l'Etat ».
Dans la même veine, le dirigeant du syndicat patronal compte « étendre » l'influence du Medef pour peser davantage dans le débat public. Il a estimé que les élections européennes avaient d'ailleurs constitué « un cas d'école », l'influence du patronat européen ayant permis, selon lui, une meilleure prise en compte des questions de compétitivité internationale.
Alors que les organisations patronales ont régulièrement des différends entre elles, le haut cadre a dans son discours appelé « toutes les organisations et associations patronales » à avancer en « collectif » : « Le Medef se doit d'être fédérateur et la période impose plus que jamais l'union. »
Des patrons qui perdent leurs emplois
D'après les chiffres de l'association GSC et du cabinet Altares, le premier semestre de 2024 a été marqué par une accélération des défaillances d'entreprises, avec pour conséquence, des pertes d'emplois qui se multiplient pour leurs dirigeants. Ce phénomène a ainsi concerné 29.958 chefs d'entreprise sur les six premiers mois de l'année, soit une hausse de 18,4% sur un an.
A titre indicatif, le cabinet Altares avait dénombré 57.729 défaillances d'entreprises en 2023, en augmentation de 35,8% par rapport à 2022. L'âge médian des entrepreneurs concernés est de 45,8 ans. Les gérants de structures de moins de cinq salariés représentent près de neuf pertes d'emploi sur 10.
Sur un autre front, l'Insee a relevé que le climat des affaires a rebondi en août. Mais cela « risque de ne pas être durable », aestimé auprès de l'AFP ce lundi Sylvain Bersinger, chef économiste d'Asteres. Ce, en raison notamment de « l'incertitude politique qui brouille les prévisions des agents économiques ».
10.000 inscrits, comme l'édition de l'année dernière
Cette année, les inscriptions à l'événement phare du Medef ont été au rendez-vous avec 10.000 inscrits, ce qui est, au moins, autant que l'an dernier, selon l'organisation patronale.
Cette année, les présidents du Parlement, Yaël Braun-Pivet pour l'Assemblée nationale et Gérard Larcher pour le Sénat, font partie des invités d'honneur de l'événement. Des dirigeants de grandes entreprises sont aussi présents : Axa, EDF, Engie, Google, L'Oréal, Publicis, Safran, Sanofi France, Schneider Electric, ou CMA CGM (propriétaire de La Tribune).
Aussi, l'ancien ministre et maire de Meaux Jean-François Copé et la députée écologiste de Paris Sandrine Rousseau seront réunis dans un débat pour évoquer « le pouvoir à parité ». Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel participera également à un panel intitulé « Consommateur-producteur, qui a le pouvoir ? », tandis que la députée européenne Valérie Hayer, tête de liste de l'ex-majorité présidentielle aux élections européennes et présidente du groupe Renew Europe, s'exprimera sur « Où va l'économie européenne? ».
La REF s'achèvera par un point sur le manifeste sur « le pouvoir de l'engagement » des chefs d'entreprises envers « une croissance responsable bénéfique à toutes et tous », déjà signé par une cinquantaine de patrons.
Pendant ce temps, Macron poursuit ses consultations
Dans l'optique de nommer un Premier ministre d'ici la fin de la semaine, Emmanuel Macron poursuit ses entretiens ce lundi. La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a été reçue à l'Elysée à 9h30. Son homologue au Sénat, Gérard Larcher, est, lui, reçu à 17 heures. Le chef de l'Etat s'est aussi entretenu dans la matinée avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Les leaders du Rassemblement national ont été suivis à midi de leur nouvel allié, Eric Ciotti.
L'extrême droite, qui a fait une croix sur Matignon après sa défaite aux élections législatives du 7 juillet, a eu l'occasion de rappeler au chef de l'Etat son refus d'un gouvernement de gauche, avec ou sans ministres Insoumis.