Réforme des retraites : Philippe propose un relèvement de l'âge de départ jusqu'à 67 ans
latribune.fr
"Nous préférons continuer à danser au-dessus du volcan que prendre les mesures, drastiques - et parfois amères -, qui s'imposent", constate l'ancien Premier ministre, en poste au gouvernement entre 2017 et 2020.
A quelques jours de la création de son parti politique, l'ancien Premier ministre veut endosser l'image du réformateur et de la rigueur budgétaire sur le sujet délicat de la réforme des retraites. Et de questionner aussi le nombre de fonctionnaires dans les collectivités locales : "on peut aussi se demander si tous les emplois publics nécessitent d'être occupés par des personnes ayant le statut de fonctionnaires", pose-t-il dans un entretien à Challenges.
Soutien officiel d'Emmanuel Macron pour la présidentielle de 2022, Edouard Philippe n'en oublie pas pour autant de travailler son image de réformateur. Tandis que l'Elysée hésite encore à affronter les syndicats sur le sujet de la réforme des retraites d'ici l'élection de 2022, l'ancien Premier ministre Edouard Philippe peaufine son projet. Selon l'ancien bras droit d'Emmanuel Macron, la réforme des retraites serait "la première" à faire afin de réduire la dette de la France qui doit atteindre 114% du PIB en 2022, selon le gouvernement. Aussi, l'actuel maire du Havre propose de repousser l'âge de la retraite à 65, 66 ou 67 ans.
A quelques mois de l'élection présidentielle, l'actuel maire du Havre qui va doit annoncer la création de son propre parti, se montre prêt à se saisir d'un sujet délicat.
"A près de 330 milliards, les pensions constituent de loin le premier poste budgétaire - plus d'un quart de la dépense publique - et le premier foyer d'économies possibles", souligne-t-il. Et parmi les leviers à disposition, "la seule solution raisonnable est donc d'allonger la durée de vie active en repoussant l'âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans", affirme l'ancien Premier ministre Edouard Philippe dans un entretien àChallenges.
Edouard Philippe, au poste de Premier ministre pendant trois ans, avait amorcé cette réforme lors de son passage à Matignon, activant même l'article 49-3, avant de stopper la machine avec la crise du Covid. La réforme avait occasionné des mois de grèves fin 2019 et début 2020.
Un an plus tard l'exécutif avance encore à tâtons. Mi-septembre, le Premier ministre Jean Castex avait déclaré, à l'issue d'un séminaire gouvernemental, que les conditions pour relancer la réforme des retraites - pandémie sous contrôle et reprise économique solide - n'étaient "à ce jour toujours pas réunies".
Emmanuel Macron cherche, lui, à agir, tout en évitant un nouveau blocage. Le chef de l'Etat aurait l'intention de "supprimer les régimes spéciaux de retraite et instaurer le minimum de pension à 1.000 euros" avant la fin de son mandat.
Trois régime de retraite plutôt qu'un, et moins de fonctionnaires
L'ancien chef du gouvernement avance, lui, la possibilité de ne pas fusionner les 42 régimes de retraites en un seul - comme initialement envisagé par M. Macron - mais en conserver trois "les salariés du privé, les fonctionnaires et les indépendants".
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Parmi les autres pistes d'économie soulevées par M. Philippe figure la réduction du nombre de fonctionnaires dans les collectivités locales. "On peut aussi se demander si tous les emplois publics nécessitent d'être occupés par des personnes ayant le statut de fonctionnaires", glisse-t-il, multipliant au passage les marqueurs de droite.
En insistant sur la dette publique, Edouard Philippe veut surtout endosser le costume de la rigueur budgétaire. Pour lui, la dette est "une question fondamentale de souveraineté nationale".
La trajectoire de la dette est néanmoins moins négative que prévue. Un rapport d'expert publié cet été montrait que la baisse de l'espérance de vie et la révision à la hausse de croissance du PIB en 2020 ont joué en faveur du financement du système des retraites. Ils notaient toutefois que si la part des dépenses de retraites dans le PIB (à 13,5%, part actuelle, hors période de crise) est trop élevée, "au regard des autres besoins à couvrir par la dépense publique, il faudra recourir à un recul plus marqué de l'âge de la retraite et/ou un repli plus important du niveau de vie relatif des retraités" pour obtenir un système à l'équilibre.
Le bémol sur le revenu d'engagement pour les jeunes
"Nous préférons continuer à danser au-dessus du volcan que prendre les mesures, drastiques - et parfois amères -, qui s'imposent", constate pourtant Edouard Philippe.
"Ce n'est pas une mesure facile à porter, cela peut être progressif, mais ceux qui promettent de régler la question des retraites sans augmenter la durée de la vie active mentent aux Français", insiste-t-il.
Quant au revenu d'engagement pour les jeunes, promis par Emmanuel Macron mais dont les contours doivent encore être précisés, M. Philippe se montre dubitatif : "distribuer un revenu pour les jeunes en prenant le risque de désinciter à l'entrée sur le marché du travail me paraît en revanche plus contestable".