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Retraites : « Le match est en train de se terminer », reconnaît Laurent Berger (CFDT)

latribune.fr

Publié le 06 juin 2023 à 11:17 - Mis à jour le 06 juin 2023 à 18:22

Laurent Berger CFDT syndicat

Pour cette nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, les autorités attendent ainsi entre 400.000 et 600.000 personnes sur 250 points de rassemblements, dont 40.000 à 70.000 dans la capitale.

Reuters

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Les syndicats appellent à une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, ce mardi 6 juin. Cette journée d'action intervient quelques jours après la publication des premiers décrets d'application, et à l'avant-veille d'une tentative mal engagée de porter un coup politique à la réforme à l'Assemblée nationale. Les organisations représentatives des salariés se montrent prudentes quant à la participation des salariés, laissant poindre la fin du mouvement social.

[Article publié le mardi 06 juin 2023 à 08h31 et mis à jour à 14h20] Va-t-on assister ce mardi à l'extinction du mouvement social contre la réforme des retraites ? Les syndicats appellent ce mardi 6 juin à une 14e journée de mobilisation aux allures de chant du cygne. Et pour cause, les organisations syndicales se montrent prudentes quant à la participation des salariés à cette nouvelle journée de protestation. « Ca ne sera pas du niveau des plus hautes mobilisations », anticipe Céline Verzeletti, secrétaire confédérale CGT. « Il y aura peu de grévistes », en tout cas dans l'Education nationale, reconnaît Benoît Teste (FSU), évoquant une « fin de cycle ».

Frédéric Souillot (FO), se veut toutefois optimiste: « Il y aura du monde dans la rue » a-t-il assuré sur France 2 mardi matin, tablant sur un million de personnes. Sophie Binet (CGT) a aussi prédit une mobilisation « encore extrêmement élevée » sur BFMTV/RMC.

«Le match est en train de se terminer»

Si l'intersyndicale affirme ne pas « tourner la page », certains semblent avoir acté sa défaite. « Bien sûr que le texte s'appliquera le moment venu », a affirmé la semaine dernière Laurent Berger. « C'est sans doute une des dernières journées de mobilisation » sur les retraites, a déclaré mardi sur Europe 1 Laurent Berger. Le numéro un de la CFDT, qui quittera ses fonctions le 21 juin, espère néanmoins « transformer la colère » du mouvement social « pour obtenir des résultats ». « Le match est en train de se terminer », a confirmé Laurent Berger avant le départ du cortège parisien, appelant les syndicats à « peser dans le rapport de force à venir » sur d'autres sujets.

Cette 14e journée de mobilisation « est la dernière évidemment sur la question des retraites dans ce format-là », mais elle doit servir à « montrer la force du mouvement syndical pour relever les défis qui sont devant nous », notamment « le pouvoir d'achat, les salaires, le logement, les conditions de travail », a-t-il ajouté.

« Un échange en visio» le 13 juin

« Nous voulons de vraies négociations », a prévenu à ses côtés Sophie Binet, évoquant elle aussi les salaires, mais aussi les « ordonnances Macron » sur le code du travail et « l'égalité femmes-hommes ». Même si « les retraites resteront toujours un combat », l'objectif est à présent de « gagner des avancées concrètes », a-t-elle dit, affirmant que « l'intersyndicale restera unie » et jugeant « probable qu'il y ait d'autres manifestations au vu de la colère dans le pays ».

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Les leaders de l'intersyndicale ont prévu « un échange en visio » le 13 juin, a indiqué Benoît Teste (FSU). Objectif, « faire un bilan complet » de leur journée de mobilisation et du vote, jeudi, à l'Assemblée nationale, sur la proposition d'abrogation de la réforme des retraites. En parallèle, l'hypothèse d'une rencontre à l'Elysée divise les chefs syndicaux. Cyril Chabanier (CFTC) « pense qu'il faut y aller car c'est un bon moment pour négocier sur d'autres sujets » que les retraites. Mais Frédéric Souillot (FO) fait savoir que son organisation « n'ira pas » à cette « conférence sociale qui serait dans les tuyau ». Même réticence de François Hommeril (CFE-CGC) qui n'a « pas envie d'aller à une opération de communication du président de la République ».

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Réformes des retraites : le combat contre la réforme persiste... et signe

Peu de perturbations dans les transports

Dans le détail, les autorités attendent ainsi entre 400.000 et 600.000 personnes sur 250 points de rassemblements, dont 40.000 à 70.000 dans la capitale. Des foules encadrées par 11.000 policiers et gendarmes, dont 4.000 dans la capitale, où un millier de radicaux sont attendus, certains venus de l'étranger. Les premiers chiffres des quelque 250 cortèges annoncés étaient dans le bas de la fourchette, avec entre 4.000 personnes (préfecture) et 50.000 (CGT) à Marseille, entre 8.000 et 50.000 à Toulouse ou encore entre 3.000 et 5.800 à Bayonne. A Lyon, des premiers heurts étaient signalés en tête de cortège avec des dégradations et de « nombreux jets de projectiles » sur les forces de l'ordre, selon la préfecture.

Côté transports, le trafic SNCF est « très légèrement perturbé » avec « neuf trains sur dix » en moyenne. Il est « normal » en Ile-de-France sur l'ensemble du réseau de la RATP. Contrairement aux précédentes journées, peu de perturbations sont recensées dans les écoles (5,67% d'enseignants grévistes en moyenne, selon le ministère), comme dans les transports, même si un tiers des vols sont annulés au départ de Paris-Orly. Des électriciens ont procédé ce mardi à une coupure de courant dans une large zone d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) qui abrite des sièges de médias et entreprises du numérique, afin de contester la loi de réforme des retraites adoptée ce printemps.

Coupure de courant dans une large zone d'Issy-les-Moulineaux

Les sièges d'Orange et du groupe France Médias Monde, qui compte notamment la radio RFI et la chaîne d'information France 24, ont confirmé à l'AFP avoir été touchés par cette coupure opérée vers 10 heures, notamment depuis un poste-source Enedis, où plusieurs dizaines d'électriciens se sont rassemblés en début de matinée. Le siège d'Orange, privé d'électricité, a été évacué et de nombreux salariés sont rentrés chez eux pour télétravailler, a indiqué la direction à l'AFP.

« Une partie du siège de France Médias Monde est touchée par la coupure et est actuellement alimentée par les groupes électrogènes dans l'attente du retour à la normale », a indiqué pour sa part le groupe à l'AFP, précisant qu'il n'y avait pas eu d'incidence sur la diffusion des programmes. De nombreux autres sièges d'entreprises ont été touchés, comme le siège de Microsoft France, le siège de Bouygues Immobilier, ainsi que des bâtiments de la Poste et de la Sanef, évacués, a constaté l'AFP.

« Des coupures volontaires ont été constatées ce matin sur un poste source à Issy-les-Moulineaux touchant plusieurs milliers de clients qui ont progressivement retrouvé l'électricité aux alentours de midi », a indiqué la direction d'Enedis à l'AFP, annonçant qu'elle allait porter plainte, comme elle le fait systématiquement.

Deux premiers décrets d'application publiés

A Paris, la manifestation partira des Invalides à 14 heures en direction de la place d'Italie. Les syndicats tiendront leur point presse devant l'Assemblée nationale, marquant symboliquement le lien avec la journée du jeudi 8 juin, au cours de laquelle sera examinée une proposition de loi du groupe Liot visant à abroger la réforme.

Avec 14 journées de grèves et de manifestation au compteur, force est de constater que le mouvement, qui a réuni à plusieurs reprises plus d'un million de manifestants selon la police, égale désormais en nombre de journées d'action celui de 2010. Néanmoins, cela n'a pas suffi à ébranler l'exécutif. Ce dernier a usé avec la majorité de tous les outils constitutionnels à sa disposition pour faire passer son projet.

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« On ne reviendra pas sur la réforme des retraites » (Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale)

Deux premiers décrets d'application de la réforme sont parus dimanche au Journal officiel, dont celui portant progressivement l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Sophie Binet de la CGT a fait savoir que son syndicat traquerait toute « faille juridique » pour attaquer les 31 décrets. Le président de la CFE-CGC, François Hommeril, a lui aussi pointé lundi 5 juin sur France Inter des décrets « peu cohérents, mal écrits », qui pourraient donner lieu à des contestations juridiques.

Séance agitée à l'Assemblée en perspective

Jeudi, la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet devrait dégainer l'article 40 de la Constitution, lors de l'examen de la proposition du groupe Liot. Cet outil interdit aux parlementaires de déposer des amendements ayant pour effet de diminuer les ressources ou d'aggraver les charges publiques. Objectif affiché, déclarer irrecevables des amendements visant à restaurer l'article-clé de la PPL Liot, supprimé en commission des lois.

« Si le gouvernement invoque l'article 40, ce sera un pur scandale démocratique », a dénoncé dimanche la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, « très inquiète de la montée de l'extrême-droite ». Dans une tribune publiée lundi dans Le Monde, la gauche et les députés Liot ont appelé Yaël Braun-Pivet à laisser vivre la PPL, invoquant le risque d'un « accroissement de la colère et de la violence ». Le débat doit se tenir « dans le cadre démocratique et le respect de la Constitution », a de son côté affirmé le président de la République Emmanuel Macron, en marge d'un déplacement au Mont-Saint-Michel.

L'intersyndicale, qui n'a pas prévu de se réunir mardi soir, n'a pas encore fait connaître sa stratégie en cas d'échec de la PPL Liot. « Les suites dépendront du niveau de la mobilisation mardi et du vote le 8 juin », a déclaré Sophie Binet, assurant que « rien n'est écrit d'avance pour la CGT ».

De nouveaux dossiers sur le feu

Soucieuse de maintenir son unité au-delà de la réforme des retraites, l'intersyndicale a commencé à travailler à des propositions communes, passant d'une posture « défensive » à une attitude plus « offensive », selon Simon Duteil (Solidaires). Elle a élargi son mot d'ordre de manifestation, appelant à se mobiliser pour « gagn(er) le retrait de la réforme » et « obten(ir) des avancées sociales ». Le gouvernement prévoit de son côté la tenue mi-juin d'une réunion multilatérale, soit à Matignon, soit à l'Elysée, avec les syndicats et le patronat. Le pays doit « continuer d'avancer », a déclaré Emmanuel Macron lundi.

Le gouvernement devrait présenter ce mercredi 7 juin en Conseil des ministres son projet de loi « plein emploi », qui doit donner naissance à France Travail, le successeur de Pôle emploi. Un projet qui suscite des inquiétudes chez les syndicats sur l'accompagnement des bénéficiaires du RSA. Promesse de campagne d'Emmanuel Macron, la création de France Travail vise à mieux coordonner les acteurs du service public de l'emploi.

Il s'agit en substance d'avoir une seule porte d'entrée pour toutes les personnes en recherche d'emploi ou rencontrant des difficultés d'insertion. Y compris les bénéficiaires du RSA, dont seuls 40% actuellement sont inscrits à Pôle emploi. L'opérateur public et l'ensemble des acteurs (missions locales, Cap emploi mais aussi collectivités...) devront mieux fonctionner en réseau avec des systèmes informatiques interconnectés. Pôle emploi s'appellera lui-même France Travail au 1er janvier 2024 et sera l'opérateur en chef de ce réseau.

Le RSA bientôt conditionné ?

L'exécutif mise sur cette transformation pour atteindre le plein emploi, soit un taux de chômage autour de 5% en 2027 (contre 7,1% actuellement), avec en toile de fond l'idée que « personne n'est inemployable ». Concrètement, chaque inscrit à France Travail signera un contrat d'engagement au début de son parcours. C'est dans ce cadre qu'un accompagnement rénové des allocataires du RSA est expérimenté dans 18 départements avec la question sensible des 15 à 20 heures hebdomadaires d'activité dans « une logique de droits et devoirs ».

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Réforme du RSA : ce ne sera « ni du travail gratuit, ni du bénévolat obligatoire », assure Olivier Dussopt

Pas formellement inscrites dans la loi, ces heures (immersion, remise à niveau, rédaction de CV...) seront un objectif « adapté » à chacun, a précisé le ministre du Travail Olivier Dussopt, insistant sur le fait que ce ne sera « ni du travail gratuit, ni du bénévolat obligatoire ».

Le projet de loi réforme les sanctions pour les allocataires qui ne respectent pas leurs obligations. Il permettra désormais de suspendre temporairement le versement du RSA, avant une décision de suppression. La décision restera prise par le président du conseil départemental. Ce volet préoccupe les syndicats qui ont rappelé en intersyndicale « leur opposition à toute atteinte au principe de solidarité nationale avec la réforme du RSA ».

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Les effectifs de la CFDT en hausse en 2022

Le nombre d'adhérents de la CFDT a augmenté en 2022 de 1,32%, une dynamique confirmée début 2023 dans le sillage du mouvement contre les retraites avec 43.116 nouveaux militants, a-t-elle annoncé dans un communiqué le 5 juin. « Au 31 décembre 2022, la CFDT comptait 612.205 adhérents et adhérentes ce qui représente une hausse de 1,32% par rapport à 2021, soit 7.971 adhérents de plus à quasi-parité, avec 51% de femmes et 49% d'hommes », écrit le premier syndicat français. « Par ailleurs, la mobilisation massive et historique contre la réforme des retraites a permis de poursuivre cette tendance de manière exceptionnelle. 43.116 travailleurs et travailleuses nous ont en effet rejoints depuis le début de l'année 2023 ».

La CFDT « va mener des campagnes de syndicalisation pour continuer sur cet élan », précise-t-elle.

(Avec AFP)

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