Retraites : les chefs d'entreprise veulent une refonte du système

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Une majorité des dirigeants appelle même à une réforme en profondeur du système actuel
(64%) et non à une simple réforme à la marge (25%). Seuls 11% des dirigeants d’entreprise considèrent que le système actuel n’a pas
besoin d’être réformé.
Une majorité des dirigeants appelle même à une réforme en profondeur du système actuel (64%) et non à une simple réforme à la marge (25%). Seuls 11% des dirigeants d’entreprise considèrent que le système actuel n’a pas besoin d’être réformé. (Crédits : Reuters/Gonzalo Fuentes)
Interrogés dans le cadre de « La grande consultation » par OpinionWay pour CCI France/La Tribune/LCI, 9 chefs d'entreprise sur 10 soutiennent la réforme des retraites portée par le gouvernement.

C'est un dossier qui fait presque l'unanimité au sein des milieux patronaux. Selon le dernier baromètre réalisé par OpinionWay pour La Tribune, LCI et CCI France, 89% des chefs d'entreprise interrogés se déclarent en faveur d'une réforme du système des retraites. Depuis le début du mois de septembre, les tensions se multiplient à l'égard de ce dossier brûlant. De nombreuses professions ont manifesté contre le projet d'Emmanuel Macron qui prévoit entre autres de fusionner les 42 régimes de retraite.

Et ces mécontentements pourraient être ravivés dans quelques semaines avec la manifestation prévue le 5 décembre prochain. Plusieurs syndicats ont appelé à une journée de grève interprofessionnelle illimitée. Les organisations critiquent avec virulence le système par points proposé par le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye cet été dans son rapport présenté à l'exécutif. Le soutien du patronat pour cette réforme explosive pourrait s'avérer insuffisante si les mouvements de grève convergent.

Six entrepreneurs sur dix souhaitent une réforme en profondeur

Dans le détail, 64% des dirigeants interrogés indiquent que le système des retraites doit être changé en profondeur et 25% pensent qu'il doit être réformé à la marge. À l'opposé, 11% répondent qu'ils ne faut rien changer. Il existe relativement peu de disparités entre la taille des entreprises et les secteurs interrogés.

Sans surprise, ces résultats illustrent un relatif consensus au sein des organisations patronales. À la fin du mois d'août, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a indiqué que la future réforme des retraites ne pourra pas faire l'économie d'un relèvement de l'âge de départ à la retraite à la suite de la prise de position d'Emmanuel Macron en faveur d'une évolution de la durée de cotisation.

> Lire aussi : Retraites : le Medef pousse le gouvernement à aller encore "plus loin"

Interrogés sur plusieurs qualificatifs qui correspondent ou non au système de retraite, une légère majorité (51%) estime que ce dispositif est "handicapant pour la compétitivité des entreprises", 30% affirment qu'il est "rassurant pour les salariés" et 17% pensent que ce système est "juste pour les salariés". Enfin, 17% signalent que cet édifice est "adapté à la réalité du marché du travail" et 7% soulignent qu'il est "équitable pour tous les types de carrière". 80% des chefs d'entreprise considèrent également que le système de retraite n'est "pas facile à comprendre" et 41% jugent qu'il n'est "pas du tout facile à comprendre".

Des contrôles plus sévères avec les petites entreprises

La catastrophe industrielle de Lubrizol à Rouen a relancé le débat sur les risques et les contrôles des sites classés Seveso plusieurs années après l'accident de l'usine AZF à Toulouse. Dans le cadre du baromètre, 65% des patrons interrogés affirment que les contrôles de respect des règles de prévention des risques industriels sont plus sévères avec les petites entreprises qu'avec les grandes entreprises.

Par ailleurs, 58% considèrent que le contrôle du respect des règles de prévention des risques industriels est efficace sachant que le gouvernement avait récemment assoupli les contrôles. Il envisageait quelques jours avant l'accident en Normandie d'assouplir les règles environnementales pour l'élargissement des sites industriels. L'autre résultat inquiétant est que si une majorité des dirigeants déclare que les règles de prévention sont appliquées correctement dans leur entreprise, 33% déclarent qu'elles ne le sont pas et 29% indiquent même qu'elles ne le sont pas du tout.

> Lire aussi : Après le choc Lubrizol, peut-on fermer les sites Seveso  ?

4 dirigeants sur 10 favorables à la politique économique du gouvernement

Les résultats du baromètre indiquent que 39% des dirigeants interrogés estiment que la politique économique du gouvernement est favorable aux entreprises. Les réformes économiques menées par l'exécutif sont loin de faire l'unanimité au sein du patronat malgré les baisses d'impôt sur les sociétés annoncées et une politique de l'offre souvent revendiquée. Il existe cependant quelques disparités dans les résultats.

Dans les entreprises de plus 10 salariés, 45% des répondants pensent que les mesures gouvernementales sont favorables à la compétitivité des entreprises. Dans les établissements ayant entre 0 et 9 salariés, ce ratio tombe à 38%. Il existe également des écarts entre les secteurs. Dans les services, 44% des personnes interrogées pensent que la politique économique du gouvernement est favorable contre 36% dans l'industrie et 30% dans le commerce. Du côté des ménages, ils ne sont que 15% à penser que les mesures décidées par le gouvernement sont favorables aux ménages.

Le moral des patrons toujours au plus bas

Le moral des entrepreneurs est loin de retrouver des couleurs. L'indicateur qui prend en compte les questions de confiance à l'égard de l'évolution de l'économie et d'appréciation de la situation actuelle est seulement remonté de 1 point pour passer de 89 à 90 entre septembre et octobre. Après avoir atteint un point bas en décembre 2018, le moral des dirigeants est remonté progressivement jusqu'en juillet avant de replonger à la rentrée. La confiance connaît une chute spectaculaire depuis le mois de juin pour passer de 63% à 40% en octobre. Si 75% des dirigeants sont toujours confiants dans les perspectives des douze prochains mois concernant leur entreprise, ils le sont beaucoup moins pour l'économie française (35%) et l'économie mondiale (26%). Paradoxalement, "les intentions d'embauche déclarées par les dirigeants d'entreprise s'élèvent par ailleurs à un niveau historique 11 point), atteignant même le niveau le plus haut observé depuis le début de la Grande Consultation des Entrepreneurs" soulignent les auteurs du baromètre.

La plupart des instituts de conjoncture ont abaissé leurs prévisions économiques pour 2019 et 2020. En Europe, la situation économique allemande est loin d'être rassurante. L'industrie outre-Rhin souffre toujours et les craintes de récession se multiplient. Si le gouvernement allemand tente de rassurer et ne veut pas parler de "crise", de nombreux représentants du patronat germanique appellent le gouvernement à accélérer les investissements.

Méthodologie : étude réalisée auprès d'un échantillon de 607 dirigeants d'entreprise. L'échantillon a été interrogé par téléphone du lundi 14 au vendredi 18 octobre. La représentativité de l'échantillon a été assurée par un redressement selon le secteur d'activité et la taille.

(*) Vous désirez exprimer votre avis, émettre une idée sur les questions économiques ? Rejoignez la Communauté CCI des entrepreneurs en participant à la plateforme d'échanges et de débats : www.grandeconsultation.fr

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a écrit le 28/10/2019 à 10:57 :
Etant donnée que vous profitez des salariés depuis tout les temps, et vu que la retraite moyenne est de 2000 euros, pourquoi ne pas proposer que tut le monde parte à la retraite avec cette somme? Les patrons y perdraient et les salariés les plus productif et méritant eu y gagneraient !!!
Réponse de le 01/11/2019 à 21:58 :
le plafonnement des montants de retraite.. c est exactement ce qui existe dans les pays scandinaves ..au de la de 3500€ il n' y a personne...patronat compris!
ca va faire bizarre à nos politiques qui cumulent n 'est- ce pas mr Delevoye ?dont on a du mal a croire qu il a été socialiste pendant 30 ans!
Réponse de le 01/11/2019 à 21:58 :
le plafonnement des montants de retraite.. c est exactement ce qui existe dans les pays scandinaves ..au de la de 3500€ il n' y a personne...patronat compris!
ca va faire bizarre à nos politiques qui cumulent n 'est- ce pas mr Delevoye ?dont on a du mal a croire qu il a été socialiste pendant 30 ans!
a écrit le 27/10/2019 à 18:56 :
Les retraites ont été souvent une vaste arnaque dans notre pays alors je ne vois pas comment cela changerait. Quand il s'agit d'argent ! attendez-vous a des déconvenus, vous tomberez de moin haut .
a écrit le 27/10/2019 à 10:25 :
Patrons d'accord ou pas, la retraite, c’est pour pouvoir bouffer quand on ne peut plus travailler. Au nom de la solidarité.

C’est donc une belle invention, qui a été malheureusement largement détournée de ses fins au fil du temps : elle a créé une caste de rentiers (geignards, en plus) partis souvent bien tôt il me semble.

Et elle est mal financée, forcément, et de façon très injuste.

Vivement qu'il n'y ait plus qu'un seul système pour tout le monde.
Bref : l'égalité républicaine, et que tout ce cirque s'arrête.
a écrit le 26/10/2019 à 10:35 :
Sur le paragraphe des contrôles disparates des entreprises classées "SEVESO", je crois qu'il y aurait de l'intérêt pour tous de créer une autorité de sureté de la chimie ou SEVESO qui serait clonée sur l'ASN pour le nucléaire, à titre d'info nous ne saurons jamais ce qui c'est passé à Lubrizol alors que pour les soudures de l'EPR le rapport de 200 pages est en ligne sur le site de l'ASN.
a écrit le 26/10/2019 à 10:30 :
Les chefs d entreprises sont pour le relèvement de l âge de la retraite mais ce sont également eux qui multiplient les PSE pour faire partir les seniors qui ´coûtent chers et ne sont pas assez corvéables.!!!!
En clair, ils sont surtout pour maximiser leur profit et ne penser qu à leurs intérêts personnels
Réponse de le 27/10/2019 à 10:31 :
Entièrement d'accord avec vous : ça ne sert à rien de réformer les retraites si on continue à se débarrasser systématiquement des plus de 55 ans dans les entreprises.
Lesquels plus de 55 ans pourraient éventuellement travailler un peu moins et gagner un peu moins aussi.
Ce sera toujours mieux que ce gâchis minable des pré-retraites.
a écrit le 25/10/2019 à 22:24 :
Le maître parlant aux esclaves.... Retraites : les chefs d'entreprise veulent une refonte du système
a écrit le 25/10/2019 à 18:37 :
Il n'y a qu'à leur appliquer cette réforme pour commencer puisqu'ils sont d'accord, pour les autres on n'est pas pressé.....
a écrit le 25/10/2019 à 11:59 :
C'est l'inquiétude des "charges" ou la diminution des chiffres d'affaires qui les perturbent?
a écrit le 25/10/2019 à 11:58 :
Le patronat français est aux ordres du GVT ?
On ne peut toujours pas cotiser librement en Allemagne ou en Belgique ou encore en Suisse ?
a écrit le 25/10/2019 à 11:27 :
être pour la réforme du régime de retraite est une chose, être pour la réforme macron une autre......elle a été mal pensée dès le départ...... partant bille en tête sur la retraite par point.... universelle..... et petit à petit on se rend compte que on va finir avec une retraite par point universelle, remplie de régimes spéciaux......donc un gros bazar pour revenir presque à la sitution initiale......un truc d Enarque hors sol......
une réfome ça se pense ça ne se décrète pas en campagne électorale.....
il fait penser une retraite à trois étages..... un socle collectif de base, même taux de cotisation tous....mais une retraite équivalente pour tous..... à la sortie... en euros....
ensuite complémentaire obligatoire avec en sortie une retraite au prorata des cotisations.... et ouverture à une capitalisation individuelle portée éventuellement par les entreprises ou les organisations
ça permet de se balader professionnellement du public au privé en passant par l état d indépendant..... et à chacun, au dela du minimum vital... de se fabriquer une retraite à la carte......
modulation de la date de sortie en fonction de la pénibilité.....
a écrit le 25/10/2019 à 10:51 :
Par défaut, à savoir parce qu'ils ne comprennent pas le système actuel qui est incompréhensible, par contre ne me dites pas que les patrons du btp par exemple, qui bossent comme des chiens dans des conditions de fous n'aimeraient pas que soit reconnue la pénibilité du travail ou bien alors la situation intellectuelle de nos décideurs mêmes petits serait désespérée et donc situation générale désespérée.

Bref tout dépend encore une fois de comment on pose les questions.

"Les faits sont têtus il est plus facile de s'arranger avec les statistiques" M. Twain
a écrit le 25/10/2019 à 10:25 :
Il faudrait préciser dans l'étude qui sont ces "patrons"!

Le moral des patrons toujours au plus bas
Le moral des entrepreneurs est loin de retrouver des couleurs.

Pour le fait qu'un patrons soit un entrepreneur, disons que le mot n'a rien a voir avec ce qui touche des entreprises côtés ou avec plus de 100 employé.

4 dirigeant sur 10 ! et pourtant il fait un transfert de la richesse collective pour la richesse individuel, donc c'est dire du malaise.....

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