Négociations salariales tendues: Amazon avait anticipé le blocage de ses sites par les salariés
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Pascal Rossignol
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Encore une négociation salariale qui tourne au vinaigre. L'augmentation de salaires proposée par la direction d'Amazon France, qui emploie quelque 15.500 salariés, a été retoquée par les syndicats hier soir. L'offre patronale de porter de 3% à 3,5% l'augmentation générale des salaires jeudi 14 avril lors de la dernière réunion de négociation a été jugée « inadmissible » par les syndicats qui déclenchaient aussitôt de nouvelles actions sur les sites logistiques de la multinationale américaine.
La question du pouvoir d'achat et donc celle de l'augmentation des salaires après des années de gel a pris une dimension politique nationale, devenant un thème central de l'élection présidentielle dès l'automne dernier quand le gouvernement lui-même en est venu à réclamer aux patrons son retour sur investissement : les entreprises doivent faire des efforts car elles ont globalement réussi à maintenir leurs marges grâce au "quoi qu'il en coûte" et aux nombreuses aides versées par l'État.
Jean Castex faisait lui-même une piqûre de rappel en s'adressant très directement aux entrepreneurs le 11 février dernier pour les appeler à améliorer les salaires au moment où les Français sont confrontés à une inflation persistante, notamment alimentée par la hausse des prix de l'énergie, qui mine leur pouvoir d'achat. Et ça c'était avant l'invasion de l'Ukraine par la Russie (24 février)...
Cependant le patronat, même conscient de la pertinence de cette injonction, ne manquait pas de renâcler à l'image de son président, Geoffroy Roux de Bézieux qui, six mois auparavant, disait s'attendre à des hausses de salaires au regard des difficultés de recrutement des entreprises, particulièrement fortes dans les services, citant alors la restauration, l'hôtellerie et le bâtiment, mais stipulant clairement qu'il attendait d'abord un geste de la part du gouvernement.
Et la chronique ne désemplit pas de ces négociations salariales sous haute tension, que ce soit au niveau des branches ou dans les entreprises mêmes, face à des directions qui ne veulent rien lâcher. Dernier exemple en date: Capgemini, géant mondial des services numériques qui engrange les profits... tout en se félicitant de son important turn over (autour de 25% par an), mais qui se retrouve maintenant avec une grève sur les bras.
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La logistique fait partie des secteurs en très forte croissance également depuis la pandémie de Covid, les profits ont fortement augmenté. A l'image du géant Amazon, qui en 2021, avec l'accélération du e-commerce liée à la pandémie de Covid a vu bondir ses bénéfices de 57% à plus de 33 milliards de dollars.
Pour autant, en France, les salaires n'ont pas suivi dans un contexte d'inflation et de flambée du prix des carburants. Un mouvement social a ainsi débuté le 4 avril sur les 8 sites logistiques d'Amazon en France pour réclamer une augmentation significative des salaires: +5% de hausse, minimum.
Mais jeudi, quelques heures avant la fin de leur négociation avec la direction d'Amazon, une large intersyndicale (CFDT, Sud, la CGT, la CAT et le syndicat des cadres CFE-CGC) avait publié un communiqué présentant en ces termes le rapport de force posé par la direction de l'entreprise :
Une ultime séance de discussion est prévue le 20 avril au cours de laquelle la direction espère obtenir la signature et l'approbation des syndicats. Mais ceux-ci ne décolèrent pas:
Les syndicats représentatifs n'ont pas manqué de dénoncer, à cette occasion, le cynisme de la décision d'Amazon de "facturer aux vendeurs une taxe de 5% pour le carburant et l'inflation" au lieu de "penser à ses salariés qui peinent à vivre dignement".
A l'issue de cette journée, les syndicats étaient particulièrement dépités:
Les instances représentatives des salariés ont donc engagé de nouvelles actions pour espérer inverser le rapport de force avec la direction, appelant à "des mouvements sur tous les sites", notamment par des actions de filtrage des entrées et sorties des entrepôts logistiques (voire de blocage comme à Lauwin-Planque a pu constater l'AFP, dans le Nord, et où selon la déléguée CFDT "certains chauffeurs ont d'eux-mêmes abandonné leurs camions")
Côté CGT, Alain Jeault fait le même constat d'un "échec des négociations", qui précise que des "filtrages" ont "commencé à Chalon, Douai, Montélimar et Senlis".
Bouzienne Bourdim, chef d'équipe (CFDT) du site de Lauwin-Planques témoigne de l'amertume des salariés :
Selon différents salariés présents sur le site, des mouvements équivalents auraient également lieu à Chalon-sur-Saône, Montélimar et Boves (Somme).
De son côté, la direction d'Amazon campe sur ses positions : elle a jugé jeudi soir que sa proposition d'augmentation des salaires était "attractive", parce qu'elle est supérieure aux "taux d'augmentation médians constatés cette année en France", tous secteurs confondus. La direction précise qu'elle a enrichi sa proposition par d'autres avantages comme "un 13e mois qui sera étendu" à davantage de salariés, et "une prime de 150 euros versée fin 2022".
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Cependant, la direction de la multinationale a réorganisé sa logistique pour ne pas être trop embarrassée par ce mouvement de grève et garder les mains libres pendant la négociation: en redistribuant vers des sites étrangers 90% de la charge de travail normalement effectuée sur les sites français.
(avec AFP)
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