Santé : le mutualiste Vyv monte au créneau contre le dispositif à 1 euro du gouvernement
latribune.fr
« Il ne faut pas mettre en place des dispositifs qui amèneraient d'autres contraintes, ou d'autres difficultés », a déclaré ce mercredi le président du groupe mutualiste Vyv, Stéphane Junique.
Ce mercredi, le patron d'un des premiers groupes mutualistes français a estimé que la mutuelle à 1 euro par jour risquait d'alourdir le prix de la complémentaire santé pour le reste de la population. En 2024, le prix global des mutuelles connaît une hausse particulièrement importante.
Bronca de la part d'un des poids lourds des mutuelles en France. Le président du groupe mutualiste Vyv, Stéphane Junique, s'est montré sceptique sur la proposition de Gabriel Attal d'une mutuelle santé à 1 euro par jour, pour des personnes aujourd'hui non couvertes, estimant qu'elle risquait d'alourdir le prix de la complémentaire santé pour le reste de la population.
« Nous sommes à la disposition » des acteurs politiques « qui ont envie de progresser et de trouver des pistes » pour répondre aux « trous dans la raquette » de la couverture des complémentaires santé, a indiqué Stéphane Junique, le président du groupe Vyv, qui avec ses mutuelles MGEN et Harmonie, est le principal acteur du secteur.
Crainte d'un surplus de contrainte
« Mais il ne faut pas mettre en place des dispositifs qui amèneraient d'autres contraintes, ou d'autres difficultés », a-t-il ajouté.
«Je ne saurais pas expliquer à nos adhérents que pour un certain nombre de personnes, l'accès à la mutuelle soit facilité, alors que la cherté des cotisations va être encore plus grande pour les adhérents existant», a également indiqué Stéphane Junique.
« Il y a des effets collatéraux qui ne sont pas mesurés », a-t-il ajouté, en précisant que « notre porte était ouverte » pour discuter de ce projet.
La mutuelle à 1 euro : une extension d'un dispositif social déjà existant
D'après le président de la mutuelle Vyv, la proposition de l'actuel Premier ministre s'apparente, en l'état des informations disponibles, à une extension de la CSS. Il s'agit de la complémentaire santé proposée par la Sécurité sociale pour les Français les plus modestes (gagnant moins de 10.166 euros par an, pour une personne seule). Or la CSS est financée par les clients des complémentaires santé via une taxe (la TSA) assise sur leurs cotisations, a rappelé Stéphane Junique.
Comme alternative à la mutuelle à 1 euro, défendue par des experts et des patrons du secteur, pourrait être prévu un contrat de complémentaire santé plus étroit dans sa couverture, que l'actuel contrat de référence (dit « responsable et solidaire »), et qui pourrait donc être facturé moins cher.
« Le problème, c'est que depuis 20 ans on a fait en sorte que ce contrat responsable devienne plus épais dans les obligations qu'on y a mises, et qui parfois ne concernait pas les soins essentiels », a déploré Stéphane Junique.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Flambée des prix des mutuelles
La proposition de Gabriel Attal s'inscrit dans un contexte de nette augmentation du prix des complémentaires santé ces dernières années, avec notamment une hausse de cotisation particulièrement élevée en 2024 de 8,1% en moyenne, selon une enquête de la Mutualité française. De sorte qu'au total, les dépenses des complémentaires santé devraient donc augmenter de 1,5 milliard d'euros en 2024, sur une enveloppe globale d'une trentaine de milliards d'euros.
Pourquoi une telle hausse ? « Les dépenses de santé ont été extrêmement dynamiques en 2023 », avait expliqué en décembre dernier Eric Chenut, le président de la Mutualité française, avant d'ajouter que « la hausse a été de +6%, alors qu'on s'attendait plutôt à +3 ou +4% ».
Selon l'enquête de de la Mutualité française, cette évolution est aussi alimentée par la revalorisation des salaires et tarifs des soignants et une diminution du remboursement des soins dentaires par la Sécu. Et la facture peut être particulièrement lourde pour les retraités, qui sont plus consommateurs de soins, alors même qu'ils ne bénéficient plus du soutien de leur employeur pour payer leur complémentaire santé.
La Mutualité française prend la parole contre l'extrême droite
Mercredi 12 juin, la Mutualité française est montée au front contre l'extrême-droite. « Les propositions sociales fondées sur un principe de préférence ou de priorité nationale, inspirées par l'extrême-droite sont incompatibles avec les valeurs républicaines d'égalité et de fraternité », a ainsi déploré l'organisation.
Et d'ajouter : « Parce que nous sommes mobilisés pour garantir l'accès aux soins et la cohésion sociale, nous en appelons à une mobilisation démocratique » pour notamment « défendre la Sécurité sociale et assurer son financement ».
Dans cette communication, la Mutualité française en profite aussi pour « remettre en cause la financiarisation du système de santé et des secteurs médico-sociaux ». Et appelle à « garantir à toutes et tous un accès de qualité aux services publics, en faveur de l'accès aux soins et de l'accompagnement des situations de vulnérabilité ».