Sondage exclusif : le tournant écologique des Français, cinq ans après la COP21

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(Crédits : iStock)
Dans un sondage Ifop pour La Tribune publié à deux jours du cinquième anniversaire de l'accord de Paris, nous avons mesuré l'opinion des Français sur la notoriété et l'efficacité des décisions prises lors de la COP21 pour lutter contre le réchauffement climatique. Ainsi que l'action menée par les maires des dix plus grandes métropoles françaises. Au menu, quelques surprises et une certitude : les citoyens s'en remettent surtout à... eux-mêmes pour agir. Les deux maires les plus écolos de France sont... Anne Hidalgo (Paris) et Christian Estrosi (Nice).

Certes, on est encore très loin de la trajectoire des 2°C définie en 2015 lors de l'accord de Paris sur le climat, mais plutôt partis pour 3°C, voire 4°C ou 5°C, si rien ne change. Mais pourtant, à en croire le sondage exclusif commandé par La Tribune à l'IFOP à l'occasion du cinquième anniversaire de la COP21, les Français sont moins sceptiques qu'on aurait pu le penser sur la capacité du monde à se servir de cet accord comme levier pour accélérer le changement.

Réalisée en ligne du 4 au 7 décembre, cette enquête sur « Les Français, la COP21 et l'action des maires des grandes villes » sur le climat intervient six mois après la « poussée verte » des Municipales de juin 2020. Elle confirme, selon Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, « le tournant écologique de l'opinion publique » dont la première préoccupation est devenue la lutte contre le dérèglement climatique. Les Français citent autant l'écologie du quotidien, celle que l'on boit comme la qualité de l'eau, ou que l'on respire, comme l'air, en deuxième position des préoccupations. Sans doute en écho à la tempête qui a dévasté cet automne les Alpes-Maritimes au Nord de Nice, les catastrophes naturelles arrivent au troisième rang. L'isolation des logements, priorité du plan de relance verte, ou la place de la nature en ville sont moins bien classées même si les Français s'y intéressent.

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Un accord pas que de « façade »

2020 marque donc bien la fin du : « l'écologie, ça commence à bien faire » prononcé par le président Nicolas Sarkozy quelques temps après le Grenelle de l'environnement à la fin de la dernière décennie. Mais aussi la disparition, dans l'opinion, du paradoxal « on ne s'occupe pas de la fin du monde quand on ne peut plus boucler la fin du mois » qu'avait prononcé Emmanuel Macron au lendemain d'un dimanche dévastateur à Paris lors de la crise des « Gilets Jaunes ». Les gilets sont désormais bien plus verts, remarque Frédéric Dabi, ce que mesure la très forte notoriété de la COP21 connue par 85% des Français et précisément par 42% d'entre eux. Certes, les Français, par scepticisme ou réalisme, estiment encore, à 65%, que cet accord a été surtout « de façade » et n'a permis de réduire qu'à la marge les émissions de CO2, ce qui est stricte vérité. Mais c'est 10 points en dessous de leur réponse à la même question il y a un an, où 75% des Français n'y croyaient pas. « Il y a une prise de conscience que cet accord de Paris, malgré la défection des Etats-Unis de Trump, fait avancer positivement la lutte contre le réchauffement », explique le DGA de l'IFOP. Près d'un quart des sondés (24%), - soit une hausse de 14 points en un an -, pense cela vrai.

La victoire du « consomm'acteur »

Sur les moyens mis en oeuvre pour la transition écologique, les Français estiment à 57% que l'accord de Paris a eu un impact positif sur le développement des énergies renouvelables, et 35% pensent que cela a effectivement permis de commencer de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mieux, une courte majorité de 55% pense aussi que l'objectif, contraignant, de l'accord prévoyant de « contenir d'ici à 2100 le réchauffement climatique nettement en-dessous de 2°C par rapport aux niveaux pré-industriels » est « réalisable ».  En analysant finement le sondage, on voit que les électeurs d'Emmanuel Macron et les sympathisants LREM penchent plus vers « la gauche écologiste », ce qui n'est sans doute pas sans lien avec la gêne du chef de l'Etat dans sa relation difficile avec la Convention citoyenne pour le climat et ses 149 mesures dont certaines font débat à cause de leur impact économique.

Les Français se montrent aussi assez surprenants quand l'Ifop les interrogent sur les actions à mener. La plus indispensable, à 63%, est l'attention portée à une consommation individuelle plus responsable (réemploi, vigilance sur les condition de production ». Le fameux « consomm'acteur » n'est pas une légende urbaine de « bobos », mais une réalité tangible, sans doute renforcée pendant les deux confinements provoqués par la crise sanitaire de 2020. Les Français réclame aussi une réglementation plus contraignante pour protéger les forêts et en troisième position, 6 sur 10 demandent plus d'aides financières pour rénover les logements (sans doute ont-ils entendu parler de l'arrivée prochaine de Ma Prime Renov'...). 6 Français sur 10 citent la nécessité de développer la part des énergies renouvelables dans le mix.

Un boulevard pour les maires anti-voiture

Les sujets plus contraignants, que l'on qualifierait d'écologie punitive, sont moins plébiscités, mais font leur chemin. 43% des Français jugent indispensable de prendre moins l'avion et de privilégier les mobilités douces et 43% autres le jugent important. La question de la place de la voiture en ville et de l'instauration de zones à faibles émissions est aussi prise en compte majoritairement comme indispensable ou importante et seule une minorité de Français sont rétifs à toute contrainte sur leur voiture ou la vitesse en agglomération. « Ce sondage donne un boulevard aux maires et en particulier à Anne Hidalgo qui incarne le plus cette politique anti-voiture individuelle polluante », explique Frédéric Dabi. Notre enquête fait le lit des annonces récentes de généralisation des zones à faibles émissions dans la plupart des grandes métropoles françaises qui va obliger de facto les Français à acheter des véhicules propres ou plus récents. Ces résultats expliquent aussi l'engouement pour la voiture électrique chez les ménages malgré les retards pris dans l'objectif affiché des 100.000 bornes de recharge sur le territoire.

Lire aussi : Pollution de l'air : bientôt de nouvelles zones à faibles émissions, avec des contrôles radars

Chaque citoyen a son destin climatique en main

Les Français sont moins des « Gaulois réfractaires » en matière d'environnement, mais ils restent fidèles à eux-mêmes. Interrogés pour savoir en qui ils ont le plus confiance pour agir efficacement dans la lutte contre le dérèglement climatique, ils citent en premier les citoyens eux mêmes, à 31%, et à 69% du total des citations. Une preuve qu'ils ont compris que c'est du comportement individuel et de l'éducation à l'écologie que viendront les changements les plus profonds, qui entraîneront le reste de l'économie vers la transition ? Le deuxième acteur cité est l'Etat, dont on attend des aides et des incitations à agir et la fixation des règles du jeu. En troisième viennent les entreprises, qui sont considérées comme un lieu efficace pour accélérer la transition, à rebours du discours des activistes sur le « green washing » qui sont, eux, relégués en queue de classement de leur efficacité à sauver le climat. Preuve d'une certaine maturité des Français qui attendent désormais des actes plus que des vociférations...

Hidalgo, Estrosi et le match des maires verts

Curieusement, alors qu'ils sont au coeur de l'action locales, de terrain, les maires et les collectivités territoriales n'arrivent qu'en quatrième position des acteurs à même d'agir mais ils recueillent 40% du total des citations ce qui est un bon score. 6 Français sur 10 estiment néanmoins que leur maire applique une politique écologiste ce qui, vu le nombre de villes dirigées par les Verts en France, plus important, mais encore minoritaire, laisse à penser que les écologistes n'ont pas le monopole de l'écologie ! Une majorité de Français répond que leur maire a mis en place des actions concrètes en faveur du climat.

En cette veille de cinquième anniversaire de l'accord de Paris, La Tribune a aussi voulu mesurer qui, parmi les maires des dix plus grandes métropoles, est cité le plus comme capable d'agir en faveur du climat. Anne Hidalgo, la maire PS de Paris arrive en tête, 40% des Français déclarant avoir confiance en elle pour agir en faveur du climat ! Le maire de Nice, Christian Estrosi (LR) est en seconde place, devant Pierre Hurmic, qui vient de conquérir Bordeaux pour EELV, puis Johanna Rolland (PS), à Nantes et Martine Aubry (PS) à Lille. Nous avons aussi interrogé le panel pour savoir en quel maire les Français ont le plus confiance pour relancer l'économie de leur ville frappée par la crise de la Covid-19 : Christian Estrosi sort en tête, devant Anne Hidalgo, Martine Aubry et Johanna Rolland : un classement local qui pourrait bien avoir aussi des résonances nationales, si l'on se projette dans le calendrier électoral...

LES RÉSULTATS DU SONDAGE LA TRIBUNE / IFOP

L'enquête détaillée :

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Commentaires
a écrit le 10/12/2020 à 23:12 :
Je ne parierais pas la-dessus ! Aujourd'hui seules 2 villes - Paris et Grenoble - ont mis en place des contraintes fortes contre l'automobile. Ça passe à peu près parce qu'au final, peu de gens se sentent concernés. On en reparlera quand les Zones à circulation restreinte seront étendues à toutes les agglos de plus de 150000 hab et que 15 millions d'automobiles seront interdites de circulation !! On peut prévoir de nombreux samedis de Gilets jaunes...
a écrit le 10/12/2020 à 17:37 :
La COP21 n'a été qu'une diversion pour faire rêver les idéalistes. Tous les migrants qu'on accueil vont émettre des tonnes de co2 rien que pour pouvoir vivre ici, et vont consommer beaucoup plus d'eau, alors que chez eux ils avaient un impact écologique bien moindre. Je n'entends pas les écologistes parler de cette contradiction absurde et hypocrite.
Réponse de le 12/12/2020 à 9:18 :
Il faut aussi penser à tout l'argent qui leur est dédié et qui n'est pas investi dans la transition écologique...
a écrit le 10/12/2020 à 17:35 :
A 75 ans et locataire je prendrai une fois de plus la poudre d'escampette vers le Portugal si les contraintes des Ayatolqahs VERTS lm'em.....
Réponse de le 10/12/2020 à 19:01 :
Vous parlez de cet état européen que tous les portugais fuient pour venir se réfugier économiquement en France tout en idéalisant une retraite de nabab d'ex-ouvrier "français" de papier?
a écrit le 10/12/2020 à 17:24 :
"Les Français réclame aussi une réglementation plus contraignante pour protéger les forêts"

Les trois quarts de la forêt française appartiennent à des propriétaires privés. Ils sont non seulement propriétaires, mais aussi sylviculteurs et producteurs de bois. En tout, ils sont 3,5 millions de propriétaires forestiers.Appelés « sylviculteurs », « propriétaires forestiers » ou « forestiers », ils gèrent eux-mêmes leur forêt, mais cela constitue rarement leur activité principale. En effet, 57% d'entre eux sont des retraités. Quant aux autres, ils sont de toutes origines professionnelles : agriculteurs, employés, professions libérales, cadres, ouvriers... Les trois quarts des propriétaires forestiers ont hérité de leur forêt.
a écrit le 10/12/2020 à 16:12 :
Parfait, on vois que le département de la propagande a bien travaillé.
La propagande mensongére des écologistes prends.
Un jour on ferra interdire tout cela en attendant bonne saint mensonge.
a écrit le 10/12/2020 à 16:09 :
Pour "faire" des écologistes, il ne suffit pas d'appliquer le bon vieux système jacobiniste cher à nos techno-gouvernants. Devenir écologiste procède d'une démarche individuelle et ce sera la somme de ces démarches qui donneront un sens à l'écologie.
Il faut passer par l'individu pour que se développe une conscience écologique collective.
L'Etat peut accompagner, inciter, promouvoir, mais s'il cherche à imposer, pour des résultats rapides, il aggravera les problèmes en retardant d'autant leur règlement. Cf glyphosate... néonicotinoïdes dont on est désormais plus du tout sûr de se débarrasser.
a écrit le 10/12/2020 à 15:09 :
Hidalgo et … Estrosi !
Tout est dit.
Qu'on vote rose ou bleu, ca tourne toujours vert. Un vert de plus en plus sombre.
a écrit le 10/12/2020 à 14:54 :
Quand on constate que nos dirigeants ne font rien contre le déluge qui vient, par défaut on ne peut que compter sur soi, vous y voyez une augmentation de l'intérêt personnel j'y vois ce que l'on constate de plus en plus, une volonté accrue des citoyens de vouloir participer aux décisions politiques. Internet a changé radicalement la donne, ne surtout pas négliger son influence sur les esprits.

"Les Français réclame aussi une réglementation plus contraignante pour protéger les forêts"

C'est un sujet d'une importance capitale mais que les conservateurs de la chasse et leur lobby ne veulent surtout pas remettre en question par manichéisme et non par réflexion parce que eux aussi pourraient profiter d'une exploitation des forêts et ainsi d'une exploitation alimentaire de celle-ci, il n'y a pas que de la viande à manger dans les bois il y a également toute une végétation non seulement comestible mais en plus bien souvent délicieuse, et là aucune contestation possible pour la viande ou les végétaux, on ne peut pas faire plus "bio".

Maintenant est-ce bien le lobby de la chasse qui ne le veut pas ou bien plus sûrement celui de l'agro-industrie a qui cela pourrait rapidement faire de la concurrence ?
a écrit le 10/12/2020 à 13:12 :
La très grande majorité des gens ne savent pas ce qu'est l'écologie à long terme, ce qu'elle implique en terme de qualité de vie. Bien sûr, que tout le monde est pour la sauvegarde de la planète. Mais les gens y pensent seulement maintenant, parce que leur environnement se dégrade. Le problème, c'est que les constantes de temps écologiques, sont très grandes, de l'ordre de cinquante ans jusqu'à beaucoup plus. Par exemple, beaucoup de gens pensent à tord que le progrès va permettre de conserver le même PIB tout en diminuant la production de CO2, mais rien n'est plus faux. Au fond, les deux seules choses écologiques, sont la pauvreté, et l'abstinence.

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