« La meilleure manière de rembourser une dette, c'est d'aller chercher du chiffre d'affaires, c'est d'aller chercher de la croissance » estime Michel-Edouard Leclerc.
Le tableau sombre de la situation française dressé ces derniers jours par le Premier ministre agace une partie du monde économique, à commencer par Michel-Édouard Leclerc. La crainte ? Miner le moral des Français et casser la consommation.
Dix jours après sa conférence de presse de rentrée consacrée à son plan d'économies budgétaires et à l'annonce d'un vote de confiance, chaque intervention du Premier ministre François Bayrou raisonne comme une mise en garde.
« Notre pays est en danger parce que nous sommes au bord du surendettement », a alerté fin août le chef du gouvernement. Avant d'ajouter, quelques jours plus tard : « Si le gouvernement tombe, ça veut dire qu'on abandonnera la politique pour moi vitale pour le pays » pour une « autre » politique « plus laxiste », « plus à la dérive ». Un ton alarmiste d'ailleurs repris par son ministre de l'Économie, Éric Lombard, lorsqu'il n'a pas exclu une intervention du Fonds monétaire international (FMI) en France, avant de rétropédaler et de calmer son propos.
Un vent de pessimisme qu'a dénoncé ce lundi Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique du groupe du même nom. « Ce n'est pas la peur que provoque la dramaturgie autour de la dette qui va mobiliser les Français », a-t-il taclé à l'occasion d'une interview au journal télévisé de France 2.
Le chef d'entreprise regrette que « personne ne parle de croissance ». Or, d'après lui, « la meilleure manière de rembourser une dette, c'est d'aller chercher du chiffre d'affaires, c'est d'aller chercher de la croissance ». Autrement dit, de relancer l'économie.
Un avis déjà soutenu au printemps par François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France. « Pour maîtriser notre dette, il faut à la fois arrêter la croissance des dépenses publiques en France et augmenter la croissance de l'économie. C'est cela les deux remèdes », avait-il plaidé au micro de France Inter.
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Un petit retour dans le passé aurait en outre de quoi rassurer sur la capacité de la France à se sortir d'une situation économique compliquée. « La dette publique est certes importante actuellement, mais l'histoire de la dette française témoigne de périodes beaucoup plus difficiles », relève, graphique à l'appui, Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, dans une analyse publiée par le média financier Fibee.
La teneur des discours aurait sa part à jouer pour réussir à relancer la croissance du pays, selon Michel-Édouard Leclerc. Car « aujourd'hui, la moitié de la croissance, c'est la consommation », rappelle-t-il. Une consommation qui risquerait de « tomber en panne » compte tenu du pessimisme ambiant.
Un avis partagé par Enguerrand Artaz, stratégiste macro et marchés chez La Financière de l'Échiquier. « Le contexte politique dans lequel vit la France depuis plus d'un an n'a pas pour seul effet d'empêcher une amélioration de la trajectoire du déficit public. Il a aussi une conséquence directe sur le moral des ménages, le plus déprimé à ce jour parmi les grands pays de la zone euro », explique l'expert dans une autre analyse parue sur Fibee. Et de développer : « Conséquence directe de ce manque de confiance : un comportement épargne/consommation qui favorise de plus en plus en l'épargne de précaution au détriment de la consommation ». Ce qui se traduit pas un taux d'épargne de 18,8 % en début d'année, un record - en excluant la période de la pandémie de Covid-19.
Reste qu'inverser la tendance ne sera pas simple. Pour rappel, la croissance du produit intérieur brut (PIB) de la France a tout juste dépassé les +1% en 2023 et 2024, selon les chiffres de l'Insee. Et les différentes institutions économiques estiment qu'elle ne devrait même pas atteindre ce niveau cette année, tablant sur à peine +0,6% ou +0,7% selon les cas.