François Bayrou s’est dit ce mercredi « prêt à examiner toute solution » différente de la suppression de deux jours fériés, à condition de trouver une source d’économies équivalente. (Photo d’archive.)
Destinée à faire entrer 4,2 milliards d'euros dans les caisses de l’État dès 2026, cette mesure est très loin de susciter l’unanimité. Elle pourrait d’ailleurs finir aux oubliettes avant même d’avoir été validée.
C'est l'une des pistes d'économie avancée par le Premier ministre pour le budget 2026 qui cristallise le plus de tensions - pour ne pas dire la pire. Pour atteindre les 43,8 milliards d'euros d'économies l'année prochaine, François Bayrou suggère de supprimer du calendrier deux jours fériés, le lundi de Pâques et le 8-Mai. Une mesure qui, selon lui, permettrait de produire de la richesse et d'engranger 4,2 milliards d'euros de recettes supplémentaires pour les caisses de l'État.
Ces deux journées, qui ramèneraient à neuf le nombre de jours fériés en France, s'ajouteraient à la conversion du lundi de Pentecôte en « journée de solidarité ». Pour autant, cette suppression de deux jours fériés n'a pas le même objectif et ne fonctionnerait pas exactement de la même manière que ce dispositif mis en place en 2004.
Concrètement, ces deux jours actuellement payés, mais non travaillés, deviendraient deux jours toujours payés, mais travaillés. Salariés du public et du privé seraient concernés. Ces derniers « ne seront pas rémunérés davantage pour ces nouvelles heures de travail », souligne le gouvernement dans un document d'orientation envoyé début août aux organisations syndicales. « En contrepartie, les employeurs du secteur privé s'acquitteront d'une contribution qui sera affectée au budget de l'État », est-il précisé, sans plus de détail sur son montant.
Concernant la journée de solidarité, les heures travaillées ne sont pas payées. Similitude en revanche sur le fait que les employeurs sont soumis à un prélèvement, correspondant à 0,3 % de la masse salariale annuelle de leur entreprise. Les employeurs peuvent d'ailleurs choisir d'offrir cette journée à leurs salariés.
Avec la suppression des deux jours fériés, le Premier ministre espère « réduire notre déficit d'activité et de production », a-t-il expliqué dans une lettre accompagnant le document d'orientation. L'objectif est clair : augmenter le volume annuel de travail, produire davantage et renforcer la compétitivité de la France. Les modalités de mise en œuvre n'ont pas encore été détaillées pour le moment. Le choix des jours fériés pourrait notamment être laissé libre, à condition que « le rendement de la mesure soit préservé ».
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Le but de la journée de solidarité est tout autre. Le montant prélevé aux entreprises sert à financer « des actions en faveur de l'autonomie des personnes âgées ou handicapées », dixit l'administration. Comme, par exemple, le maintien à domicile, l'adaptation des logements ou encore l'accès à des services d'accompagnement spécialisés. En 2025, ce dispositif a dégagé 3,48 milliards d'euros, selon la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. Soit 8 % des 42 milliards d'euros de ressources de la branche autonomie de la Sécurité sociale.
François Bayrou l'affirme : « Il faut travailler plus, a-t-il déclaré à la mi-juillet, il faut que toute la nation travaille plus pour produire et [...] pour que la situation de la France s'améliore. » Ce n'est pas la première fois que cette idée est mise sur la table, les 11 jours fériés actuels dont jouissent les Français étant régulièrement pointés du doigt.
Pourtant, dans les faits, l'Hexagone, hors spécificités régionales, se situe dans la moyenne des pays de l'Union européenne (UE) qui est de 11,7 jours fériés par an. Mais si l'on ajoute les jours de congés payés en revanche, la France figure parmi les pays européens qui comptent le plus de jours non travaillés. 36 au total - 25 jours de congé et 11 jours fériés - ce qui représente néanmoins 10 % seulement de l'ensemble des jours d'une année. Seuls Malte et l'Espagne (44 chacun), l'Estonie (39), l'Autriche (38), le Luxembourg et la Finlande (37) font mieux.
Comment cela se caractérise-t-il sur le terrain ? D'après une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la France fait partie des mauvais élèves en nombre d'heures travaillées par an et par actif, avec 1 489 heures en 2023. Loin de la moyenne des autres membres de l'organisation internationale, qui s'élève à 1 740 heures.
Des chiffres à prendre cependant avec des pincettes pour François-Xavier Devetter, professeur de sciences économiques à l'université de Lille et chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires). Les écarts « proviennent des calculs », a-t-il récemment avancé auprès de l'AFP. Et d'expliquer : « Qui on intègre ? Les fonctionnaires ou seulement les salariés du privé ? Ceux à temps partiel ou à temps complet ? Quid des autoentrepreneurs ou des étudiants ? » Prudence donc avant de tirer des conclusions.
⛔Plus de contre que de pour
Une chose est en tout cas sûre : la suppression de deux jours fériés suscite davantage d'opposition que de soutien. À commencer par les Français eux-mêmes. Plus de huit personnes sur dix (84 %) y sont défavorables, d'après un sondage Odoxa publié à la fin août par le journal Le Parisien. Presque autant (83 %) s'affichent également hostiles à l'idée de devoir se passer d'un seul jour férié. « Les Français n'en veulent pas. Ils tiennent à leur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle et cette mesure est vécue comme une violence et un préjudice », estime Gaël Sliman, le président de l'institut d'études, dans les colonnes du quotidien.
Les syndicats sont eux aussi vent debout contre la mesure. « L'article L1 du code du Travail s'inscrit dans une volonté, par la négociation, de maintenir un équilibre et une cohésion au sein de la société. Avec une négociation supprimant deux jours fériés, le projet du gouvernement vise exactement l'inverse », a récemment fustigé l'intersyndicale (CGT, FO, CFDT, CFE-CGC, CFTC) dans un communiqué.
Du côté du patronat, la prudence est de mise. « Cela suscite des réactions diverses, y compris dans nos rangs », a reconnu à la fin juillet Patrick Martin, le président du Medef. Les professionnels du tourisme, par exemple, voient d'un mauvais œil une réduction des jours fériés. Quant au patron de l'U2P, qui représente les indépendants, Michel Picon a également exprimé des réserves sur le projet du gouvernement. « Deux jours fériés en moins, ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'industrie touristique, pour les restaurants, les hôtels et les communes touristiques », a-t-il déclaré.
Reste qu'après avoir généré des débats tout l'été, la mesure pourrait bien finir aux oubliettes. Le Premier ministre s'est dit sur BFMTV ce mercredi « prêt à examiner toute solution » différente, à condition de trouver une source d'économies équivalente. Avant d'être appuyé par sa ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin : « Il y a évidemment plein d'autres manières d'encourager à produire plus. Il y a évidemment plein d'autres manières de s'assurer que si on travaille plus, on gagne plus », a-t-elle rebondi sur Franceinfo.
Le clan des Républicains a justement évoqué mardi d'autres pistes auprès de François Bayrou. « On propose une grande loi de lutte contre la fraude et l'assistanat et l'ouverture du débat sur le temps de travail dans notre pays », a avancé le patron des députés LR, Laurent Wauquiez.
Rares sont toutefois les partis désireux de négocier avec le chef du gouvernement, estimant qu'il ne lui reste que quelques jours de survie à son poste. Le vote de confiance à l'Assemblée nationale, lundi 8 septembre, pourrait en effet le faire tomber. Et il y a fort à parier que la personnalité qui lui succédera à Matignon ne reprendra pas à son compte cette idée décriée.
📅Comment ça fonctionnerait ?