Vincent Bolloré mis en examen pour "corruption" dans l'affaire des ports africains

 |   |  693  mots
Les magistrats tentent de déterminer si les dirigeants du groupe Bolloré ont utilisé les activités de conseil politique de Havas, une filiale, pour faciliter l'accession au pouvoir de dirigeants africains et obtenir en contrepartie des concessions portuaires.
Les magistrats tentent de déterminer si les dirigeants du groupe Bolloré ont utilisé les activités de conseil politique de Havas, une filiale, pour faciliter l'accession au pouvoir de dirigeants africains et obtenir en contrepartie des concessions portuaires. (Crédits : Reuters)
L'homme d'affaires Vincent Bolloré a été mis en examen, mercredi soir à Paris, dans l'enquête sur des soupçons de corruption dans l'attribution à son groupe de concessions portuaires en Afrique de l'Ouest.

(Article publié le 26 avril à 11h45, mis à jour à 15h13 avec les déclarations du ministre guinéen de la Justice Cheick Sako et de l'opposition)

Après deux journées en garde à vue, l'homme d'affaires français Vincent Bolloré est ressorti du bureau des juges financiers parisiens mercredi soir avec une mise en examen pour "corruption d'agent public étranger", "complicité d'abus de confiance" et "complicité de faux" dans l'enquête sur les conditions d'attributions de ses concessions portuaires en Afrique de l'Ouest, selon des sources judiciaires, reprises par l'AFP.

Présenté à son tour aux juges, le directeur général de Bolloré, Gilles Alix, a également été mis en examen pour les mêmes chefs que son patron, tandis que Jean-Philippe Dorent, responsable du pôle international d'Havas, filiale groupe, est pour sa part mis en examen pour "abus de confiance" et "usage de faux", mais placé sous statut de témoin assisté pour "corruption d'agent public étranger".

Soupçons de manipulations politiques en Guinée et au Togo

Les magistrats Serge Tournaire et Aude Buresi, connus pour avoir poursuivi Nicolas Sarkozy dans l'affaire du financement libyen de sa campagne en 2007, tentent de déterminer si les dirigeants du groupe Bolloré ont utilisé les activités de conseil politique de Havas, une filiale, pour faciliter l'accession au pouvoir de dirigeants africains et obtenir en contrepartie des concessions portuaires.

En effet, Bolloré Africa Logistics (ancienne SDV), une des filiales du groupe en Afrique, avait obtenu la gestion du port de Conakry quelques mois après l'élection d'Alpha Condé fin 2010, et avait remporté la concession à Lomé peu avant la réélection en 2010 de Faure Gnassingbé. Tous les deux étaient effectivement conseillés par Havas.

Les magistrats vont s'appuyer sur les documents retrouvés lors des perquisitions effectuées en 2016 au siège du groupe. Selon Le Monde, ils soupçonnent Havas d'avoir sous-facturé ses services rendus aux deux candidats victorieux pour obtenir, en contrepartie, la gestion de ces concessions portuaires.

Le groupe conteste la mise en examen de son Pdg

Mardi déjà, le groupe Bolloré avait nié tout irrégularité en Afrique où il gère 16 terminaux portuaires, une position qu'il a réitéré mercredi 25 avril à la suite de l'annonce de la mise en examen de Vincent Bolloré.

"Pour une affaire remontant à près de 10 ans sur des liens supposés entre des campagnes électorales menées par Euro RSCG au Togo et en Guinée, pour quelques centaines de milliers d'euros, et des concessions portuaires lancées et obtenues dans ces pays pour des centaines de millions d'euros, pourtant neuf ans avant les élections au Togo et un an avant l'élection en Guinée, M. Vincent Bolloré a été mis en examen par le juge (Serge)Tournaire", lit-on dans ce court communiqué.

Et de préciser :

"M. Vincent Bolloré, qui reste présumé innocent, pourra avoir enfin accès à ce dossier dont il n'a jamais eu connaissance et répondre à ces accusations infondées."

"La Guinée coopérera avec la France"

Mercredi soir, devant des journalistes à Conakry, le ministre guinéen de la Justice Cheick Sako a affirmé que "la Guinée va collaborer avec la France". La veille, le porte-parolat du gouvernement guinéen avait soutenu que la concession accordée au groupe pour le port de Conakry était "strictement conforme à la loi".

De son côté, le député Fodé Oussou Fofana, vice-président du principal parti d'opposition, l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), a réclamé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur l'ensemble des marchés publics attribués depuis l'arrivée au pouvoir du président Alpha Condé en décembre 2010.

"Nous allons prendre tous les dossiers, à commencer par ce dernier, pour demander des explications au gouvernement afin que la situation soit très claire. Nous irons au fond de cette affaire pour savoir si effectivement il y a eu corruption ou pas", a-t-il dit, en référence au dossier Bolloré.

Selon l'opposant, "depuis que le président Alpha Condé est au pouvoir, tous les marchés qui ont été donnés l'ont été de de gré à gré".

(Avec AFP et Reuters)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 03/05/2018 à 11:34 :
Dans les guerres économiques, qui sont en fait des rapports de force, seul un état, des ONG , ou un milliardaire peuvent faire tomber un autre milliardaire. C'est peut être ce qui se passe en Afrique entre Bolloré et le milliardaire démocrate américain Georges Soros et ses nombreuses ONG lire l'expert @bernard_jomard en compétitive intelligence: http://bernard-jomard.com/2016/12/05/usa-vs-europe-la-guerre-economique/
a écrit le 26/04/2018 à 19:27 :
Jean-Louis Billon conteste l’attribution à Bolloré du 2eme terminal à conteneur du Port d’Abidjan
(Agence Ecofin) - Jean Louis Billon, ministre ivoirien du commerce, a formulé des critiques sur l’attribution de la gestion du deuxième terminal à conteneurs du Port Autonome d’Abidjan à une entreprise du groupe français Bolloré, expliquant entre autres que « son offre technique, par exemple, était beaucoup moins intéressante que celle de ses concurrents », a-t-on appris le 5 juin 2013 à la lecture d’une interview accordée par le responsable ivoirien au magazine français le Nouvel Observateur.

M. Billon, sans expressément le dire, laisse entrevoir que le groupe français aurait usé des voies illégales pour obtenir son contrat. « En 2004, quand je critiquais vivement le contrat sur le premier terminal, j'avais été approché par quelqu'un du groupe Bolloré. Cette personne m'avait fait des propositions pour que je révise ma position, mais je n'avais pas cédé. Je ne serais pas surpris si demain on me disait qu'il y a eu des problèmes de gouvernance dans l'attribution du deuxième terminal » a-t-il fait savoir.

Le ministre ivoirien du commerce estime aussi que ce monopole de Bolloré sur la gestion du port ivoirien a un mauvais impact sur l’économie de son pays. « On voit déjà les conséquences du monopole de Bolloré sur le premier terminal : la manutention portuaire y est parmi les plus chères de la sous-région, de 20 à 30% en plus selon certaines estimations. Ce manque de compétitivité engendre des coûts qui se répercutent directement sur le consommateur ivoirien », a-t-il commenté.

Il est à noter que, dans la compétition pour l’attribution de ce marché du deuxième terminal à conteneur d’Abidjan, Movis Côte d’Ivoire, une entreprise cotée à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières d’Abidjan y participait. Elle n’a pas été retenue et, aujourd’hui, elle a déposé une plainte devant la cour de justice de L'UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine) pour dénoncer un abus de position dominante.

Movis Côte d’ivoire, il faut aussi le rappeler, est la nouvelle désignation depuis 2011 du groupe (SIVOM : Société Ivoirienne d’Opérations Maritimes), géré par David Billon, frère de l’actuel ministre ivoirien du commerce, qui lui-même a dirigé le groupe pendant un certain temps et y est toujours actionnaire.

Jean Louis Billon rejette cependant toute possibilité de conflit d’intérêts avec sa nouvelle position au sein du gouvernement. « Il y a plus de dix ans, je me suis opposé à la constitution d'un monopole, et la logique reste la même. On ne peut pas me reprocher aujourd'hui d'avoir la même position qu'à l'époque, quand il s'agit de consolider un monopole qui avait été illégalement constitué il y a dix ans. N'importe quelle entreprise concurrente serait la bienvenue pour l'économie ivoirienne : c'est la position monopolistique qui est néfaste à notre économie » a-t-il déclaré.

Sur les conséquences que pourraient avoir sur lui ses déclarations en tant que membre du gouvernement M. Billon se veut rassurant. « Avant qu'il ne soit attribué, j'avais fait un courrier à mon collègue des Transports. Je voulais le prévenir que si le deuxième terminal était attribué au même opérateur cela créerait une position dominante, ce que la loi nous interdit. C'est pourquoi je me sens libre aujourd'hui d'en parler » a-t-il simplement indiqué.
a écrit le 26/04/2018 à 17:34 :
Histoire d'un premier de cordée...😁 ce qui tend à démontrer qu'un empire financier se bâtit à chaque fois sur la magouille et la corruption...😎
a écrit le 26/04/2018 à 17:06 :
j'ai dû mal à comprendre pourquoi des juges Français veulent se mêler d'affaires dans des pays étranger. ce n'est plus des juges Français mais des juges internationaux nommé par qui ???
Cela sent de petits règlement de compte Franco-Français.
a écrit le 26/04/2018 à 12:11 :
Peut-être que s'il ne s'était pas acharné sur ceux qui ont parlé de ce dossier, comme Basta, à chercher à tout prix à faire taire les messagers, il se serait moins fait remarquer.

Cette habitude systématique de chercher à tuer le messager est grotesque puisque le message existera toujours lui. Et vous reviendra dans les dents plus tard plus fort.

Dites le à l'union européenne qui s'est précipitée à voter pour le secret des affaires svp, FN compris d'ailleurs.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :