« Après la COP28, les pays de l’OPEP ont encore de beaux jours devant eux pour exploiter leurs ressources fossiles » (Francis Perrin, IRIS)
Marine Godelier
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Professeur à l’École de Management de la Sorbonne, à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires et à l’Université Inter-Ages du Dauphiné, Francis Perrin a rejoint en 1991 le Centre arabe d’études pétrolières, dont il a dirigé l’ensemble...
ENTRETIEN. Pourquoi les pays producteurs et exportateurs de pétrole et de gaz ont-ils accepté mercredi de signer le texte final de la COP28 de Dubaï, qui appelle pour la première fois les Etats à s'éloigner des combustibles fossiles ? Quelques jours plus tôt pourtant, le secrétaire général de l’OPEP lui-même enjoignait ses membres à refuser tout accord de ce type, lequel mettrait en danger leur « prospérité ». Explications avec Francis Perrin, directeur de recherche et professeur à l’IRIS et spécialiste des questions énergétiques dans le monde arabe.
LA TRIBUNE - Selon vous, qu'est-ce qui a poussé les pays pétroliers à accepter le texte final de la COP28, alors qu'ils rejetaient d'abord vigoureusement tout appel à sortir progressivement des combustibles fossiles ?
FRANCIS PERRIN - Le texte final de la COP28 a été approuvé par consensus. Autrement dit, les 195 signataires de l'accord de Paris de 2015 (194 pays et l'Union européenne) -- ce traité qui les contraint à limiter la hausse des températures nettement en dessous de +2°C d'ici à la fin du siècle -- sont tombés d'accord à l'unanimité. Y compris les 23 pays de l'OPEP [organisation des pays exportateurs de pétrole - 13 membres, ndlr] et de l'OPEP+ [10 membres supplémentaires, ndlr], qui ont estimé que la formulation retenue sur les énergies fossiles leur convenait.
Pourtant, celle-ci va plus loin que le projet d'accord présenté lundi par la présidence émiratie. Alors que dans cette première version, les Etats étaient invités à prendre différentes mesures, parmi lesquelles « la réduction de la production et de la consommation d'énergies fossiles », le texte finalement adopté les « appelle » à contribuer aux efforts mondiaux pour entamer « une transition hors » de ces combustibles. Nous sommes ainsi passés d'une formule molle, à la carte, à une incitation plus marquée.
Pour convaincre les pays pétroliers et gaziers d'accepter ces avancées, le président de la COP28, Sultan Al Jaber, a joué un rôle très important. Il a su tirer profit de ses multiples casquettes, de ministre émirati de l'industrie mais aussi et surtout de PDG du groupe pétrolier ADNOC (Abu Dhabi National Oil Company). En effet, il connaît bien le monde des énergies fossiles et ses décideurs, les Emirats arabes unis faisant d'ailleurs eux-mêmes partie de l'OPEP+. Ce réseau lui a permis d'arrondir les angles, et de convaincre d'autres pays arabes que ce qu'il proposait était acceptable, pour ne pas gâcher la fête.
Sur le sujet des hydrocarbures pourtant, les positions de son pays ne sont pas différentes de celles des Saoudiens. Mais en tant qu'hôte de la COP28, il souhaitait à tout prix remporter une victoire diplomatique. En ce sens, il y a un avantage à ce que cette conférence se soit déroulée à Dubaï, et qu'elle ait été présidée par un magnat du pétrole.
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