Les argentins sont appelés ce dimanche à élire leur président, qui prendra ses fonctions le 10 décembre avec la lourde tâche de s'attaquer à une crise économique qui empire. L'inflation qui s'affiche à 143 % en octobre sur un an devrait atteindre 180 % en décembre. Le peso s'est déprécié de 54 % en un an face au dollar. Aujourd'hui, 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
Arrivé en tête au premier tour avec 37 %, Sergio Massa (centre gauche), actuel ministre de l'Économie, symbolise la continuité du système Kirchner, héritier du péronisme, qui domine la vie politique argentine depuis deux décennies. Javier Milei, qui se définit comme « anarcho-capitaliste », prône une rupture radicale avec « le système », avec des coupes drastiques dans les dépenses publiques et la fin du peso au profit du dollar, un remède de cheval pour juguler l'inflation. Malgré sa percée, il n'a jamais franchi la barre des 30 %, tant aux primaires qu'au premier tour. « Il n'a pas réussi à briser ce plafond de verre », pointe Gabriel Giménez Roche, économiste, professeur associé à la Neoma Business School.
Les deux candidats sont au coude-à-coude dans les sondages, la campagne de second tour n'a pas permis de dégager une dynamique. Tout dépendra des reports de voix. Javier Milei pourrait compter sur les 24 % de Patricia Bullrich, candidate de la coalition conservatrice d'Ensemble pour le changement, qui a appelé à voter en sa faveur, tout comme l'ancien président Mauricio Macri (2015-2019). « Macri a mis toute l'organisation de son parti, ses cadres, ses militants au service de Milei, espérant de cette manière contrôler ce dernier », explique Christophe Ventura, directeur de recherche à l'Iris. Mais ce report reste théorique. « La majorité des électeurs de Patricia Bullrich, de centre droit, rejette la personnalité de Milei, son ton vulgaire et agressif ; il n'est pas sûr qu'ils votent en sa faveur même s'il parle moins de ses réformes radicales comme la dollarisation », estime Gabriel Giménez Roche.