L'élection présidentielle en Argentine est à l'image des deux courants majeurs qui agitent les démocraties : le choix de la continuité et d'une forme de statu quo, face au choix, plus radical, d'un candidat anti système. Alors que l'actuel ministre de l'Economie, Sergio Massa, est arrivé en tête du premier tour de l'élection (36,6%) dimanche 22 octobre, l'Etat argentin reste l'un des plus surendettés au monde. L'inflation y avoisine les +140%, avec une devise nationale qui ne vaut plus rien. Face à lui, au second tour prévu le 19 novembre, un candidat totalement inattendu il y a quelques mois encore, le libertarien et star de la télévision argentine Javier Milei, 52 ans, qui s'est fait connaître avec ses leçons d'économie pour démontrer les effets néfastes de l'intervention de l'Etat. Dans ce pays de 35,8 millions d'habitants, il agrège la colère populaire et le rejet de la classe politique traditionnelle.
Au Parlement argentin, aucune majorité absolue ne sera formée. Le bloc péroniste (centre-gauche) est dominant dans chaque chambre. Le parti de Javier Milei devient donc la troisième force, selon les résultats des élections générales.
LA TRIBUNE - De quoi l'avènement du phénomène Javier Milei est-il le nom ? Peut-on y voir la fin d'un cycle du péronisme et du kirchnérisme et des idées socialistes qui ont cours en Argentine depuis plusieurs décennies ?
JEAN-JACQUES KOURLIANDSKY - L'irruption de Javier Milei dans la vie politique et électorale argentine reflète un « ras le bol » de la population, excédée par la perpétuation d'un mal vivre de plus en plus mal supporté. Après avoir voté pour la droite péroniste (Carlos Saúl Menem) le centre gauche radical (De la Rua), le centre gauche péroniste (les Kirchner), la droite libérale (Mauricio Macri) et à nouveau pour le centre péroniste (Alberto Fernandez) les Argentins font le constat d'un statu quo catastrophique (inflation galopante, envolée du dollar parallèle, pauvreté grandissante, informalité, endettement de l'Etat). En propulsant Milei en tête des primaires ils ont aussi mis un zéro pointé à tous ceux qui ont gouverné l'Argentine depuis trente ans : péronisme de droite et de gauche, radicalisme, droite libérale. Milei surfe sur l'échec collectif de la classe politique traditionnelle de droite comme de gauche.
On place souvent Javier Milei à l'extrême droite. Or, il semble axer son programme sur l'économie (dollarisation du pays, suppression de la banque centrale, suppression des taxes...), avant d'exclure ou de viser une minorité comme le font les partis d'extrême droite européens. Où peut-on le classer sur l'échiquier politique ?