Au Texas, les énergies renouvelables remises en cause par les pannes de courant

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Au Texas, plusieurs centrales fonctionnant notamment à l'énergie éolienne ont vu leur fonctionnement perturbé par un climat extrême depuis le début de la semaine.
Au Texas, plusieurs centrales fonctionnant notamment à l'énergie éolienne ont vu leur fonctionnement perturbé par un climat extrême depuis le début de la semaine. (Crédits : Reuters)
Des conditions météorologiques extrêmes affectent depuis lundi la production d'électricité au Texas. En cause : bon nombre de centrales fonctionnent aux énergies renouvelables, et donc dépendantes du climat. L'incident relance ainsi le débat sur la sortie des énergies fossiles, jugées plus fiables pour certains.

La vague de froid qui touche le sud des Etats-Unis depuis le début de la semaine prive de nombreux foyers américains d'électricité. Au Texas, plus de 2,3 millions d'habitants restaient affectés par des pannes mercredi soir.

Comment cet Etat, pourtant premier producteur de pétrole et de gaz naturel du pays, se retrouve-t-il confronté à une telle crise?

Un climat extrême

Un froid glacial, marqué par des températures polaires et des tempêtes de neige, a provoqué une envolée de la consommation d'électricité dans les Etats du sud des Etats-Unis ces derniers jours.

Le Texas, qui compte près de 29 millions d'habitants, connaît les pires difficultés pour répondre à cette explosion de la demande. En cause : plusieurs centrales fonctionnant au gaz naturel, à l'énergie éolienne ou au nucléaire et alimentant des villes comme Austin ou Houston ont vu leur fonctionnement perturbé par ces conditions extrêmes.

Lire aussi : Aux Etats-Unis, les énergies renouvelables détrônent le charbon

ERCOT, l'entreprise en charge de la distribution énergétique au Texas, a déclaré dans la nuit de dimanche à lundi l'état d'urgence et décidé, par précaution, de couper certaines sources d'alimentation pour éviter une saturation du réseau.

Certaines familles se sont retrouvées sans électricité pendant plus de 48 heures.

Mercredi, le groupe a dit avoir rétabli le courant pour environ 700.000 foyers tout en reconnaissant que des millions d'autres continuaient d'en être privés.

Un tollé industriel

Le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, a fustigé la gestion de la crise par ERCOT. Dans un communiqué diffusé mardi, il a estimé que le groupe avait "été tout sauf fiable au cours des dernières 48 heures."

"Beaucoup trop de Texans sont privés d'électricité ou de chauffage au moment où notre Etat fait face à des températures glaciales et à une rude météo hivernale. C'est inacceptable", a critiqué le responsable, qui a diligenté une enquête sur ERCOT.

L'agence fédérale en charge des tarifs de l'électricité et du gaz naturel a aussi annoncé qu'elle allait se pencher, "dans les prochains jours", sur les raisons des coupures de courant.

Mais certains experts estiment que le problème est avant tout structurel. "ERCOT ne peut pas investir dans des équipements. Elle peut seulement gérer le réseau", rappelle Ed Hirs, professeur d'économie à l'université de Houston.

Pour M. Hirs, le Texas, dont le pic d'activité énergétique a généralement lieu à la fin de l'été, n'était pas préparé à affronter une telle vague de froid. "Il n'y a pas suffisamment de générateurs prévus pour l'hiver afin de répondre à une forte hausse de la demande", explique-t-il.

Les limites d'un système

Poumon énergétique des Etats-Unis, le Texas est, de loin, le premier producteur de pétrole brut et de gaz naturel du pays, mais est aussi un poids lourd de l'éolien et de l'énergie solaire.

Attaché à son indépendance dans ce domaine, c'est le seul Etat dont le réseau de distribution fonctionne en vase clos, ce qui l'empêche d'importer de l'énergie depuis le reste du pays.

Pourtant, la crise actuelle souligne les limites de ce système. "C'est un avertissement pour le monde entier que même des régions où l'énergie est abondante peuvent rencontrer des problèmes et cela peut être catastrophique", résume Michael Webber, professeur à l'université du Texas et directeur des sciences et technologies chez ENGIE à Paris.

Pour MM. Webber et Hirs, les enquêtes s'apparentent plus à la recherche d'un bouc émissaire et à une posture politicienne qu'à une réelle volonté de réformer les infrastructures.

Un changement véritable exigerait "une forte volonté politique, beaucoup d'intégrité et du leadership", estime M. Hirs. "A l'heure actuelle, ni le gouverneur ni l'assemblée législative (du Texas, ndlr) n'ont fait preuve de ces qualités."

Le débat entre énergies fossiles et renouvelables

Plusieurs voix conservatrices ont désigné la place supposément prépondérante des énergies renouvelables comme principal facteur des coupures de courant.

Le député républicain du Texas Dan Crenshaw s'est notamment attaqué sur Twitter au prétendu manque de fiabilité de l'éolien, une énergie "trop subventionnée" à son goût. "Bref, les énergies fossiles sont la seule chose qui nous sauve", a-t-il fanfaronné.

Mais ces commentaires ont suscité de vives réactions, dont celle de Daniel Cohan, professeur d'ingénierie civile et environnementale à l'université Rice à Houston, qui a qualifié les propos du député de "profondément trompeurs".

"Nous faisons face à une crise des systèmes énergétiques, pas seulement à une crise de l'électricité", a écrit M. Cohan sur Twitter. "Toutes nos sources d'énergie ont failli. Toutes sont vulnérables d'une façon ou d'une autre à une météo extrême et à des événements climatiques. Aucune n'était correctement préparée à de telles intempéries", a-t-il ajouté.

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Commentaires
a écrit le 24/02/2021 à 13:25 :
Oui mais non!
Les données sont claires et ont ete publiées, la chronologie est importante.
D abord la production éolienne s est effondrée de 80% puis ensuite toute la demande s est reportée sur les autres sources dont le gaz.
Enfin le froid continuant il y a eu e nouvelles pannes car soit la demande était trop forte soit le froid a créé des pannes.
En suede a peu prés au meme moment, les eoliennes se sont arretees et en allemagne les panneauxsolaires etaient couverts de givre... heureusement qu il y avait les voisins pour la suede et le charbon pour les allemands.
C est pourtant pas difficile a comprendre ? En hiver, il peut y avoir un anti cylone pendant 10 jours et pas de vent mais un grand froid.
Au texas cela voudrait dire que 25% de la production sera perdue donc soit on coupe le courant on a un backup équivalent mais pilotable pour remplacer la perte.
Pourquoi certains ne veulent pas comprendre? C de la physique. Apres il faut faire des choix mais on devrait suand meme d accord que sans vent pas d électricité ? Ou grand froid egal a pales bloqueés ?
a écrit le 19/02/2021 à 13:05 :
50% des centrales thermiques étaient en panne car pas adaptées aux températures glaciales dut a un manque de préparation et maintenance.
Le déficit en énergie était dut pour 12% aux ENR, donc qui ont fait mieux que le thermique.

Le réseau électrique du Texas n'est pas connecté aux autres états pour ne pas avoir a être aux normes fédérales... On voit le résultat...
Mais sinon c'est la faute des ENR bien sûr !
a écrit le 19/02/2021 à 13:05 :
Bonjour
J'ai lu qu' un problème de fonctionnement d'un gazoduc avait affecté les centrales thermiques de la région du texas.
a écrit le 19/02/2021 à 4:30 :
La vetuste des equipements electriques US montrent leurs limites. Ce n'est que le debut....
a écrit le 18/02/2021 à 18:40 :
Ils sont toujours au 110 volts déterminés par Thomas Edison ?
a écrit le 18/02/2021 à 13:33 :
Comme très souvent, on ne se pose que très rarement la question en cas de gros problème quand celui ci arrive...Aucune prospective sur l'avenir, voilà ce qui se passe.... Aujourd'hui des millions de personnes sont sans chauffage !!!!!
Mais bien sûr on trouvera toujours de #bonnes # excuses face à cette inaptitude à gérer l'avenir.
a écrit le 18/02/2021 à 12:28 :
Nous n'avons qu'à leur vendre notre expertise de tunneliers (tunnels de la Manche, du Mont Blanc), pour qu'il réalisent des STEP (turbinage d'eau à deux niveaux) entre des tunnels souterrains rayonnants et légèrement montant, pour remonter l'eau vers des barrages de surface fait avec les remblais creusés en profondeur. Les barrages-poids de 1km2, profondeur 5 m devraient suffir !
Les tunnels de 12 m de diam. longueur 1 Km chacun, au nombre de 4.
a écrit le 18/02/2021 à 11:38 :
Il était surtout temps que l'on oppose une concurrence au lobby pétrolier qui s'est bien trop endormi sur ses rentes et donc sur ses lauriers, faisant de cette si formidable énergie qu'est le pétrole une pompe à fric à placer dans les paradis fiscaux sans générer dessus le moindre investissement.

Il était là d'abord et avant tout le problème puisque en effet, s'acharner sur ce secteur est particulièrement hypocrite dans un monde dans lequel la plus énorme menace pesant sur la nature et l'humanité est le modèle agroindustriel et de très loin, et que le fait de ne jamais le montrer du doigt de la part des dirigeants politiques expose qu'il y a bien également une réelle et profonde hypocrisie concernant leur soit disant lutte contre le réchauffement climatique, c'est indéniable aussi.

Internet nous expose qu'il n'y a pas une vérité mais des vérités et ces vérites ne s'opposent pas systématiquement au contraire même bien souvent elles se complètent, c'est cette maudite pensée binaire, qui doit être une des raisons à avoir fait plonger le QI humain depuis plusieursdécennies d'ailleurs, qui nous impose de penser les phénomènes les uns contre les autres au lieu des uns en perpsective des autres.

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