La COP28 ne terminera pas à l'heure qu'avait fixée son président émirati, Sultan Al Jaber, en raison des tensions sur l'intégration ou pas dans un accord de la sortie des énergies fossiles. L'émissaire américain John Kerry a déclaré ce mardi que cet événement est « la dernière chance » pour tenir la limite de 1,5°C de réchauffement d'ici à 2100. Lundi, un texte ne mentionnant pas la sortie des énergies fossiles a été proposé, au grand dam de plusieurs ONG et États.
[Article publié le 12 décembre 2023 à 8h23, mis à jour à 14h27]
La COP28 joue les prolongations. Alors que Sultan Al Jaber, le président émirati de la 28e conférence de l'ONU sur le changement climatique à Dubaï avait annoncé le 6 décembre qu'il souhaitait « une clôture ordonnée de la conférence le mardi 12 décembre à 11H00 au plus tard », soit 07H00 GMT, les négociations sur les énergies fossiles se prolongeant pour surmonter les résistances des pays exportateurs de pétrole entraîne un décalage du calendrier de l'ONU. Celui-ci indique aujourd'hui que mardi est le dernier jour de la COP, mais ne précise pas d'horaire. Un accord ce 12 décembre interviendrait le jour anniversaire de l'Accord de Paris. Pour l'heure, les discussions patinent autour du texte final. Un nouveau texte, fruit de ces échanges nocturnes au treizième jour du sommet, est espéré dans la journée de mardi, selon des délégués.
« Ce n'est pas un problème pour la délégation européenne, nous avons du temps et nous sommes préparés à rester un peu plus longtemps », a assuré la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock.
De son côté, le directeur général de la COP28, Majid Al Suwaidi, a déclaré ce mardi que la présidence émiratie de la conférence travaillait à un nouveau projet d'accord sur la base des « lignes rouges » exprimées la veille par les pays ayant rejeté sa première proposition. « Le but est d'atteindre un consensus », a-t-il déclaré aux journalistes, au dernier jour prévu de la COP. « Nous aimerions tous finir à l'heure mais nous voulons tous obtenir le résultat le plus ambitieux possible. C'est notre unique objectif ».
Coup de pression de l'émissaire américain
Une situation de blocage qui a amené plusieurs personnalités à montrer leur déception.
Ainsi, la militante ougandaise Vanessa Nakate, ambassadrice itinérante de l'Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance) a lâché « Cela peut être fatigant de continuer à venir dans ces endroits et d'être constamment déçu par les décisions qui sont prises » avant d'ajouter « Pour que cette COP soit vraiment un succès, elle doit aborder la question des énergies fossiles ». « Si les dirigeants ne parviennent pas à s'attaquer à la cause profonde de la crise climatique après 28 ans de conférences sur le climat, non seulement ils nous font défaut, mais ils nous font perdre confiance dans l'ensemble du processus de la COP », a-t-elle alerté. La militante a même eu des mots particulièrement forts : « Ce texte que nous avons vu hier est en train de couler le canot de sauvetage de l'humanité », a-t-elle ajouté, le qualifiant de « condamnation à mort pour les communautés » avant de renchérir « Nous savons qu'il y ici plus de 2.400 lobbyistes des combustibles fossiles qui ont beaucoup de contrôle et de pouvoir sur ce processus. »
La veille déjà, lors d'une réunion avec les représentants des pays, ce fût au tour l'émissaire américain et ancien secrétaire d'Etat au climat, John Kerry de déclarer « C'est la dernière COP où nous aurons la chance d'être capable de maintenir en vie le 1,5°C ». Une réaction qui fait référence à une étude présentée lors de la COP28, par les scientifiques du Global Carbon Project qui jugent « inévitable » le fait que le seuil de 1,5°C de réchauffement de la planète soit dépassé « de manière constante sur plusieurs années ». Pour ces derniers, il y a même une chance sur deux pour que cela arrive dans seulement sept ans. Ils appellent donc les pays à agir, en s'engageant notamment sur des réductions rapides des émissions de combustibles fossiles. Une demande réitérée par John Kerry.
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« Beaucoup d'entre vous ont appelé le monde à largement sortir des énergies fossiles (et) cela passe par une réduction décisive dans cette décennie (...) Je pense que la plupart d'entre vous refuse de participer à une mascarade», a-t-il ajouté lors de cette réunion convoquée quelques heures après la publication du projet d'accord.
L'émissaire américain a notamment fait référence à la dernière version du texte de 21 pages proposée lundi 11 décembre par Sultan Al Jaber laissant toute latitude aux pays pour choisir leur manière de « réduire » les énergies fossiles. Problème, pour obtenir la signature de l'Arabie Saoudite, premier exportateur de pétrole, l'Irak et quelques alliés de l'Opep, ce texte ne fixe aucun objectif historique de « sortie » du pétrole, du gaz et du charbon, pourtant envisagé dans les versions antérieures. Or, pour rappel, les énergies fossiles sont responsables de deux-tiers environ des émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique, dont les impacts menacent de plus en plus l'humanité.
Cette absence a été largement critiquée par les pays occidentaux, des États insulaires, plusieurs pays africains et latino-américains. Elle a aussi suscité une vive réprobation des associations environnementales impliquées dans les négociations, censées se conclure mardi.
Et a provoqué de vives réactions
« Nos voix ne sont pas entendues » et le projet est « totalement insuffisant » sur la question des énergies fossiles, a dénoncé le ministre samoan Cedric Schuster, qui préside l'alliance des petits États insulaires (Aosis). Harjeet Singh, le chef de la stratégie politique mondiale au CAN, qui représente plus de mille associations et participe aux travaux de la COP en tant qu'observateur affirme aussi que le nouveau texte « représente une régression importante par rapport aux versions précédentes (...) de façon stupéfiante, il n'inclut plus de formule explicite sur la sortie des énergies fossiles ». Andreas Sieber, de l'ONG 350.org, a lui aussi dénoncé des propositions « affaiblies » par rapport aux précédentes. Enfin, une source parmi les négociateurs européens, contactée par l'AFP, juge que ce texte « est loin de ce dont a besoin le climat aujourd'hui. Une chose est claire : nous n'y arriverons pas d'ici à mardi 11 heures », l'heure à laquelle Sultan Al Jaber souhaitait clore la COP28.
Du côté des États, les commentaires négatifs se succèdent. Les États-Unis appellent à « renforcer fortement » le projet d'accord, tandis que la ministre française Agnès Pannier-Runacher à Dubaï a déclaré : « Ce texte, il est insuffisant, insuffisant. Il y a des éléments qui ne sont pas acceptables en l'état ». Quelques minutes plus tard, la ministre espagnole Teresa Ribera, représentant l'Union européenne, a également jugé qu'il était « clairement insuffisant ». Ces sorties ont d'ailleurs été suivies d'un rejet du texte par de nombreux pays qui appellent à un nouveau projet d'accord plus ambitieux ce mardi.
L'émissaire américain en a donc rajouté une couche cette nuit en affirmant « Je ne pense pas que quiconque ici veuille être associé à un échec dans l'exercice de cette responsabilité. Peu de gens dans la vie publique sont amenés à faire des choix de vie ou de mort dans l'histoire. (...) Il s'agit d'une guerre pour notre survie. »