Drame de Gênes : forcée par l'État, la famille Benetton (Atlantia) sort de la gestion des autoroutes italiennes

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Deux ans après le dramatique effondrement du pont de Gênes, Atlantia (famille Benetton), à la tête du plus grand réseau autoroutier d'Italie, a été contraint d'accepter un accord avec le gouvernement. Sa filière Aspi, gestionnaire privé du pont, va passer sous le contrôle d'un organisme public.

Le groupe Atlantia, contrôlé par la famille Benetton, se retire des autoroutes italiennes selon un projet d'accord trouvé avec le gouvernement, deux ans après l'effondrement meurtrier du pont de Gênes, a annoncé Rome mercredi dans un communiqué.

Le projet d'accord prévoit "le transfert immédiat du contrôle d'Aspi (la filiale autoroutière italienne d'Atlantia) à un organisme public, la Caisse des dépôts et prêts (CDP)", précise la présidence du conseil dans ce texte. Atlantia détient actuellement 88% d'Aspi (Autostrade per l'Italia), le gestionnaire du pont autoroutier Morandi de Gênes qui s'est brutalement effondré le 14 août 2018, coûtant la vie à 43 personnes. Aspi s'engage par ailleurs à verser 3,4 milliards d'euros de compensation. Cette somme comprend notamment des indemnités à la ville de Gênes ainsi qu'un plan d'investissement pour moderniser et sécuriser le réseau autoroutier.

Lire aussi : Catastrophe de Gênes : un ministre italien réclame l'annulation de la concession autoroutière d'Atlantia

Depuis ce drame, le groupe Atlantia, revendiquant 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2019, est dans la tourmente. Fragilisé par les enquêtes qui ont montré de "graves indices de culpabilité" concernant la rédaction de rapports avec "falsification et/ou omission" d'information, le directeur général Giovanni Castellucci avait présenté sa démission en septembre 2019. Le gouvernement avait lancé, après l'effondrement, une procédure pour décider de révoquer ou non ses concessions autoroutières, avant de donner il y a quelques jours à Atlantia un ultimatum pour formuler une proposition acceptable afin d'éviter une telle situation.

Le Mouvement 5 étoiles pousse la famille Benetton vers la sortie

Poussé par l'un des deux partis du gouvernement, le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), Giuseppe Conte a en effet, ces derniers jours, durci le ton et mis la pression sur la famille Benetton. Ce dossier "dure depuis trop longtemps, la procédure de révocation a été lancée et toutes les conditions sont réunies pour la réaliser, parce que les manquements sont objectifs, multiples et avérés", avait ainsi affirmé la semaine dernière le chef du gouvernement. "Soit arrive une proposition particulièrement avantageuse pour l'Etat, soit nous procéderons à la révocation (des concessions)".

Lire aussi : Gênes : le concessionnaire Atlantia a déjà perdu 6 milliards d'euros en Bourse

La présidence du conseil indique qu'Aspi a fait dans la nuit de nouvelles propositions: "considérant leur contenu, le conseil des ministres a décidé de lancer la procédure prévue par la loi pour la définition formelle de l'accord". Cependant, "le renoncement à la révocation (des concessions) ne pourra avoir lieu qu'en cas de réalisation complète de l'accord".

Le transfert de contrôle d'Aspi va se faire via "une augmentation de capital réservée à la CDP et l'achat d'actions par des investisseurs institutionnels", qui va se traduire par "la sortie d'Aspi du périmètre d'Atlantia et le début de la cotation d'Aspi en Bourse". Cet accord a été salué par les investisseurs, le titre bondissant de 20% dans la matinée à la Bourse de Milan. Les analystes de la banque italienne IMI avaient en effet estimé en décembre 2019 que "l'ouverture du capital d'Atlantia représentait une alternative faisable et favorable à la révocation anticipée de la concession" précisant que "la CDP pourra superviser l'infrastructure de manière plus efficace en entrant dans l'actionnariat d'Aspi".

"Un dommage très grave à la crédibilité du pays"

Mais pour la famille Benetton, cet accord marque la fin douloureuse de son aventure dans les autoroutes italiennes. Les Benetton avait mis un pied dans la gestion des autoroutes au moment de son entrée au capital de Atlantia, en 1999. Alors que le drame de Gênes a profondément affecté son image en Italie, où beaucoup - M5S en tête - l'ont vivement critiquée pour le manque d'investissements réalisés dans les infrastructures. "Le gouvernement chasse un actionnaire d'une entreprise cotée, en vertu d'un procès sommaire. C'est un signal très négatif pour les investisseurs internationaux, un dommage très grave à la crédibilité du pays", a analysé pour l'AFP Carlo Alberto Carnevale-Maffè, professeur de stratégie à l'Université Bocconi de Milan.

"Il est clair que la convention accordée en 2007 sous le gouvernement Ligue-Berlusconi était un scandale: elle donnait à Aspi les concessions autoroutières à des conditions extrêmement favorables, sans les principes de contrôle adéquats, et nous l'avons dénoncé. Mais on ne répare pas un scandale avec un autre scandale", avec "le gouvernement qui se substitue à la justice, à l'autorité des transports", estime-t-il. En outre, Carlo Alberto Carnevale-Maffè considère que les Benetton "sont suffisamment riches, avec des intérêts diversifiés, pour supporter cette situation". Les Benetton, l'une des familles les plus riches d'Italie, sont en effet également propriétaires des chaînes de vêtements éponyme, de celle de restauration Autogrill ou des aéroports de Rome. Cependant, l'expert déplore le "lynchage" de la famille avant même le procès. "Il est possible qu'ils n'aient pas fait de maintenance, mais c'est à la justice de le démontrer, et il est aussi clair que l'Etat a une responsabilité, car il n'a pas contrôlé".

Lire aussi : La stratégie du groupe Benetton souffre de la désunion familiale

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a écrit le 16/07/2020 à 19:30 :
Réponse à tous ceux qui m'ont répondu : bon ok , j'abandonne... en dehors de l'ultralibéralisme sauvage point de salut, disparition définitive de la notion d'intérêt général, si je vous ai bien compris. Vivement une ordonnance "Soleil Vert" et viiite !!!
a écrit le 16/07/2020 à 9:11 :
Le mouvement 5 étoiles... Un désastre annoncé pour les autoroutes italiennes... Pays à éviter...
Réponse de le 16/07/2020 à 17:20 :
Parce que sans rire toi tu vas en Italie pour ses autoroutes !? ^^
a écrit le 16/07/2020 à 7:50 :
Comme quoi, quand l'État veut il peut... n'en déplaise à tous les ultraliberaux macronistes ou non. Et, que je sache, l'Italie n'est pas une dictature, encore moins une dictature communiste !
Faudrait peut-être s'en inspirer pour réparer le scandale de la privatisation de nos autoroutes...
Réponse de le 16/07/2020 à 9:22 :
1/ on peut voir les routes en Bretagne.
Hyper-dangereux.
Pas d'assistance, bonne chance, s'il pleut et que vous tombez en panne.
Pas d'éclairage sur les routes et comme le ciel est souvent couvert, la nuit c'est nuit noire... Terrifiant...
Pas de station essence (Hormis si vous sortez et partez à la recherche d'un Leclerc ou Intermarché)
Quand on compare aux autoroutes payantes... Géniales, agréables, sécurisées, on peut y conduire les yeux fermés...

2/ Je rigole d'avance du rôle de votre Etat tout puissant..., comme si la puissance publique était capable de quoi que ce soit...

L'hopital - la seule machine qui tourne à plein régime est la machine à café dans la salle syndicale, non ? - ,
L'armée incapable de se projeter malgré un budget qui représente la moitié du budget national...,
L'éducation et ses merveilleux résultats Pisa...
La retraite très proche de la faillite...
L'Urssaf qui coule toutes les sociétés pour un résultat....
Réponse de le 16/07/2020 à 9:51 :
Le scandale des concessions
Des autoroutes est du à Chirac et Sarko... rien à voir avec les présidents suivants...face à la crise on tente d attirer des investisseurs dans la compétition mondiale donc pas possible actuellement d envoyer un message qui serait perçu comme  « anti - entreprise « par les investisseurs
Macron a d autres chats à fouetter en ce moment
Je déteste Macron mais à par lui qui peut faire le job en ce moment ? Les classiques caciques droite - gauche ont été compromis aux affaires ou dans les affaires ....
Certainement pas le tribun melenchon qui critique mais ne propose jamais rien, ni la droite Lr responsable depuis 20 ans de la diminution des lits en hopiital et dès stock de masques ( en 2007 Woerth disait : «  il y a trop de lit d hôpital » Xavier Bertrand prétendait que les stocks constitués par Bachelet «  coûtait trop cher.. » propos vérifiable sur you tube etc...)
Quand à Marine le pen elle s est compromise avec la fraude des financements des assistants parlementaires européens et des financements occultes de banques russes amies de Poutine ... un comble pour un parti qui prétend la priorité indépendance nationale quand lui mêle dépend de fonds étrangers et de pays pas vraiment amis.....bref l époque est et restera dure
Les français au lieu de se chamailler puérilement et égoïstement de vraie entrouvrir les yeux sur ce qui nous entoure aujourd hui: des pays proches ou lointains en compétition économique mais aussi de sytème politique et qui rêvent de faire éclater l Europe et ses régimes démocratiques car ceux - ciblés gênes dans leur politique nationale ( Russie, Iran, chine , Turquie etc..)
a écrit le 15/07/2020 à 18:32 :
L'auteur de l'article a oublié de mentionner que Aspi etait actionnaire des autoroutes du Nord de la France (les espagnols leur ont vendu il y a 2 ans). Donc l'état italien devient actionnaire d'autoroutes en France alors que Hollande nous expliquait que ce n'etait pas possible de renationaliser les autoroutes en France. ( L’italien Atlantia, propriété de la famille Benetton, et l’espagnol ASC vont racheter Abertis, qui gère notamment les autoroutes du nord et de l’est de la France). La gabegie continue et la corruption de nos élus avec par l'intermediaire des fondations et autres bricoles comme les ONG.
Réponse de le 15/07/2020 à 20:17 :
si vous étiez l'Etat vous (re)nationalisez Albertis comment ? Vous achetez l'entreprise ? Les contrats de concession (rédigés par l'administration française, pas les entreprises candidates aux concessions, qui auraient refusé si c'était pas bien blindé de partout) prévoient des compensations en cas de modification des conditions, des pénalités, etc, tout est prévu (déjà de payer la totalité des bénéfices prévus sur la durée restante), les demandes spéciales s'accompagnent d'allongement de durées voire augmentation de tarifs (négociés et acceptés), mais Bruxelles voit ça d'un mauvais œil d'allonger allonger allonger sans appel d'offre, une sorte de rente.
Vous n'en avez pas acheté des actions de ces entreprises ? Une façon d'en profiter aussi (je zappe les autoroutes payantes, j'aime les nationales & autres chemins vicinaux. Monter en Suède gratis en Allemagne, j'aime pas, manque d'habitude du ruban monotone :-) ).
Réponse de le 16/07/2020 à 9:25 :
Souvenir :

L'économiste français Alain Minc, un des proches conseillers du président Nicolas Sarkozy, a été nommé président des autoroutes Sanef, a annoncé, mercredi, le groupe espagnol d'infrastructures et de services Abertis, maison mère de Sanef.
"Le conseil d'administration de Sanef, filiale française d'Abertis, a donné aujourd'hui (mercredi) son feu vert à la nomination d'Alain Minc comme nouveau président de la société, en remplacement de Pierre Chassigneux, qui prendra sa retraite après avoir occupé ce poste depuis 2003", a précisé le groupe dans un communiqué.

Alain Minc est déjà présent au conseil d'administration de deux entreprises espagnoles, la banque catalane CaixaBank et le groupe de médias Prisa, qui édite notamment le quotidien El País. Sanef (Société des autoroutes du nord et de l'est de la France) appartient à Abertis depuis sa privatisation en 2006.

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