Invasion des petits colis chinois : la riposte française annoncée aujourd’hui

Des mesures devraient être annoncées le 29 avril prochain pour limiter le flux massif de petits colis en provenance de Chine.
ARND WIEGMANN

Des mesures devraient être annoncées le 29 avril prochain pour limiter le flux massif de petits colis en provenance de Chine.
ARND WIEGMANN
[Article publié le 10 avril 2025 à 15 h 57, mis à jour le 28 avril à 10 h 15]
« Il faut endiguer le phénomène », intimait le ministre de l'Economie, Éric Lombard, dans les colonnes de La Tribune Dimanche le 20 avril dernier. L'occasion d'évoquer des mesures à venir pour tenter de réduire le flux massif de petits colis chinois qui pourrait envahir la France et l'Europe.
Et c'est ce mardi que quatre ministres - Éric Lombard (Économie et Finances), Amélie de Montchalin (Comptes publics), Véronique Louwagie (Commerce et Artisanat) et Clara Chappaz (Numérique et IA) - se rendent à l'aéroport de Roissy pour dévoiler leur plan d'action.
Les mesures annoncées devraient cibler directement les géants chinois de l'e-commerce tels que Shein, Temu ou Aliexpress, qui saturent le marché européen avec des produits à bas coût. Et ce n'est qu'un début : l'afflux de petits colis en provenance de Chine pourrait s'intensifier dès vendredi prochain, date d'entrée en vigueur de la nouvelle taxe américaine de 90 % sur les envois de moins de 75 dollars à destination des États-Unis. En pleine escalade commerciale avec la Chine, Donald Trump avait déjà supprimé le 2 avril une exonération douanière datant de 1930 sur les petits colis, en leur appliquant une première taxe de 30 %.
Tandis que Washington riposte sans attendre, Paris et Bruxelles tardent à réagir.
L'Europe maintient pour l'heure toujours une exemption de taxation douanière sur ces petits colis, et ce depuis 2010. À ce jour, les envois d'une valeur inférieure à 150 euros restent exonérés de droits de douane à leur entrée dans l'Union européenne.
Chaque jour, ce sont plus de 12 millions de petits colis qui entrent sur le marché européen. Ainsi, au total, près de 4,6 milliards ont été reçus par les consommateurs européens l'année dernière, soit deux fois plus qu'en 2023 et trois fois plus qu'en 2022.
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Une augmentation imputable à l'essor de l'ultra fast-fashion, dominée par Shein et Temu dont les produits vendus sur Internet à des prix imbattables permettent aux colis de rester sous la limite des 150 euros. À titre d'exemple, en France, selon une étude de La Poste datant de 2024, un colis sur cinq traités par le service postal proviendrait des géants Shein et Temu.
Face au boom des petits colis, provenant essentiellement de Chine, la Commission européenne a proposé début février une réforme majeure de l'union douanière. Avec cette réforme, les petits colis deviendraient soumis aux droits de douane habituels, soit 8 à 12 % de taxe pour le textile, à collecter par les plateformes dès l'achat Internet du consommateur. Les sommes collectées permettront de « faire face aux coûts croissants » des contrôles, a expliqué la Commission.
Bien qu'initialement prévue pour 2030, la taxation des petits colis a été avancée à 2028. Une avancée non négligeable néanmoins pour le président de la Fédération française de l'habillement, Pierre Talamon, qui se félicite d'avoir gagné deux ans sur le calendrier mais appelle aujourd'hui à accélérer le plus rapidement possible la taxation des petits colis au sein de l'UE.
Même demande du côté de l'Alliance du commerce, qui dénonce, elle aussi, ce qu'elle désigne comme « une concurrence internationale déloyale », appelant à « la suppression rapide du seuil d'exonération [des petits colis] pour rétablir une équité concurrentielle ».
Si les professionnels du prêt-à-porter voudraient voir le calendrier s'accélérer, c'est qu'ils craignent que les décisions du président américain contre Pékin, les 145 % de droits de douane et la taxation à 90 % des petits colis, accélèrent la réorientation des investissements chinois vers l'Europe.
Lourdement taxée aux États-Unis, la Chine aurait tout intérêt à intensifier sa politique d'exportation de produits low cost vers l'Europe, afin d'atténuer l'impact du choc commercial lié aux décisions américaines.
C'est ce que nous affirmait déjà, à La Tribune, François Godement, expert et conseiller spécial pour l'Asie et les États-Unis à l'Institut Montaigne, dans un article publié le 3 avril dernier : « Il est évident que la hausse des tarifs douaniers provoquera un ralentissement des exportations chinoises. » « Pékin cherchera à compenser ce ralentissement par la poursuite de sa politique des prix bas », ajoutait-il.
Stéphane Chasseloup confirme cette urgence de taxer les petits colis chinois. Pour l'avocat associé chez KPMG Avocats, spécialiste du commerce international, si l'échéance de 2028 était auparavant « raisonnable » pour pouvoir mettre à jour le système informatique de taxation des petits colis entrant dans l'Union Européenne, les lourdes sanctions américaines contre la Chine changent la donne.
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Celui qui travaille régulièrement auprès de la Commission européenne pour accélérer cette réforme du code européen des douanes prône donc « un travail à la découpe », en repensant le texte sur les petits colis séparément de la réforme douanière à venir. En d'autres termes, de « prendre un autre règlement de réforme du code qui viendrait annuler le texte qui prévoit l'application en 2028 ».
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