ENTRETIEN EXCLUSIF — Le locataire de Bercy revient sur les efforts de l’Europe pour instaurer une zone de libre-échange avec les États-Unis et annonce une mobilisation gouvernementale contre l’ultra-fast fashion venue de Chine.LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous venez de réviser à la baisse la croissance française en 2025, de 0,9 % à 0,7 %. L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) ne l'estime même qu'à 0,5 %. Comment tenir les objectifs budgétaires dans ces conditions ?
ÉRIC LOMBARD — Notre préoccupation première, c'est la dépense publique. Sa maîtrise nous oblige à avancer avec une méthode nouvelle, que le Premier ministre a expliquée mardi dernier. Ainsi, comme nous nous y étions engagés et pour la première fois dans la vie politique, nous créons un comité d'alerte pour suivre l'évolution de notre dépense publique et la bonne tenue du budget, associant parlementaires, syndicats de salariés, d'entreprises, représentants des collectivités locales. J'ai présidé la première réunion de ce comité le 15 avril, où nous avons présenté un ajustement de 5 milliards d'euros afin d'éviter tout dérapage du déficit. Nous le réunirons régulièrement, notamment en juin et en septembre. J'ai également été auditionné avec la ministre des Comptes publics à deux reprises devant la commission des finances de l'Assemblée nationale. Notre transparence est totale avec toutes les parties prenantes. Et, bien sûr, avec les Français. C'est leur budget.
Êtes-vous dans les clous ?
Oui, nous sommes dans les clous. C'est important, car, même si les taux d'intérêt baissent depuis quelques jours, le déficit se traduit toujours par de la dette supplémentaire. Elle nous coûte cher et limite nos marges de manœuvre. Le budget demeure avant tout un enjeu de souveraineté.
Face aux 40 milliards d'euros d'économies à réaliser, y a-t-il des tabous ?
L'important consiste à ramener le déficit budgétaire en deçà de 3 % en 2029 : cette visibilité rassurera les entreprises comme les marchés financiers. Pour cela, la dépense publique doit commencer par être stabilisée. En matière de tabous, nous ne souhaitons pas augmenter les impôts, parce que le niveau de prélèvement fiscal et social est déjà élevé dans notre pays, ni revenir sur le système social français, protecteur, qui est un socle de notre pacte républicain. Partant de ces principes, nous animerons le débat entre tous les acteurs - politiques, territoriaux, syndicaux ou patronaux - et travaillerons à la recherche d'un consensus, y compris sur les retraites et la santé. Cela débutera par une réunion de travail avec les collectivités le 6 mai prochain, avec François Rebsamen [ministre de l'Aménagement du territoire]. Puis le conclave des partenaires sociaux rendra ses conclusions à la fin du mois de juin sur notre système de retraite. L'État mène en parallèle une revue de ses missions lancée par le Premier ministre. Tout cela aboutira à des propositions partagées et discutées au mois de juillet. Ensuite, bien sûr, le Parlement se prononcera sur le projet de loi de finances présenté début octobre. Et je souhaite que nous intégrions les parlementaires à toutes les étapes de ces travaux.
Propos recueillis par Ludovic Desautez, Marie-Pierre Gröndahl et Bruno Jeudy