Droits de douane : Trump s’en prend à Goldman Sachs, la guerre des chiffres est déclarée

Le patron de la banque américaine Goldman Sachs, David Solomon, a fait les frais de propos acerbes de Donald Trump.
Reuters

Le patron de la banque américaine Goldman Sachs, David Solomon, a fait les frais de propos acerbes de Donald Trump.
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La bataille des statistiques de Donald Trump se poursuit. Après avoir critiqué les dernières prévisions sur le marché de l'emploi du Bureau des statistiques de l'emploi (BLS), le président américain s'en est pris ce mardi à une entreprise privée : Goldman Sachs.
Le patron de la banque américaine, David Solomon, a ainsi fait les frais des propos acerbes de Donald Trump sur son réseau Truth Social. « Je pense que David devrait se trouver un nouvel économiste ou, peut-être, se concentrer uniquement sur sa carrière de DJ et ne pas s'embêter à diriger une grande institution financière », a ainsi écrit le républicain.
Les dernières prévisions de Goldman Sachs sur les conséquences des droits de douane n'ont pas dû être au goût du président américain. Dans une note parue début août, la banque américaine estime que les consommateurs américains ont absorbé 22 % du coût des droits de douane de Donald Trump jusqu'en juin. Mais que cette part devrait monter à 67 % d'ici à octobre. Ce qui confirmerait les analyses sur un rebond à venir de l'inflation aux États-Unis à cause des surtaxes douanières.
L'offensive commerciale menée par l'administration Trump a ramené les droits de douane américains à un niveau jamais vu depuis les années 1930. Tout l'enjeu est désormais de déterminer quand et à quel point les surtaxes vont toucher les entreprises et les consommateurs aux États-Unis. Jusqu'ici, les droits de douane se font peu ressentir dans les chiffres de l'inflation qui sont restés stables au mois de juillet, d'après l'indice des prix à la consommation (CPI) paru mardi. Ce qui sert la rhétorique du président : « Il a été prouvé que, même à ce stade avancé, les droits de douane n'ont pas provoqué d'inflation, ni aucun autre problème pour les États-Unis, si ce n'est l'afflux massif d'argent liquide dans les coffres du Trésor », écrit-il dans son post. L'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) a, elle, enregistré cependant un rebond de plus de 3 % sur un an.
Toujours d'après les explications de Donald Trump, ce sont les exportateurs étrangers qui vont payer les taxes douanières : « Il a été démontré que, dans la plupart des cas, ce ne sont même pas les consommateurs qui paient ces droits de douane, mais principalement les entreprises et les gouvernements, dont beaucoup sont étrangers ». Si certaines entreprises étrangères dans des secteurs concurrentiels peuvent bel et bien baisser leurs prix pour conserver leur part de marché aux États-Unis, dans les faits, ce sont les importateurs américains qui règlent directement la surtaxe. Les entreprises américaines peuvent alors rogner sur leur marge, pour ne pas répercuter le coût sur les ménages américains, ou bien augmenter leurs prix.
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Selon les prévisions de Goldman Sachs, les entreprises ont ainsi absorbé 64 % des surtaxes jusqu'ici. Certaines entreprises américaines font d'ailleurs déjà les frais des surtaxes douanières. C'est le cas d'Apple, qui enregistre un coût de 1,1 milliard de dollars pour le trimestre en cours. Nike chiffre une perte de près de 1 milliard pour 2026. Néanmoins cette part devrait par la suite tomber à moins de 10 %. Du côté des exportateurs étrangers, ils ont absorbé 14 % du coût jusqu'en juin et devraient par la suite en absorber 25 %.
Donald Trump n'hésite plus à s'en prendre aux institutions et aux économistes lorsque les chiffres desservent sa politique. Début août, c'est le Bureau des statistiques de l'emploi (BLS) américain qui avait subi le courroux du milliardaire. Il a reproché notamment à l'institution d'avoir « truqué » les chiffres sur le marché du travail qui affichaient une révision importante à la baisse des créations d'emploi. Il n'en fallait pas plus pour que Donald Trump renvoie l'économiste en chef Erika McEntarfer. Cette dernière va être remplacée par E. J. Antoni, l'actuel chef économiste de la Heritage Foundation, un groupe de réflexion conservateur, qui a soutenu à plusieurs reprises la politique du président américain.
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Un épisode qui a inquiété le monde économique, alors que le BLS est réputé pour son indépendance. Ses publications sont suivies de près par les marchés financiers du monde entier, qui ont besoin de données objectives. Le Nabe, une association américaine d'économistes, avait alors dénoncé des « attaques sans précédent du président contre l'indépendance et l'intégrité du système statistique fédéral ».
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Encore la semaine dernière, le président américain a présenté à la Maison-Blanche des statistiques alternatives pour prouver que les chiffres de l'emploi ont bien été manipulés à des fins politiques. Il était accompagné de Stephen Moore, un économiste conservateur travaillant également à la Heritage Foundation. Selon ses calculs, « durant les deux dernières années du gouvernement de Joe Biden, le Bureau des statistiques de l'emploi (BLS) avait surestimé les créations d'emploi de 1,5 million d'unités ». Toujours d'après l'économiste, « durant les cinq premiers mois de mandat de Trump, le revenu moyen des foyers, ajusté de l'inflation, a progressé de 1 174 dollars ». « Ce sont des données incroyables. Nous allons très bien », a commenté le président américain. La guerre des chiffres est déclarée.