Le président américain, Donald Trump, s’en prend à une nouvelle institution fédérale, le Bureau des statistiques du travail (BLS). (Photo d’illustration.)
Les chiffres de création d'emploi ont enregistré des écarts considérables avec les premières estimations. Donald Trump a accusé la cheffe du bureau des statistiques de manipulation et l’a renvoyée. Dans les faits, ce n’est pas la première fois que de telles différences sont enregistrées.
Qui est responsable des mauvais chiffres de l'emploi tombés vendredi 1er août ? Pour Donald Trump, le coupable a été tout trouvé : la responsable du Bureau of Labor statistics (BLS), l'agence des statistiques du travail aux États-Unis. Vendredi dernier, le président américain a ainsi renvoyé l'économiste, Erika McEntarfer, qui dirigeait l'institution depuis le début 2024.
Il lui reproche d'avoir manipulé les chiffres à des fins politiques. « À mon avis, les chiffres de l'emploi publiés aujourd'hui ont été truqués, afin de nuire à l'image des républicains et à la mienne », a-t-il écrit en fin de semaine dernière sur son réseau Truth Social. Selon lui, les données auraient aussi été truquées avant l'élection présidentielle. Lundi, il a assuré qu'il allait nommer un remplaçant dans la semaine. Son choix devra ensuite être validé par le Sénat, où son parti a la majorité.
Les chiffres de l'emploi américain sortis vendredi sont moroses. Les créations d'emploi n'ont été que de 73 000 contre les 100 000 attendus. Mais ce sont surtout les chiffres révisés de mai et juin qui ont posé problème. L'agence de statistiques avait annoncé 139 000 emplois créés en mai lors de sa première estimation, ce chiffre a été revu à... 19 000. Pour juin, le nombre d'emploi est aussi passé de 147 000 lors de la première estimation à 14 000 vendredi. Un écart considérable dans les estimations.
« L'ampleur des révisions est anormale sachant que le BLS ne donne pas de raisons, que les modèles sont les mêmes et que le taux de réponse aux enquêtes est bon. Mais Donald Trump va encore trop loin en disant que les chiffres ont été manipulés », arguait lundi auprès de La Tribune, Christopher Dembik, économiste chez Pictet AM.
Des écarts qui ont toujours existé
Le bureau des statistiques collecte les données sur l'emploi sous forme de deux enquêtes. La première est menée en faisant du porte-à-porte auprès des ménages et la seconde est menée auprès des entreprises et des organismes gouvernementaux par téléphone ou encore sur Internet. Puis les économistes vérifient les données et les compilent dans un rapport mensuel. Plusieurs révisions des données ont lieu entre-temps.
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« L'important est de comprendre que les révisions ne sont pas un bug. C'est une fonctionnalité. Le BLS essaye à trois reprises d'inciter les employeurs à déclarer le nombre d'emplois qu'ils proposent, mais parfois, ils ne peuvent pas le faire immédiatement. Le BLS impute donc ce chiffre au comportement d'autres personnes, d'autres entreprises similaires et à l'historique », expliquait à ce propos Erica Groshen, commissaire de l'agence de 2013 à 2017, sur CNN vendredi, rapporte NBC News.
Surtout, ce n'est pas la première fois qu'un tel écart se produit entre les chiffres finaux et les premières estimations. Les révisions seraient même « monnaie courante », explique dans une note Alexandre Baradez, analyste chez IG. Il donne ainsi l'exemple de janvier 2024 quand les chiffres étaient passés de 353 000 à 119 000. Sous le démocrate Joe Biden, entre janvier et septembre 2024, « tous les chiffres de l'emploi publiés initialement, ont été révisés à la baisse ensuite ».
Par ailleurs, le courroux de Donald Trump s'est porté sur la cheffe du bureau qui avait été nommée par Joe Biden. Mais dans les faits, ce n'est pas elle qui s'occupe des chiffres de l'emploi. « La commissaire ne fait rien pour collecter les chiffres. Il ne les voit que mercredi, avant leur publication. Lorsqu'elle les voit, ils sont déjà tous prêts. Ils sont verrouillés dans le système informatique », commentait dimanche pour CNN William Beach, un ancien responsable du BLS.
Une autre raison a été mise sur la table pour expliquer un tel écart dans les chiffres : le manque de personnel de plus en plus important du bureau des statistiques, qui pourrait à terme réduire la qualité des publications. « Les révisions importantes apportées aux chiffres de l'emploi ces dernières années ne reflètent pas une manipulation, mais plutôt la diminution des ressources allouées aux agences statistiques », a estimé dans un communiquéle NABE, une association américaine d'économistes.
Un ralentissement de l'économie américaine
Si Donald Trump détourne les chiffres de l'emploi à des fins politiques, il n'empêche que ces résultats sont le signe d'un ralentissement de l'économie, dû en grande partie à la guerre commerciale menée par le président américain, pointent de nombreux économistes. Si les droits de douane ne sont pas une cause directe à ce ralentissement, c'est surtout l'incertitude autour qui a des conséquences sur les choix des acteurs économiques. « Comme beaucoup d'entre nous l'ont souligné, cette incertitude a fortement découragé les investissements des entreprises », relève ainsi dans une note l'économiste américain Paul Krugman.
« L'économie est au bord de la récession. C'est la conclusion claire des données économiques publiées la semaine dernière », s'alarme sur les réseaux sociaux dimanche Mark Zandi, l'économiste en chef chez Moody's Analytics. « Les dépenses de consommation stagnent, les secteurs de la construction et de l'industrie manufacturière sont en contraction et l'emploi devrait baisser », complète-t-il.
Une réalité bien loin de ce que Donald Trump plaide sur ses réseaux sociaux. Dans son monde, « l'économie est en plein essor » grâce à « l'effet Trump », peut-on lire sur une affiche publiée sur son fil Truth social.