En 2019, les défaillances d'entreprises européennes devraient décoller

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Le secteur de l’automobile est particulièrement affecté : après un cycle de croissance d’environ 8 ans, il montre désormais des signes d’essoufflement signale Coface dans son communiqué.
"Le secteur de l’automobile est particulièrement affecté : après un cycle de croissance d’environ 8 ans, il montre désormais des signes d’essoufflement" signale Coface dans son communiqué. (Crédits : REUTERS/Benoit Tessier)
Le nombre de défaillances d'entreprises devrait augmenter cette année dans une majorité de pays européens où le risque politique est au plus haut, et dans lesquels l'industrie automobile "montre des signes d'essoufflement", a indiqué ce mardi l'assureur-crédit Coface.

Les effets du ralentissement de la croissance planétaire se font ressentir sur la démographie d'entreprises. Selon le dernier baromètre Coface publié mardi 5 février, le nombre de défaillances d'entreprises devrait bondir dans 24 pays sur 39 étudiés. Le groupe de nations pour lesquelles les données sont disponibles représente 65% du produit intérieur brut mondial (PIB). Les économistes ont souligné, lors d'un colloque sur les grandes tendances de l'économie mondiale organisé à Paris, un élargissement des pays concernés par rapport à 2018 (19 pays) et 2017 (15 pays). La plupart des grandes institutions internationales ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2019. La forte volatilité des indices boursiers des deux côtés de l'Atlantique en fin d'année 2018, les craintes autour de la guerre commerciale et le ralentissement de l'activité dans beaucoup de pays développés ont assombri les perspectives de l'économie globale.

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Montée des incertitudes en Europe

La multiplication des incertitudes en Europe inquiète particulièrement le spécialiste de l'assurance-crédit. En dépit de l'accord entre le gouvernement italien et la Commission européenne trouvé en décembre, "les risques pesant sur les banques italiennes restent élevés et ne permettent pas un repli significatif des taux de rendement des obligations d'Etat à long terme".

L'économiste en chef chez Coface, Julien Marcilly, anticipe "une croissance de 0,5% pour cette année, ce qui peut paraître assez peu mais un tel taux est relativement proche de la moyenne des 20 dernières années". Il évoque un "choc de confiance avec des effets négatifs pour les entreprises et les ménages". Après deux trimestres de reculs consécutifs, la péninsule est entrée en récession à la fin de l'année 2018 selon les dernières données d'Istat, l'institut de statistiques italien.

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Le rejet par le Parlement britannique de l'accord longuement négocié entre le Royaume-Uni et les représentants de la Commission européenne a précipité dans l'incertitude l'avenir des relations commerciales entre le royaume et le Vieux Continent. "Les modalités du processus de sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne restent, elles aussi, incertaines, ce qui pousse les entreprises et les ménages britanniques à reporter leurs décisions d'investissement et/ou achat de biens de consommation". Outre la situation en Italie et le Brexit, les experts de Coface évoquent également le mouvement des "gilets jaunes" en France qui indique que "le mécontentement social se généralise sur le continent". Enfin, l'industrie allemande a montré de sérieux signes de faiblesse en fin d'année, notamment l'industrie automobile qui a connu de grandes difficultés en raison notamment de la mise en oeuvre de nouvelles normes antipollution.

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Le moral en berne des industriels

Le coup de frein de l'économie européenne s'est ressenti dans le moral des chefs d'entreprise. "Le repli des indices de confiance en Europe, mesuré à travers les enquêtes auprès des chefs d'entreprise, a été continu en 2018. Le début de cette tendance a coïncidé avec la montée de la rhétorique protectionniste aux Etats-Unis et celle des cours du pétrole en début d'année." Depuis le mois de septembre, ce phénomène s'est accompagné d'une diminution des carnets de commande, "surtout de la production industrielle. Or l'industrie est habituellement un moteur majeur de l'économie."

Et cette tendance n'a pas l'air de disparaître. D'après la dernière enquête menée par le cabinet Markit et publiée ce mardi 5 février, "l'indice PMI composite final de l'activité globale dans la zone euro recule pour le cinquième mois consécutif en janvier et affiche son plus bas niveau depuis cinq ans et demi". Après avoir concerné l'industrie manufacturière, l'essoufflement de l'activité se fait également ressentir dans les services à l'échelle de la zone euro.

"Le ralentissement de la croissance, initialement lié à une détérioration de la conjoncture dans l'industrie manufacturière et à la baisse des exportations, s'est visiblement généralisé pour englober le secteur des services. Les dernières données PMI abondent dans le sens d'un possible retour à la récession dans le secteur manufacturier tandis que l'activité du secteur des services croît désormais à son rythme le plus faible depuis quatre ans."

1,4% de croissance en France pour 2019

Les experts de Coface anticipent une croissance de 1,4% pour le produit intérieur brut (PIB) français, soit un rythme inférieur à la prévision du gouvernement. Lors de ses voeux adressés à Bercy aux acteurs de l'économie il y a quelques jours, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a annoncé un chiffre optimiste pour l'activité tricolore.  "Nous maintenons notre prévision de croissance à 1,7% pour 2019, qui est proche des évaluations du Fonds monétaire international (FMI) et qui est soutenue par les mesures récentes du gouvernement en faveur des salariés."

La consommation des ménages devraient retrouver des couleurs en ce début d'année après un dernier trimestre 2018 difficile. Le spécialiste de l'assurance-crédit met en avant l'effet des mesures telles que "la suppression des cotisations salariales, la baisse de la taxe d'habitation, la hausse de la prime d'activité, la défiscalisation des heures supplémentaires et la baisse de la contribution sociale généralisée pour un tiers des retraités dont la pension est comprise entre 1.200 et 2.000 euros". Coface projette une hausse des salaires liée aux tensions sur le marché du travail et aux difficultés de recrutement des entreprises mais aussi au ralentissement de l'inflation liée à la stabilisation des prix du pétrole.

Tous ces facteurs pourraient ainsi venir doper le pouvoir d'achat d'une bonne partie des ménages français.  Du côté des entreprises, le tableau est plus sombre. En dépit de conditions de financement relativement favorables et des taux de marge élevés, les défaillances d'entreprises devraient grimper de 1% en 2019 après avoir connu une baisse en 2018 (-3,4%).

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a écrit le 06/02/2019 à 22:47 :
Ben en Pays de la Loire, c'est un peu plus rose, difficultés gràves de recrutement sur les 5 départements, Réflexion d'un colloque de petites et moyennes entreprises (on sent poindre notre culture chrétienne) "on ne peut pas vivre avec 1200€ par mois", ou comment faire pour que le salarié aie un salaire décent pour qu'il puisse vivre.
Puis la situation explosive des vins des pays de la Loire, avec un 2018 digne des 1910, 1947, 1979, 2003 , voire meilleur, des vins qui se vendent à bon prix, s'exporte de plus en plus, il faudra surement augmenter les surfaces pour tenir le choc.
A tel point que je me suis dit que si j'avait 20 ans maintenant je rejoindrais la tradition familiale de la viticulture mais sans sulfites.
(ps, si vous avez un peu de place dans votre cave, un bon bouchon de 35, bouché à la cire, un quart de chaume, ou mieux une coulée de serrant et sortez le en 2038, quelle avalanche dans les papilles!)
a écrit le 06/02/2019 à 11:51 :
"la suppression des cotisations salariales, la baisse de la taxe d'habitation, la hausse de la prime d'activité" devrait doper la consommation ! SAUF que le changement de calcul pour les APL qui entre en vigueur actuellement (revenus de l'année en cours et non plus N-2) prive de nombreux foyers des APL ou ils subissent une baisse à laquelle ils ne s'attendaient pas. Ce sont en général les mêmes foyers qui ont droit à la prime d'activité : ces 2 mesures risquent du coup de s'annuler.
a écrit le 05/02/2019 à 19:28 :
tout va bien, rose est la France,noir le brexit .il faut voter bien aux europeennes,on fera les comptes apres et le reveil risque d'etre cruel
a écrit le 05/02/2019 à 18:39 :
Deutsche Bank dit que le PIB allemand devrait de nouveau baisser au 1er trimestre 2019 (Bloomberg, 05/02/2019). les ventes au détail ont plongé de 4,3% en décembre en Allemagne (Eurostat), plus forte baisse depuis 2007. étonnant, alors que les Allemands disent que leur croissance est tirée par la demande interne ces derniers temps.
comment vont se comporter les autres pays dépendants de l'export qui ont aussi connu une baisse du PIB au 3e trimestre 2018 (Suède, Suisse, Italie) ?
tous ces pays doivent se rééquilibrer et développer la dépense domestique.

le UK est aussi un gros problème.
a écrit le 05/02/2019 à 17:53 :
Pourquoi le cacher plus longtemps ? TFUE et le TUE prévalent sur la loi des états membres. Par exemple, l'article 63 est responsable de l'évasion fiscale et des délocalisations en nous interdisant de restreindre tout mouvement de capitaux entre les états membres et avec les pays tiers..
https://www.upr.fr/pourquoi-un-frexit-est-urgent/
L' UE et l' euro fort détruisent la France, quand introduirez vous ce débat nécessaire du Frexit en mode UPR et conjointement avec les politiques ?
Réponse de le 05/02/2019 à 19:33 :
Les frexit et la sortie de l'euro seraient un désastre écononomique pour la France. Dévaluations en cascades, taux d'intérêts en forte hausse, la dette insoutenable. Déjà le brexit donne une idée, bien que l'UK ne soit pas dans leuro, mais 25 % des entreprises pensent délocaliser. Déjà Nissan ne va pas fabriquer son nouveau modèle au RU, Airbus veut délocaliser la fabrication des ailes d'avion. Seul l'UPR, ce minuscule parti d'extrême droite le propose.
Réponse de le 06/02/2019 à 12:42 :
@marc469 L' UPR est classé troisième parti de France en nombre d' adhérents et n' est surtout pas d' extrême droite mais classé divers par le ministère de l' intérieur aux différentes élections passées et ce, à la lecture du contenu programmatique, cessez d' agiter les peurs...
a écrit le 05/02/2019 à 17:51 :
Dire qu'on devrait être la première puissance économique mondiale et de loin puisque déjà avec des actionnaires milliardaires qui pillent autant l'UE qu'ils la laissent piller aux autres on reste encore un marché crédible.

Mais au lieu de faire de nous des prédateurs nos mégas riches ont préféré faire de nous des proies, seule action que leur procure leur faible capacité cognitive.

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