Face aux droits de douane de Trump, la Chine agite la menace des métaux critiques
Julien Gouesmat

Washington a fermé sa dernière mine de tunsgtène en 2015. (Photo d'illustration)
Reuters
Julien Gouesmat

Washington a fermé sa dernière mine de tunsgtène en 2015. (Photo d'illustration)
Reuters
Pékin n'a pas tardé à réagir face à l'imposition de tarifs douaniers à hauteur de 10 % sur ses produits par Washington. La Chine a riposté par des droits de douane sur le charbon et le gaz américain. L'Administration générale des douanes chinoises et le ministère du commerce ont également annoncé imposer des contrôles à l'exportation sur différents matériaux extraits par Pékin, une décision quelque peu passée inaperçue, mais qui n'est pas sans conséquences.
Sont concernés le tungstène, le tellure, le bismuth, le molybdène et l'indium. Selon le porte-parole du ministère du commerce chinois, ces mesures servent à « mieux protéger la sécurité nationale et les intérêts de la Chine », mais permettent également au pays de « remplir ses obligations internationales en matière de non-prolifération », « ainsi que de préserver la stabilité des chaînes industrielles et d'approvisionnement mondial ».
Concrètement, cela signifie que les entreprises productrices de ces minéraux devront obtenir une licence afin de les exporter. Un moyen pour Pékin de mieux contrôler ses flux et de pouvoir les interrompre si besoin. Des mesures similaires avaient été prises au cours de l'année dernière sur l'antimoine, le germanium et le gallium. En décembre 2024, quelques mois après la mise en place de ces licences, la Chine avait, en effet, annoncé l'arrêt des exportations de ces métaux vers les États-Unis.
Se dirige-t-on vers un scénario similaire pour les 5 nouveaux minéraux ? « Pour le moment ils font de la plomberie. Ils choisissent les tuyaux par lesquels les métaux sortiront du pays afin de pouvoir couper le robinet à tout moment », explique Vincent Donnen, consultant en métaux rares chez CDMR.
Si c'est un nouveau signal d'alarme pour les États-Unis, les chaînes d'approvisionnement ne devraient pas être totalement chamboulées. Bien que Pékin soit producteur de 80 % de l'indium extrait à travers le monde, les droits de douane déjà imposés l'an dernier sur cette matière première ont poussé les entreprises américaines à trouver de nouvelles sources d'approvisionnement. Ainsi, depuis fin 2024, la Corée du Sud et le Japon sont devenus, de loin, les principaux exportateurs d'indium vers les États-Unis. Seule source d'inquiétude sur le sujet : le phosphure d'indium, nécessaire pour les radars militaires. Les Américains ne devraient pas être inquiets concernant le molybdène - métal utilisé pour éviter la corrosion - qu'ils produisent sur leur sol.
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Cependant, au cours des 30 dernières années, Washington a fermé ses mines de tungstène et de bismuth et dépend en grande partie de Pékin pour ses importations. Ces métaux sont essentiels pour les alliages d'acier et pour l'industrie de la défense, où le bismuth - « métal très rare », précisait Vincent Donnen dans un récent rapport - peut se substituer au plomb des munitions. Ces deux matériaux sont les plus sensibles.
Pour le moment, le cours du bismuth reste stable. « C'est le nouvel an en Chine, les usines sont à l'arrêt. Mais à l'avenir ça peut être un carnage », estime Vincent Donnen. Selon le consultant, la mise en place de ces licences bloque les exportations pendant un temps, créant un vent de panique, en ce moment, chez les producteurs chinois.
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En Europe, le bismuth s'échange actuellement aux alentours de 6 dollars la livre, mais ses prix sont attendus à la hausse, au risque de subir le même sort que l'antimoine dont les cours ont battu des records après les restrictions chinoises.
Julien Gouesmat