Krach pétrolier : les producteurs de schiste aux États-Unis résisteront-ils à l'assaut de la Russie ?

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Les sociétés d'exploration et de production aux États-Unis et au Canada ont environ 86 milliards de dollars de dette à rembourser entre 2020 et 2024, selon un rapport de l'agence Moody's.
Les sociétés d'exploration et de production aux États-Unis et au Canada ont environ 86 milliards de dollars de dette à rembourser entre 2020 et 2024, selon un rapport de l'agence Moody's. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Le secteur, bien que sur-endetté, ne risque pas de disparaître avec la dernière dégringolade de prix, estime Andrew Lebow, spécialiste du marché de l'énergie. Pour autant, "il est certain qu'on se dirige vers une période difficile". "Si on reste autour des 30 dollars le baril, certaines entreprises risquent l'extinction", prédit-il.

L'effondrement des cours du brut représente un coup de massue pour le pétrole de schiste aux États-Unis. Déjà lourdement endettés, de nombreux opérateurs pourraient ne pas s'en relever.

Le baril de brut échangé à New York, le WTI, a connu lundi sa pire chute depuis la première guerre du Golfe en 1991, plongeant de plus de 30% en début de journée, jusqu'à 27 dollars.

En cause: la décision de l'Arabie saoudite de baisser drastiquement, et unilatéralement, le prix de son or noir, après l'échec de négociations en fin de semaine dernière avec la Russie. Moscou avait alors refusé de baisser de nouveau sa production de brut, ne souhaitant pas perdre du terrain face aux États-Unis, qui inonde le marché mondial avec leur pétrole de schiste.

Les producteurs américains ont profité de nouvelles techniques de fracturation hydraulique et de forage horizontal, souvent décriées par les défenseurs de l'environnement, pour multiplier depuis une dizaine d'années les puits au Texas, au Nouveau-Mexique, dans le Dakota du Nord ou en Pennsylvanie.

Le secteur "ne va pas disparaître" avec la dernière dégringolade des prix, prédit Andrew Lebow, spécialiste du marché de l'énergie pour Commoditiy Research Group. "Mais il est certain qu'on se dirige vers une période difficile", ajoute-t-il. "Si on reste autour des 30 dollars le baril, certaines entreprises risquent l'extinction."

Les majors pétrolières, qui sont arrivés plus tard dans l'exploitation du schiste mais y ont récemment pris de l'ampleur, pourront résister, estime l'expert.

Elles dégringolaient en tout cas lundi à la Bourse de New York, ExxonMobil chutant de 8%, Chevron de 13% et ConocoPhillips de 23% vers 16h00 GMT.

Lire aussi : Pétrole, coronavirus... les marchés boursiers cèdent à la panique

Les compagnies américaines plus spécialisées dans le schiste, Chesapeake Energy (-19%) et Whiting Petroleum (-33%) étaient aussi punies lourdement.

"Conversations enflammées avec les banques"

Le boom du schiste, qui a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial d'or noir devant la Russie et l'Arabie saoudite, a aussi nécessité des milliards de dollars que banques et investisseurs, avec des taux d'intérêt particulièrement bas, ont généreusement accordés.

Lire aussi : Aux États-Unis, la fièvre du pétrole de schiste est retombée

Résultat: les sociétés d'exploration et de production aux États-Unis et au Canada ont environ 86 milliards de dollars de dette à rembourser entre 2020 et 2024, selon un rapport de l'agence Moody's dévoilé mi-février. Et 62% de cette dette est considérée comme spéculative, ajoute Moody's.

"Il doit sûrement y avoir beaucoup de conversations enflammées actuellement entre les producteurs et les banques, des négociations sur un possible prolongement de leur dette", avance M. Lebow.

Il est difficile selon lui de fixer un seuil moyen en dessous duquel le baril n'est plus rentable, chaque entreprise fonctionnant différemment. "Mais il est clair que plus l'entreprise est grande, plus ce seuil est bas dans la mesure où elle a un accès à un crédit moins cher et qu'elle peut faire des économies d'échelle", explique-t-il.

Le prix de revient dépend par ailleurs de la localisation des puits, soulignent les analystes de JPMorgan Chase. Selon leurs calculs, ils se situe à environ 45 dollars le baril dans le bassin Midland au Texas, ou à environ 55 dollars dans le bassin du Delaware.

Si le baril reste en dessous de 45 dollars, cela devrait ralentir la croissance de la production.

Et "contrairement à ce qui avait pu se passer lors de précédentes périodes aux bas prix, comme quand le baril évoluait sous les 30 dollars début 2016, les sociétés devraient (cette fois-ci) plutôt utiliser leurs liquidités pour rémunérer leurs actionnaires plutôt que de défendre des niveaux spécifiques de dépenses d'investissement par rapport aux volumes".

En 2016, la demande paraissait encore très solide, contrairement à la forte baisse attendue en 2020 à cause de l'épidémie de Covid-19, et la marge de progression était encore grande.

Lire aussi : Coronavirus: la demande de pétrole pourrait baisser en 2020, une première depuis 2009

Quand les cours ont de nouveau fléchi fin 2018, les compagnies pétrolières ont répondu par des fortes mesures d'économies pour répondre aux inquiétudes des investisseurs.

Leur situation financière est aujourd'hui plus précaire.

Pour Andy Lipow, du cabinet Lipow Oil Associates, il ne faut pas non plus oublier la situation fragile de "toutes les entreprises de sous-traitance ou de services" associées au secteur, souvent encore plus petites.

Lire aussi : Les "gagnants" et gros perdants de la chute du pétrole

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Commentaires
a écrit le 10/03/2020 à 19:46 :
Attention à ne pas confondre huile de schiste et gaz de schiste, cela fausse les raisonnements! Il n'y a aucun souci sur le gaz de schiste, la marge est simplement plus faible.
a écrit le 10/03/2020 à 15:32 :
Je ne comprends pas pourquoi l'Arabie saoudite à décidé de baisser unilatéralement le prix de vente du pétrole. Elle entraîne dans sa chute de nombreux pays du Tiers-Monde qui comptent encore beaucoup sur la rente pétrolière comme l'Algérie, le Nigeria ou le Venezuela. Un méchant coup de poignard dans le dos de ces pays !
Réponse de le 10/03/2020 à 16:31 :
Poutine est un grand joueur de poker et l'Arabie Saoudite surenchérit. Comme la partie se joue à 3, les deux premiers veulent abattre le troisième larron empêtré dans le schiste et prendre sa part de marché. Pile je te tue et face tu es mort. Le virus a créé la fenêtre optimum de tir. On pourrait en faire un bon western non? Le Rustre, l'Arabe et le Yankee.
Réponse de le 10/03/2020 à 18:33 :
Poutine est un grand joueur de poker et l'Arabie Saoudite surenchérit. Comme la partie se joue à 3, les deux premiers veulent abattre le troisième larron empêtré dans le schiste et prendre sa part de marché. Pile je te tue et face tu es mort. Le virus a créé la fenêtre optimum de tir. On pourrait en faire un bon western non? Le Russe, l'Arabe et le Yankee.
Réponse de le 10/03/2020 à 18:33 :
Poutine est un grand joueur de poker et l'Arabie Saoudite surenchérit. Comme la partie se joue à 3, les deux premiers veulent abattre le troisième larron empêtré dans le schiste et prendre sa part de marché. Pile je te tue et face tu es mort. Le virus a créé la fenêtre optimum de tir. On pourrait en faire un bon western non? Le Russe, l'Arabe et le Yankee.
a écrit le 10/03/2020 à 14:56 :
t'as un prix de reevient a 55, tu vends a 35, donc t'as des pertes, donc tu distribues un dividende avec l'argent de la tresorerie negociee aupres de la banque a taux 0
ah ben non c'est pas de la tresorerie, c'est du high yield, alors on ne retire pas le tapis comme ca..........
y en a qui vont y laisser des plumes facon subprimes
a écrit le 10/03/2020 à 10:18 :
"a aussi nécessité des milliards de dollars que banques et investisseurs, avec des taux d'intérêt particulièrement bas,"

Les banques sont toujours généreuses avec les états unis, puissance politique majeur, tandis qu'avec l'UE elles ne sont que radines mais bon sans aucune puissance politique au final l'UE n'a t'elle pas été faite seulement pour ça ? Pour se faire encore et toujours piller.
a écrit le 10/03/2020 à 10:11 :
"il doit sûrement y avoir beaucoup de conversations enflammées actuellement entre les producteurs et les banques"

Bah étant donné que ce sont les mêmes propriétaires ils finissent toujours par s'entendre parfaitement hein, bien souvent à notre détriment par contre, du coup nous pouvons nous attendre une fois de plus à en nettoyer une nouvelle fois leurs monumentales m...

Moi je suis sorti des couches culottes depuis longtemps hein les gars...
a écrit le 10/03/2020 à 10:02 :
Quelle est la bulle qui va éclater en premier et entrainer toutes les autres avec elles ? Va-t-on assister à un jeux de bulles de savon à percer le plus rapidement possible ?
Même en Mer du Nord ou les couts d'extraction sont plutôt élevés ...
a écrit le 10/03/2020 à 9:45 :
si le pétrole se traine entre 35 et 37 dollars le baril..... ça risque quand même de coincer sérieusement, même si les américains ont un art consommé de tailler dans les coûts sans états d âme à la moindre alerte......
perdre entre 7 et 20 dollars du baril à coup de 12 millions de baril/jours....ça craint un peu...

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