Près de 22 ans après leur création, les Brics accueillent six nouveaux membres : l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l'Egypte, l'Iran, l'Ethiopie et l'Argentine. L'élargissement devrait se poursuivre dans les prochains mois créant un bloc suffisamment puissant pour peser sur la géopolitique internationale et faire valoir les intérêts des pays émergents dans l'économie mondiale.L'avenir dira si c'est un tournant historique. D'ores et déjà, près de 22 ans après leur création, les Brics franchissent une étape historique en passant de 5 à 11 membres, avec l'arrivée officielle à partir du 1er janvier 2024 de l'Arabie saoudite, de l'Egypte, des Emirats arabes unis, de l'Iran, de l'Argentine et de l'Ethiopie. C'est une victoire pour Pékin et Moscou qui plaidaient en faveur de cet élargissement face aux trois autres membres, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. Les pays émergents savent désormais qu'ils peuvent se tourner vers une institution autre que la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international (FMI) pour financer leur développement.
Si durant le Sommet, plusieurs voix ont répété qu'il ne s'agissait pas d'entrer en confrontation avec les pays occidentaux du G7, nombre d'émergents souhaitant garder leurs relations privilégiées avec les Etats-Unis, à l'instar de l'Inde, les Brics veulent réaffirmer leur indépendance et peser sur la scène internationale. « Les pays des Brics doivent porter le véritable multilatéralisme, préserver le système international centré sur l'Onu, soutenir et renforcer le système commercial multilatéral centré sur l'OMC, et s'opposer à la création de « petits cercles » et de « blocs exclusifs » », a expliqué le président de la Chine, Xi Jinping, lors de son discours jeudi.
Surtout, cet élargissement s'inscrit dans l'évolution de l'organisation de l'économie mondiale, qui a vu la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale durant les deux décennies de « mondialisation heureuse » fondée sur la libéralisation des échanges commerciaux depuis le début du 21e siècle.
Fragmentation du monde
Mais cette séquence est bien terminée. Elle avait été déjà remise en cause par le retour du protectionnisme prôné par Donald Trump lors de sa présidence et la guerre commerciale déclenchée avec la Chine. La pandémie du Covid-19 avait ensuite redonné des couleurs aux tenants du souverainisme en exhibant la dépendance des pays occidentaux aux chaînes d'approvisionnement des pays émergents. Enfin, les sanctions occidentales imposées à la Russie dans sa guerre menée contre l'Ukraine ont accru la méfiance des émergents à l'égard de l'Occident. Face à cette fragmentation, le monde est donc en train de se reconstituer en deux blocs: celui des Brics et celui du G7.