L'Opep influence-t-elle encore les cours du baril ?

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Selon les estimations de l'Opep, la demande mondiale devrait augmenter cette année de 1,38 million de barils par jour (mbj) pour atteindre 92,7 mbj, et devrait encore augmenter de 1,34 mbj en 2016.
Selon les estimations de l'Opep, la demande mondiale devrait augmenter cette année de 1,38 million de barils par jour (mbj) pour atteindre 92,7 mbj, et devrait encore augmenter de 1,34 mbj en 2016. (Crédits : reuters.com)
Les cours du baril de pétrole ont bondi de plus de 25% en trois séances, les investisseurs anticipant une décision de l'Opep sur une réduction de son quota de production pour soutenir les cours.

Lundi soir, pour la troisième séance consécutive, les cours du baril de pétrole ont bondi, des rumeurs faisant état d'une discussion au sein de l'Opep sur le niveau des cours, qui avaient atteint la semaine dernière un plus bas de six ans.

 Ainsi, le cours du baril de "light sweet crude" (WTI) pour livraison en octobre a gagné lundi 3,98 dollars à 49,20 dollars sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), pour dégager une hausse de 27,46% en trois séances.

Une hausse malgré la débâcle des Bourses chinoises

A Londres, celui du baril de Brent de la mer du Nord, référence européenne du brut, a pris 4,10 dollars à 54,15 dollars, là aussi sur le contrat pour octobre, sur l'International Exchange (ICE), pour une hausse de 25,52% en trois séances.

Ce mardi, les cours étaient en revanche en recul dans la matinée, se dépréciant de plus de 1,5%.

Sur le mois, la hausse du WTI s'établit à 4,41%, celle du Brent à 3,72%, ce qui aurait pu sembler inespéré compte-tenu du plongeon de la mi-août lié à la débâcle des Bourses chinoises.

Ce qui a provoqué l'humeur haussière des investisseurs est un passage du communiqué publié par l'Opep qui accompagnait son bulletin mensuel : « La pression qui continue actuellement à s'exercer sur les prix, provoquée par le niveau élevé de production de brut, couplée à la spéculation sur le marché, reste une source de préoccupation pour l'Opep et ses membres, en fait pour tous les acteurs du secteur ». Et l'organisation, qui représente quelque 40% de la production mondiale, de préciser : « Nul besoin de dire que l'Opep, comme toujours, continuera à faire tout ce qui est en son pouvoir pour créer une environnement favorable à l'équilibre du marché pétrolier avec des prix raisonnables et justes ».

De là à y voir une décision de réduire le quota de production de l'organisation pour faire remonter les prix du baril lors de la prochaine réunion, il y a un pas qu'ont visiblement franchi les investisseurs ces derniers jours.

Attendre ce que va dire l'Arabie Saoudite

Comme toujours lorsqu'il s'agit de l'Opep, il convient d'être attentif à ce que dit l'Arabie Saoudite, son principal producteur. Pour le moment, il n'y pas eu déclaration, mais on voit mal Ryad changer sa stratégie imposée aux autres membres du cartel consistant à produire à un niveau élevé pour garder ses parts de marché.

D'autant que cette stratégie semble commencer à payer. Selon une nouvelle estimation du ministère américain de l'Energie, liée à un nouveau mode d'évaluation, la production des Etats-Unis en juin a été  révisée en baisse de 130.000 barils par jour (b/j), à 9,3 mbj, représentant une baisse de 100.000 b/j par rapport à mai.

Graves difficultés budgétaires

Pour autant, au sein de l'Opep, certains membres rencontrent de graves difficultés budgétaires, comme le Vénézuela ou encore l'Algérie. Le communiqué souligne ainsi la nécessité pour l'organisation de "protéger ses propres intérêts", car "ses membres, en tant que pays en développement dont les économies reposent largement sur cette seule ressource, peuvent mal se permettre de faire autrement".

A titre d'exemple, les exportations du Qatar ont chuté de plus de 40% en valeur entre juillet 2014 et juillet 2015 en raison du recul des ventes de pétrole et d'hydrocarbures, indiquaient dimanche les autorités du pays.

Le long terme et les investissements

Surtout, dans son bulletin, l'Opep appelle à une meilleure concertation avec les autres producteurs dans une perspective de long terme. Des cours bas du baril sont de nature à décourager les investissements dans un secteur dont les projets s'inscrivent dans un horizon le plus proche de 20 à 30 ans. Un décalage trop important entre l'offre et la demande entraînerait une hausse brutale des cours qui pourrait freiner la croissance économique mondiale.

A court terme, selon les estimations de l'Opep, la demande mondiale devrait augmenter cette année de 1,38 million de barils par jour (mbj) pour atteindre 92,7 mbj, et devrait encore augmenter de 1,34 mbj en 2016.

Des perspectives qui pourraient cependant être révisées à la baisse. Car les producteurs du Golfe Persique, majoritaires au sein de l'organisation, s'inquiètent des besoins de leurs principaux clients, qui se trouvent en Asie. Le ralentissement économique de l'ensemble de la zone, notamment de la Chine, qui fut durant ces dernières années le principal soutien à la demande pétrolière, ainsi que les interrogations sur la croissance japonaise qui vient d'enregistrer une chute surprise de sa production industrielle en juillet, sont de nature à continuer à exercer une pression à la baisse sur les cours du baril et, surtout, sur les parts de marché.

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Commentaires
a écrit le 01/09/2015 à 22:55 :
L'OPEP (ou du moins l'Arabie Saoudite)n'a-t-elle pas aussi intérêt à maintenir des prix bas pour éviter le développement d'énergies alternatives compétitives?
a écrit le 01/09/2015 à 15:15 :
L'Opep n'a jamais influencé le prix du pétrole qui est défini par une décision anglo-américaine. Les journalistes pourtant l'ont dit, certains lecteurs l'ont cru. Il s'agit d'un outil, d'une interface pratique, principalement le WTI ou West Texas Intermediate et son baril de 159 litres qui donne la guidance. Comment expliquer autrement que les gouvernements captent l'argent gagné par les citoyens en augmentant les prix et taxes volontairement afin de le redistribuer à des amis ? Il faut bien que ce soit un autre, ... ailleurs. Désormais, selon une courbe classique ce processus d'augmentation trouve plus d'inconvénient que d'avantage : on s'attache donc à le démonter, estimant que l'avance prise par nos économie fera la différence. Cette dernière décision prise en 2004 explique la "chandelle" finale des prix, bien avant on avait déjà fait décoller les prix bien sages par des annonces tapageuses une multiplication par 4, à la grande surprise des producteurs. Toutefois la chose s'avère fortement systémique compte tenu du niveau atteint, elle s'organise en plusieurs étapes. Nous serons à 46 dollars en moyenne sur l'année, 38 l'année suivante et un peu moins ensuite. Le point bas technique se situera probablement à 17 et le cours moyen plancher à 23/25. La Chine qui perd ainsi un avantage considérable a décidé en compensation de faire plonger sa devise et ses prix, captant ainsi l'essentiel de la richesse future. Aucun acteur de la zone pacifique ne va pouvoir la suivre. Elle s'attache également à démonter sa région de Taïwan et bientôt ses zones spéciales. Les occidentaux y trouvent d'un côté un regain de pouvoir d'achat mais de l'autre une baisse considérable de leurs ventes et/ou de leur rentabilité dans le pays. Dire que la Chine change de modèle comme on l'entend partout est une erreur d'analyse fondamentale : elle poursuit en réalité ses activités mais y ajoute une strate complémentaire. Le pétrole aura été une fabuleuse nouvelle idéologie de pouvoir comme le marxisme, car c'est bien de cela qu'il s'agit, d'une idée, ... mais avec ici une bien meilleure relation au concret.
a écrit le 01/09/2015 à 15:04 :
le but a court terme etait de vider les caisses de poutine et de demonter trop de velleites sur le schyste americain
a priori c'est fait, donc ca risque de se normaliser, sachant que c'est dans l'interet de personne ( ni usa, ni opep ni autres pays, ni producteurs de schystes ) d'avoir des prix trop bas

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