La Chine ouvre son troisième Plénum, réunion politique cruciale pour l'économie alors que la croissance ne cesse de ralentir
latribune.fr
Une réunion politique cruciale pour l'économie de la Chine a débuté en présence du président Xi Jinping alors que tombent des indicateurs tous aussi préoccupants les uns que les autres.
Les dirigeants chinois ont ouvert, ce lundi, le troisième plénum, un rendez-vous clé autour du président Xi Jinping, qui doit définir les grandes orientations économiques du pays pour les cinq prochaines années. Pour autant, aucune réforme radicale n'est attendue. Et ce, alors que la publication de chiffres décevants suggère une croissance qui ralentit et une consommation toujours en berne.
Alors que vient de débuter ce lundi une réunion politique cruciale pour l'économie, la Chine va devoir rassurer les marchés. Le Troisième Plénum, qui s'achèvera jeudi, organisé à huis clos par le Parti communiste chinois (PCC), s'ouvre en effet au moment où tombent des indicateurs tous aussi préoccupants les uns que les autres.
«Les bases d'une reprise et d'une croissance économiques saines doivent être consolidées», a ainsi admis le Bureau national des statistiques (BNS).
Et pour cause, les ventes de détail, principal indicateur des dépenses des ménages, sont décevantes, à +2% sur un an en juin, soit leur rythme le plus faible depuis décembre 2022, tandis que la production industrielle marque également le pas, à +5,3% en juin contre +5,6% un mois plus tôt.
La seconde économie mondiale, selon le BNS, a vu sa croissance se tasser au deuxième trimestre à 4,7% sur un an, à un rythme bien inférieur aux attentes des analystes. Le rythme du PIB est aussi inférieur à celui du premier trimestre (5,3%).
La reprise post-Covid tant espérée a été brève
Par rapport au premier trimestre, comparaison plus fidèle de la conjoncture, le PIB a plus fortement ralenti (+0,7%). Pékin s'est fixé cette année un objectif « d'environ 5% », loin des progressions à deux chiffres des dernières décennies. Un an et demi après la levée des restrictions sanitaires qui pénalisaient l'activité, la reprise post-Covid tant espérée a été brève et moins robuste qu'escomptée. « Les bases d'une reprise et d'une croissance économiques saines doivent être consolidées », a d'ailleurs admis le BNS.
Elle est surtout disparate, avec des secteurs qui en bénéficient, comme par exemple les services, portés par le retour des clients dans les restaurants, les transports et les lieux touristiques. D'autres restent à la peine, notamment l'immobilier, qui a longtemps représenté au sens large plus du quart du PIB de la Chine et constituait un important vivier d'emplois. Les principales villes du géant asiatique ont d'ailleurs de nouveau enregistré en juin une baisse des prix de l'immobilier sur un an.
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Une dégradation des relations avec l'Europe et les Etats-Unis
En outre, les nuages s'amoncellent aussi à l'étranger avec l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis qui, pour protéger leurs marchés de produits chinois et de leur concurrence jugée déloyale, multiplient les barrières commerciales.
Pour rappel, depuis le 4 juillet, la Commission européenne applique des droits de douane provisoires entre 17,4% sur les voitures du constructeur BYD ou jusqu'à 37,6% sur les voitures de SAIC à leur entrée en Europe, auxquels il faut ajouter les 10% déjà en place avant cette mesure. Une décision de l'UE prise à la suite de son enquête sur les subventions massives du gouvernement chinois en faveur de son industrie automobile, lesquelles sont jugées à l'encontre des règles du commerce international.
Bruxelles emboîte le pas aux Etats-Unis, qui avaient annoncé mi-mai une hausse des droits de douane sur les véhicules électriques chinois à 100%, contre 25% précédemment.
Cette décision s'inscrit dans un contexte plus large de tensions commerciales entre les Occidentaux et le géant asiatique, également accusé de détruire la concurrence dans plusieurs autres secteurs comme les éoliennes, les panneaux solaires ou encore les batteries. Pékin a déjà annoncé en janvier une enquête visant toutes les eaux-de-vie de vin importées de l'UE, dont le cognac. Le vin, les produits laitiers, le porc et les voitures à grosses cylindrées seraient aussi dans le viseur, selon la presse étatique chinoise.
Des «réformes radicales» ne sont pas attendues
Ce troisième plénum - rendez-vous clé autour du président Xi Jinping, qui doit définir les grandes orientations économiques du pays pour les cinq prochaines années - est donc central concernant la réponse du gouvernement chinois à ces multiples crises. D'ailleurs, initialement attendu à l'automne dernier, il « n'a que trop tardé », écrivent dans une note les analystes Sarah Tan et Harry Murphy Cruise, du cabinet Moody's Analytics. Parmi les mesures qu'ils recommandent : une réforme du secteur immobilier, la création de davantage d'emplois très qualifiés pour les diplômés ou encore une modification de la fiscalité pour alléger la dette des collectivités locales. « De nouvelles mesures de soutien sont nécessaires », abonde ce lundi dans une note la banque d'affaires Goldman Sachs.
Dans le passé, ce rendez-vous a régulièrement donné lieu à des changements importants de politique économique. Mais Sarah Tan et Harry Murphy Cruise estiment que la direction communiste ne décidera « probablement pas » de réformes radicales et tablent plutôt sur des « ajustements » pour développer le secteur des hautes technologies ou sur l'annonce de « quelques mesures de soutien pour le secteur immobilier ». « Il s'agit d'une réunion portant sur la politique (...) et non la résolution de problèmes économiques spécifiques », nuance également l'économiste Larry Hu, de la banque Macquarie.
Les autorités souhaitent depuis plusieurs années baser la croissance sur l'innovation, les hautes technologies et la consommation intérieure, et non plus sur les grands investissements étatiques dans les infrastructures. Mais les dirigeants chinois sont sur une ligne de crête car « des changements majeurs de politique pourraient être vus comme un aveu d'échec » des mesures actuelles, mettent en garde les analystes de Moody's Analytics. « La réforme ne consiste pas à changer de direction », a d'ailleurs souligné la semaine dernière le Quotidien du Peuple, le journal officiel du PCC.