Le 7e pays le plus riche au monde est-il en train de disparaître ?

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Les océans, le septième pays le plus riche du monde.
Les océans, le septième pays le plus riche du monde. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Une étude publiée par le World Wild Fund for Nature (WWF) estime à 24.000 milliards de dollars la valeur de la richesse océanique. Sa production annuelle s'élèverait à 2.500 milliards de dollars, ce qui place les océans au septième rang mondial des économies les plus riches, derrière la Grande-Bretagne et devant le Brésil. Mais la dégradation par l'homme des actifs naturels, notamment la surpêche menacent le moteur économique marin dont sont tributaires la vie et les revenus de nombreuses populations.

Quel manque de clairvoyance ! On reproche parfois aux hommes politiques une absence de vision à long terme, de privilégier les réformes et les mesures à effets immédiats. Les chefs d'entreprises sont-ils davantage visionnaires ?

La lecture du rapport publié ce jeudi par le World Wide Fund for nature (WWF) et réalisé par le Boston Consulting Group (BCG) et le Global Change Institute de l'Université du Queensland (Australie)semble indiquer le contraire. Intitulé "Raviver l'économie des océans : plaidoyer pour l'action 2015", ce rapport apporte de nombreux enseignements.

Un patrimoine estimé à 24.000 milliards de dollars

ll fait une première estimation de la valeur des océans et des mers du globe en calculant le Produit Marin Brut annuel de la même manière que le PIB national. Ses calculs aboutissent au résultat suivant : chaque année, les océans auraient une production de biens et services dont la valeur s'élèverait à 2.500 milliards de dollars, les hissant à la septième place des économies mondiales, derrière la Grande-Bretagne, mais devant le Brésil.

La valeur globale de leur patrimoine est encore impressionnante. Elle est évaluée à 24.000 milliards de dollars, un montant que le rapport estime sans doute très inférieur à la réalité, du fait des difficultés rencontrées pour quantifier de nombreux services écosystémiques fondamentaux, précise le rapport. Une valeur jugée également sans commune mesure avec celles des plus grands fonds souverains. La valeur du fonds de pension gouvernemental norvégien - le plus puissant au monde - s'élève à 893 milliards de dollars.

Ce patrimoine se décompose ainsi : la production directe (stocks halieutiques, mangroves, récifs coralliens...) est estimée à 6.900 milliards de dollars, le commerce et le transport à 5.200 milliards de dollars, la production des littoraux à 7.800 milliards de dollars, l'absorption du carbone à 4.300 milliards de dollars.

" C'est en quantifiant la valeur annuelle produite par les océans du globe et celle du patrimoine correspondant que nous pouvons pointer du doigt les vrais enjeux aux plans économique et environnemental. Ce que nous espérons, c'est que cela amène les dirigeants d'entreprise et les décideurs politiques à prendre des décisions plus raisonnables et plus avisées pour façonner l'avenir de notre économie océanique commune ", déclare Douglas Beal, associé au BCG.

La Méditerranée fait vivre 1,7 million de personnes

Ainsi, à titre indicatif, le rapport cite l'exemple de la seule mer Méditerranée qui, selon Giuseppe Di Carlo, le directeur de l'Initiative Méditerranée Marine du WWF " s'impose comme un patrimoine crucial pour les pays côtiers ». « Le tourisme maritime et côtier représente à lui seul, plus d'un tiers de l'économie maritime en Méditerranée, génère une valeur d'environ 100 milliards d'euros et emploie 1,7 million de personnes », poursuit-il.

Et pourtant. En dépit des recommandations sur la nécessaire préservation de la planète et de ses océans, bien que " la valeur de la production économique annuelle des océans dépend à plus des deux tiers de la santé du patrimoine océanique " précise le WWF, ces actifs se dégradent à vitesse grand V.

Le grand public est bien informé

Les menaces les plus graves sont bien connues du grand public. La situation est trop grave pour être seulement débattue par les seuls experts : l'effondrement des stocks de poissons, la déforestation des mangroves, la disparition des coraux et des herbiers sont les principaux dangers qui planent sur les océans. Lors de la Journée de la terre, mercredi et à moins de huit mois de la conférence de Paris visant à conclure un accord pour limiter à 2°C la hausse du thermomètre mondial par rapport à l'ère pré-industrielle, Barack Obama, le président des Etats-Unis - le deuxième pays qui émet le plus de gaz à effet de serre - a tenu à rappeler l'urgence de combattre le réchauffement climatique.

" L'océan encourt davantage de risques aujourd'hui qu'à n'importe quel autre moment de notre histoire. Nous prélevons trop de poissons, rejetons trop de polluants, réchauffons et acidifions l'océan au point que les systèmes naturels essentiels vont tout simplement s'arrêter de fonctionner ", annonce Ove Hoegh-Guldberg, l'auteur principal du rapport et directeur du Global Change Institute.

Le changement climatique, la plus grave menace

Concrètement, le changement climatique fait partie des premières causes du déclin de la santé océanique. " Les études incluses dans le rapport montrent qu'au rythme de réchauffement actuel, les récifs coralliens, qui procurent alimentation et emplois à plusieurs centaines de millions de personnes et en assurent aussi la protection contre les tempêtes, auront complètement disparu en 2050. Au-delà du réchauffement des eaux, le changement climatique induit une acidification océanique dont la résorption s'étalera sur des centaines de générations humaines ", explique le rapport qui dénonce également la surexploitation des réserves halieutiques.

Il constate ainsi que 90 % des stocks mondiaux de poissons sont surexploités ou pleinement exploités. Le thon rouge est particulièrement menacé. Sa population s'est effondrée de 96 % depuis que l'espèce est pêchée. Autre indication de la dégradation des ressources océaniques, l'Indice " Planète vivante marin ", un indicateur de l'état de la diversité biologique mondiale basé sur les tendances suivies par plus de 900 espèces marines de mammifères, d'oiseaux, de reptiles et de poissons a chuté de 39% entre 1970 et 2010. Si rien ne change, le pire est à venir. Si le réchauffement climatique se poursuit au même rythme qu'actuellement, les récifs coralliens auront complètement disparu en 2050. Or, ils procurent " alimentation et emplois à plusieurs centaines de millions de personnes et en assurent aussi la protection contre les tempêtes ", martèle le WWF qui pointe une autre menace : le changement climatique induit une acidification océanique dont la résorption s'étalera sur des centaines de générations humaines.

Or, comme le précise le rapport, ces menaces " mettent en péril le moteur économique marin dont sont tributaires la vie et les revenus de nombreux humains sur Terre ". On ne peut être plus clair.

Un plan en huit actions

Pour inverser le cours des choses, le rapport propose un plan en huit actions.
Il recommande notamment d'inscrire la reconstitution des actifs océaniques parmi les premiers points de l'agenda des Nations unies pour l'après-2015 en fixant pour priorité de trouver des solutions à la destruction des habitats, la surpêche - 61,3% des stocks halieutiques mondiaux sont complètement exploités et 28,8% surexploités -, la pêche illégale et la pollution marine. Outre la réduction drastique des émissions de carbone, le WWF plaide pour que les pays dépassent l'objectif actuel consistant à protéger et à gérer efficacement au moins 10% des zones côtières et marines d'ici 2020, en portant cette proportion à 30 % à l'horizon 2030.

Point peut-être le plus important, pour gérer efficacement ce problème qui concerne la plupart des pays de la planète, le WWF estime impératif de créer des mécanismes internationaux de négociation et de collaboration pour en assurer la gestion durable. " À cet égard, la formation d'une « Alliance Bleue » entre pays maritimes concernés permettrait de se saisir du problème et de définir un corpus d'actions rapides et complètes au nom des océans ", précise le rapport.

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Commentaires
a écrit le 24/04/2015 à 9:37 :
C'est surtout le PIB/habitant qui est remarquable!
a écrit le 24/04/2015 à 9:29 :
Mon dieu, chiffrer en "PIB" la nature. C'est le début de la dégénérescence. En décodant, ça signifie que toutes les formes de vie dans les mers de la planète (et sur terre aussi bien sûr) sont chiffrées, quantifiées, exploitées, calculées, rentabilisées. Elles ne valent quelque chose que par leur rapport financier. Au lieu d'entretenir la nature, l’Homme l'exploite jusqu’à la dernière goutte de sang.
Réponse de le 24/04/2015 à 14:18 :
Valoriser ce que représente la nature (ici les océans) en termes économiques ne permettrait-il justement pas de faire prendre conscience de l'importance qu'elle représente en regard des activités économiques humaines?
Chiffrer son potentiel très important ne serait-il pas au contraire un excellent moyen de faire prendre conscience aux acteurs économiques, politiques et individuels de l'importance de sa préservation?
a écrit le 24/04/2015 à 4:53 :
Rien de différent finalement d'une enième pub déguisée pour Apple. Les OGN de ce type sont devenus des acteurs économiques et d'influence comme d'autres, à ceci près qu'ils sont obligatoirement parmi les "bons et les gentils" donc on ne peut attaquer leurs petits secrets, dont le moindre n'est pas l'influence par le chantage et le sensationnalisme qui n'a rien avoir avec les faits et encore moins la science.
a écrit le 23/04/2015 à 20:11 :
Bah ! Tout cela devrait tenir le coup pour les 20 ans (moins ou plus) qu'il me reste à vivre.
Réponse de le 24/04/2015 à 9:27 :
individualisme quand tu nous tiens
Réponse de le 24/04/2015 à 9:35 :
Merci ! vous venez de résumer l'origine de l'inaction et du désintéret des humains vivants sur le futur de leur écosystème.
Réponse de le 24/04/2015 à 10:02 :
Hey tous les deux, dites moi que vous êtes vegan et n achetez rien emballé dans du plastique.... "moralité sur internet quand tu nous tiens..."
a écrit le 23/04/2015 à 17:54 :
Le fond du problème? Personne n'est prêt à sacrifier une once de profit pour sauvegarder la nature. Sans une réduction drastique de la démographie, la catastrophe arrivera d'autant plus vite. Le résultat sera qu'avec la fin des énergies fossiles , une planète vidée, polluée, des températures trop élevées l'humanité ne disparaisse.
a écrit le 23/04/2015 à 17:37 :
La terre ,ça va bientôt être comme au resto chic:vous avez réservé ? désolé on est complet
a écrit le 23/04/2015 à 16:56 :
Le titre catastrophiste n'a aucun sens. De plus, la moitié du poisson consommé vient de l'élevage (source Le Monde), et cette part ne fait qu'augmenter... comme la consommation.
Réponse de le 24/04/2015 à 15:14 :
Oui, sauf que l'élevage 1) consomme beaucoup plus de ressource que d'aller pêcher du poisson en mer et 2) ne nourrira pas 9 milliards d'êtres humains.

Développement économique = transformer des ressources naturelles.

Fin des ressources abondantes et bon marchés = baisse du développement économique. Pour voir ce que ça donne grandeur nature, cf. Grèce depuis 2008 et extrapoler à toute la planète.
Réponse de le 24/04/2015 à 15:23 :
Oui, alors allez voir en Norvège autour des fermes d'élevage de saumon, ou la surpopulation entraine une pollution incroyable vidant les fjords de toute espèce de vie !
Réponse de le 25/04/2015 à 13:03 :
J'ai visité la Norvège et j'y ai vu beaucoup de beaux fjords, mais je n'ai pas vu de trace de "pollution incroyable".

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