Le Japon évite de justesse la récession au premier trimestre
latribune.fr
Le Japon a été confronté pendant des décennies à une inflation quasi-inexistante voire à la déflation, mais la hausse des prix à la consommation dépasse les 2% depuis deux ans.
L'économie japonaise s'est contractée plus qu'attendu au premier trimestre, du fait notamment de scandales dans l'automobile et d'une consommation intérieure minée par l'inflation et la faiblesse du yen. Avec une croissance revue à la baisse le trimestre précédent, le Japon a échappé de peu à la récession. Mais du mieux est déjà attendu pour le deuxième trimestre.
[Article publié le jeudi 16 mai 2024 à 10h05 et mis à jour à 13h13] Alors que le Japon fait le plein de touristes, son économie n'est pas au beau fixe. Son produit intérieur brut (PIB) a en effet reculé de 0,5% entre janvier et mars comparé au trimestre précédent, selon des données du gouvernement publiées ce jeudi 16 mai. Soit un peu plus que les analystes, qui tablaient sur une baisse de 0,3% ou 0,4%. La croissance du PIB au quatrième trimestre 2023 a par ailleurs été révisée à 0% (+0,1% précédemment).
« L'économie japonaise est en mauvaise forme »,a jugé Stefan Angrick dans une note de Moody's Analytics.
L'archipel « évite de justesse l'étiquette redoutée de "récession technique" définie par deux baisses consécutives » du PIB, souligne-t-il. Mais « la nouvelle chute au premier trimestre 2024 montre que le Japon n'est pas non plus très loin de la récession », a-t-il ajouté.
Daihatsu pénalise le Japon
L'économie japonaise a notamment pâti au premier trimestre des effets de scandales dans l'industrie automobile locale. Pour rappel, le constructeur Daihatsu, filiale du géant Toyota spécialisée dans les mini-véhicules, a été obligé de suspendre toute sa production au Japon fin décembre, après la révélation de nombreuses irrégularités dans les tests de ses produits. Il l'a progressivement reprise à partir de février et a annoncé un retour à la normale seulement le mois dernier. Cette affaire a fortement embarrassé sa maison mère, Toyota, très soucieuse de sa réputation au Japon, qui s'attend pour l'exercice 2024/25 à un léger repli de ses ventes mondiales en volume, notamment à cause du déclin attendu des ventes de Daihatsu dans l'archipel.
Ces problèmes de production ont notamment pesé sur les exportations de l'archipel (-5% au premier trimestre). Les investissements non-résidentiels des entreprises ont eux reflué de 0,8%.
L'archipel a aussi subi au premier trimestre les conséquences d'un séisme dévastateur survenu au Nouvel an au large de la péninsule de Noto, au centre de l'archipel, qui a fait plus de 240 morts et d'importants dégâts.
Bonne nouvelle toutefois : ces facteurs ne devraient plus peser sur le PIB au deuxième trimestre.
Une consommation au plus bas
L'économie japonaise a également été fragilisée par le phénomène plus durable d'une consommation privée atone, de nouveau en recul en mars pour le treizième mois d'affilée. Elle souffre de l'effet combiné de l'inflation et de la faiblesse du yen, laquelle est accentuée par la politique monétaire accommodante de la Banque du Japon (BoJ).
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Le pays a été confronté pendant des décennies à une inflation quasi-inexistante voire à la déflation, mais la hausse des prix à la consommation dépasse les 2% depuis deux ans, tandis que les salaires réels (ajustés de l'inflation) sont en recul constant depuis avril 2022. Cette situation pourrait cependant évoluer alors que les négociations salariales, qui ont lieu chaque printemps au Japon, devraient entraîner des augmentations de plus de 5% cette année, un record depuis plus de trente ans.
« L'économie va certainement rebondir ce trimestre grâce à la hausse des salaires, mais l'incertitude persiste sur les services de consommation »,estime Yoshimasa Maruyama, économiste en chef chez SMBC Nikko Securities.
De quoi faire douter la Banque du Japon
La BoJ a entrepris une normalisation en douceur de sa politique monétaire. Elle a mis fin à ses taux négatifs en mars et devrait de nouveau relever ses taux d'ici la fin de l'année selon des analystes. Mais face à ces derniers chiffres, elle pourrait hésiter, selon Stefan Angrick. « Les dernières données du PIB sont des maux de tête supplémentaires » pour la BoJ, selon lui.
Malgré les hausses de salaires attendues cette année, « nous mettons en garde contre les attentes d'un revirement immédiat, car il faudra du temps pour que les ménages récupèrent des pertes de revenus réels subies en 2022 et 2023 ».
Au contraire, pour l'analyste Taro Kimura, de Bloomberg Economics, le repli de l'économie nippone au premier trimestre « ne va pas dissuader la BoJ de normaliser sa politique » monétaire.
De son côté, le yen gagnait quelque peu du terrain face aux principales devises jeudi, les attentes d'un futur rehaussement des taux japonais prenant le pas sur la légère contraction de l'économie. Vers 09H35 GMT (11H35 à Paris), la devise nippone s'appréciait de 0,09% face au billet vert à 154,74 yens pour un dollar, et de 0,22% face à la monnaie unique européenne, à 168,21 yens pour un euro.
La banque centrale a en tout cas relevé le mois dernier ses prévisions d'inflation, prévoyant une hausse des prix à la consommation (hors produits frais) de 2,8% sur l'exercice 2024-2025 entamé le 1er avril, puis de 1,9% en 2025-2026. Elle a par ailleurs abaissé sa prévision de croissance économique pour le Japon en 2024-2025 (à +0,8%), mais table toujours sur +1% pour 2025-2026.
Alors que la consommation des ménages nippons est atone, les touristes se pressent dans l'archipel, la faiblesse du yen leur offrant justement un taux de change des plus intéressants. Plus de trois millions de visiteurs étrangers y sont ainsi entrés en mars. Un cap pour la première fois franchi sur un mois et même supérieur de +11,6% par rapport au même mois en 2019, avant la crise du Covid-19.
Et l'attrait du Japon ne risque pas de retomber en 2025, année où se tiendra l'Exposition universelle. Elle aura lieu à Osaka entre le 13 avril et le 13 octobre. Les organisateurs tablent sur 28,2 millions de visiteurs (dont 3,5 millions de l'étranger), soit 4 millions de plus qu'à l'Expo 2020 de Dubaï. Plus de 1,2 million de billets ont déjà été vendus.
Face à cet afflux de touristes, des mesures ont été prises pour limiter l'impact de cette surfréquentation. Un système de réservation en ligne pour accéder au sentier le plus populaire du célèbre mont Fuji va ainsi être mis en place. Le nombre d'entrées quotidiennes devrait être plafonné à 4.000 personnes, qui devront s'acquitter d'un droit d'entrée de 12 euros.