Jusque-là, le timing était parfait. Mercredi, veille de Conseil européen, le navire Libra de la marine italienne accostait en Albanie avec 16 migrants secourus en mer. Le lendemain, en marge du sommet, c'est tout sourire que la Première ministre italienne Giorgia Meloni présentait à dix pays l'accord scellé l'an passé avec son homologue albanais, Edi Rama. Le principe : Rome a construit deux structures en Albanie pour y placer des migrants - seulement des hommes majeurs, jugés non vulnérables et issus de pays considérés « sûrs » - sauvés en mer par les autorités italiennes. Ces centres délocalisés (pour l'identification des migrants, pour les demandeurs d'asile et pour ceux devant être rapatriés) sont entièrement surveillés, gérés et financés par l'Italie.
À Bruxelles, l'idée plaît. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, parle d'une « solution innovante » pour lutter contre l'immigration illégale, dont les pays européens devront « tirer les leçons ». Et les Pays-Bas envisagent même un projet similaire en Ouganda pour les demandeurs d'asile déboutés. En revanche, Paris et Berlin préfèrent prendre leurs distances, d'autant plus refroidis par le cinglant revers judiciaire de vendredi.
Ce jour-là, le tribunal de Rome ordonne la libération des douze Égyptiens et Bangladais arrivés deux jours plus tôt en Albanie. Jugeant, sur la base d'un récent arrêt de la Cour européenne de justice, qu'ils ne provenaient pas de « pays sûrs ». Samedi, ils ont repris la mer direction... l'Italie. Mercredi, quatre autres migrants avaient déjà été ramenés sur la péninsule : deux étaient mineurs et les autres jugés vulnérables.