Le "shutdown" américain devient le plus long de l'histoire

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(Crédits : Jim Young)
La paralysie des administrations fédérales américaines atteint le record de 22 jours. Ni Donald Trump, ni les Démocrates ne sont prêts à céder sur la question du mur entre les Etats-Unis et le Mexique, et qui a provoqué le "shutdown". Le président hésite désormais à activer le dispositif d'urgence nationale tandis que l'administration fédérale ne fonctionne qu'avec la moitié de ses effectifs, ou ne rémunère pas une partie des fonctionnaires "réquisitionnés".

Le "shutdown" qui paralyse partiellement depuis près de trois semaines les administrations fédérales des Etats-Unis est devenu le plus long de leur histoire dans la nuit de vendredi à samedi.

Le record a été battu vendredi soir à 00H00 (05H00 GMT samedi), dépassant ainsi les 21 jours de "shutdown" pendant l'ère Clinton en 1995-1996.

Le suspense était mince, Donald Trump ayant assuré vendredi ne pas vouloir déclarer "si vite" la procédure d'urgence nationale et le Sénat ayant suspendu sa séance jusqu'à lundi.

Aucun compromis n'a pu être trouvé entre le président républicain qui réclame 5,7 milliards de dollars pour construire son mur anti-migrants à la frontière avec le Mexique et les démocrates, farouchement opposés au projet jugé "immoral", coûteux et inefficace pour lutter contre l'immigration clandestine.

"L'urgence nationale", solution de facilité pour Trump

"La solution de facilité pour moi est de déclarer une urgence nationale", mais "je ne vais pas le faire si vite parce que c'est au Congrès de le faire", a déclaré vendredi le locataire de la Maison Blanche lors d'une table ronde sur la sécurité aux frontières.

"Ce que nous ne cherchons pas à faire pour l'instant est l'urgence nationale", a-t-il aussi affirmé après des jours de spéculation sur le recours à une telle procédure, conférant des pouvoirs exceptionnels au président. Utiliser une telle prérogative aurait, à coup sûr, plonger le pays dans une tempête politico-judiciaire.

Au Congrès, aucun compromis à l'horizon et le Sénat a suspendu sa séance vendredi en début d'après-midi. Il ne se réunira pas de nouveau avant lundi.

Les conséquences sont, elles, bien réelles. Pour la première fois vendredi, les 800.000 fonctionnaires fédéraux affectés par le "shutdown" ne vont pas toucher leur salaire.

Depuis le 22 décembre, la moitié d'entre eux jugés "non essentiels", ont été placés en congé sans solde, tandis que l'autre moitié a été réquisitionnée.

Si la plupart, payés à la quinzaine, avaient reçu leur chèque fin décembre, ils ne toucheront en revanche pas leur paie vendredi.

Rémunération rétroactive

La Chambre des représentants a toutefois approuvé à une écrasante majorité vendredi une loi, déjà votée par le Sénat, garantissant aux employés fédéraux qu'ils soient payés rétroactivement une fois le "shutdown" terminé. Il revient désormais au président de la promulguer.

Ce type de mesure est courant aux Etats-Unis lorsque le pays traverse de telles impasses budgétaires. Mais elle ne concerne pas les millions de contractuels également affectés.

Plusieurs ministères essentiels, comme ceux de la Sécurité intérieure (DHS), de la Justice ou des Transports, sont touchés par le "shutdown".

"Plus de 200.000 employés du DHS --chargés de protéger notre espace aérien, nos cours d'eau et nos frontières-- ne seront pas payés (dans l'immédiat) alors qu'ils travaillent", a dénoncé Bennie Thompson, président démocrate de la commission pour la Sécurité intérieure à la Chambre des représentants.

Jeudi, les principaux syndicats du transport aérien --pilotes de ligne, personnel naviguant, contrôleurs aériens-- ont dénoncé une situation qui se détériore, évoquant des risques accrus pour la sécurité du pays.

L'aéroport de Miami fermé par intermittence

Un terminal de l'aéroport international de Miami sera fermé par intermittence, de samedi à lundi, à cause du manque de personnel.

Une manifestation à Washington a par ailleurs rassemblé selon les syndicats plus de 2.000 employés du gouvernement, qui ont exprimé leur inquiétude sur la dégradation de leurs conditions de vie.

"On a des factures à payer. Nous devons payer notre prêt hypothécaire", a expliqué à l'AFP Anthony, un employé civil des gardes côtes, dont l'épouse travaille pour une association à but non lucratif.

"Heureusement, nous avons un peu d'économies pour vivre, mais ça ne va pas durer très longtemps", a-t-il ajouté, estimant que les fonctionnaires étaient "pris en otages" par le président républicain.

De nombreuses initiatives privées ou publiques, comme des repas gratuits ou des foires à l'emploi pour les fonctionnaires au chômage technique, sont organisées dans tout le pays.

Pour sortir de l'impasse au Congrès, Donald Trump agitait depuis quelques jours la menace d'une procédure d'"urgence nationale" avant, vendredi, de sembler faire marche arrière.

"Nous avons le droit absolu de déclarer une urgence nationale, c'est une question de sécurité", avait-il affirmé jeudi soir sur Fox News, en marge d'une visite à McAllen, ville texane frontalière avec le Mexique.

Des fonds humanitaires redirigés vers le financement du mur

Lindsey Graham, sénateur républicain de Caroline du Sud, et allié politique du milliardaire soutient ardemment cette hypothèse: "M. le président, invoquez maintenant une urgence nationale. Construisez un mur maintenant", a-t-il écrit dans un communiqué vendredi après avoir rencontré M. Trump.

Selon plusieurs médias américains, la Maison Blanche envisagerait de rediriger des fonds d'aide d'urgence pour différents territoires ravagés par des catastrophes naturelles, comme Porto Rico, pour financer la construction d'une barrière à la frontière.

Une paralysie prolongée du gouvernement fédéral aurait "un effet notable" sur la première économie du monde, a par ailleurs mis en garde le patron de la Banque centrale américaine, Jerome Powell.

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 14/01/2019 à 9:36 :
Commentaire censuré
a écrit le 13/01/2019 à 10:51 :
Quand on connait le PIB des états unis et quand on sait ques les banques du monde en sont dépendantes, 5 milliards c'est rien et les tunnels sous terrains creusés par la mafia mexicaine permettront aussi aux clandestins de passer et de venir faire du dumping fiscal dans le pays, que les démocrates ne s'inquiètent donc pas ils vont pouvoir conserver leurs sources de revenus.
a écrit le 12/01/2019 à 15:48 :
Fake Wall !
a écrit le 12/01/2019 à 14:40 :
Trump, ses outrances, ses insultes, ses volte faces, ses contradictions, ses trahisons, ses excès, son mépris, son arrogance mais en moyenne 50% de satisfaits (de quoi être bien réélu), Macron un apprenti en comparaison mais 25% de satisfaits, va comprendre Charles...
Réponse de le 12/01/2019 à 16:23 :
Trump est plutôt entre 35 et 40% de popularité, ce qui est nettement plus faible que tous ses prédécesseurs.

Comparaison n'est pas raison, la seule comparaison valable pour Macron c'est Hollande ou Sarkozy après 18 mois de mandat. Et il me semble que Macron a quand même réussi l'exploit d'être plus impopulaire que Hollande.
a écrit le 12/01/2019 à 12:54 :
que les politiques puissent prendre en otage 800 000 fonctionnaires (dont 400 000 sont obligés de venir travailler sans être payés) et 450 millions d'américains, pour des questions annexes.
Le mur c'est 5 Mds $, sur un budget global de plus de 4 000 Mds $ le problème est donc idéologique.

Simple remarque, même quand les républicains dirigeaient les deux chambres, ils n'avaient pas voulu financer ce mur.
La raison en est simple. Le chômage aux USA est au minimum et les milliardaires US ont besoin de cette main d’œuvre immigrée mal payée et résignée pour faire tourner leurs usines, leurs magasins et leurs fermes.
a écrit le 12/01/2019 à 12:17 :
le shutdown nous rappelle que près de 80% des travailleurs américains vivent "paycheck to paycheck" (ne peuvent mettre des sous de côté) :
The government shutdown spotlights a bigger issue : 78% of US workers live paycheck to paycheck, CNBC, 09/01/2018.
et une étude de PayScale vient de nous apprendre que les salaires réels US ont baissé de 1,3% en 2018.
ce sont nos amis américains qui devraient mettre le gilet jaune.

qu'est-ce qu'on va faire de ce pays ?
a écrit le 12/01/2019 à 12:11 :
Bloquer un «  pays » pour «  un mur » comme un enfant qui refuse de manger car nous ne lui donnons pas son jouet favori...
Ça devrait être interdit de faire cloisonner des pays par des murs...

Il suffit de faire une frontière sécurisée avec tous les moyens technologiques qui existent : drones aériens , drones marins....
a écrit le 12/01/2019 à 11:52 :
Le plafond de la dette américaine ne sera pas augmenté pour absorber le déficit budgétaire américain prévu en l'état pour 2019. Nous aimerions tant qu'il existe un tel débat en France concernant les coûts de l'immigration.

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