Lindsey Graham, l'homme qui rêve d'étrangler l'économie russe
Julien Gouesmat

Le sénateur Lindsey Graham est le fer de lance de la politique américain anti Poutine.
© Christopher Aluka Berry / Reu
Julien Gouesmat

Le sénateur Lindsey Graham est le fer de lance de la politique américain anti Poutine.
© Christopher Aluka Berry / Reu
C'est un sénateur républicain aux cheveux blancs, à la rhétorique tranchante, et aux alliances fluctuantes, pour ne pas dire à la veste réversible, et qui souhaite redessiner le paysage diplomatique mondial. À 69 ans, Lindsey Graham n'est pas un inconnu sur la scène internationale : il soutient en 2002 l'invasion de l'Irak, combat contre le retrait américain d'Afghanistan en 2021, condamne fermement l'agression russe du territoire ukrainien et négocie en sous-main, depuis 2023, le deal sur les minerais de Kiev.
À la fois soutien du président américain Donald Trump et fer de lance de la politique anti-Poutine, Lindsey Graham voit son poids diplomatique enfler depuis le retour du milliardaire à la Maison-Blanche. Désormais, avec son projet de sanctions « bone-crushing », sanctions écrasantes en français, contre la Russie, il est courtisé par les Européens.
Alors que des négociations importantes vont se tenir dès aujourd'hui en Turquie au sujet du sort de la guerre en Ukraine, le sénateur républicain est présent à Ankara. Il devrait y rencontrer le ministre des Affaires étrangères français Jean-Noël Barrot ; le chef du Quai d'Orsay souhaitant coordonner avec les États-Unis un prochain paquet de sanction en cas d'échec des négociations.
Le Sanctioning Russia Act of 2025, porté par Graham et soutenu par plus de 70 sénateurs démocrates et républicains, propose une nouvelle approche des sanctions économique, avec une vision plus trumpiste des enjeux. Le texte propose une hausse des droits de douane à hauteur de 500 % sur tous les produits en provenance des pays qui continuent à importer pétrole, gaz ou uranium russes. L'effet serait double : asphyxier Moscou, mais surtout contraindre les puissances récalcitrantes — comme la Chine ou l'Inde — à rompre leurs liens énergétiques avec la Russie. En effet, si de nombreux effets se font ressentir sur l'économie russe, les sanctions restent encore facilement contournables pour Moscou à travers des pays alliés. Le projet prévoit également des sanctions primaires sur la dette souveraine russe, l'interdiction pour les Américains d'en acheter, et des mesures secondaires visant toute entité étrangère contribuant au financement du régime de Moscou.
« L'objectif est d'aider le président », a ajouté Graham en référence aux volontés pacifistes de Donald Trump. En clair, si Vladimir Poutine refuse d'entrer dans de véritables négociations avec Volodymyr Zelensky, le couperet tombera.
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À Paris, Emmanuel Macron suit attentivement cette initiative. Sur le plateau de TF1, mardi soir, le président français a reconnu que l'Union européenne pourrait accentuer ses efforts « dès les prochains jours ». Mercredi matin sur le plateau de BFM TV cette fois, le ministre des Affaires étrangères a également plaidé pour « aller plus loin... prendre la Russie à la gorge », alors que côté européen un 17e train de sanctions vient d'être adopté, ciblant notamment les pétroliers de la flotte fantôme russe.
Mais, en coulisse, chacun sait que les mesures prises par les 27 peinent à toucher leur cible et que les sanctions de Graham pourraient changer la donne. Reste que l'application de ces mesures, si elle devait être intégrale, pourrait mettre fin à la désescalade dans la guerre commerciale sino-américaine. De plus, certaines capitales européennes, comme Madrid, pourraient aussi en pâtir, l'Espagne important du gaz naturel liquéfié russe. L'Union européenne s'est fixée pour objectif de sortir définitivement le gaz russe de ses sources d'approvisionnement en 2027.
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Surtout, Donald Trump n'a pas encore donné sa bénédiction. Il flirte avec l'idée d'un accord de paix, mais reste évasif sur les moyens d'y parvenir. Le week-end dernier, il avait même adouci sa propre exigence de cessez-le-feu de 30 jours, acceptant la proposition de pourparlers russes à Istanbul sans condition préalable. Pour les Européens, le test ultime sera l'attitude de Trump : Graham, seul, peut faire voter la loi, mais il lui faut une Maison-Blanche qui applique.
Julien Gouesmat