Pour ses 30 ans, l'OMC s'offre une crise de sens
Julien Gouesmat
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Malgré sa quête de sens pour exister, l'ensemble des pays membres de l'OMC pèsent pour 98% du commerce mondial.
Denis Balibouse
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Malgré sa quête de sens pour exister, l'ensemble des pays membres de l'OMC pèsent pour 98% du commerce mondial.
Denis Balibouse
C'était un 21 mai 2002 à Sidney. Au cours d'un déjeuner de l'Association des comptables certifiés d'Australie, Klinnithrung Sprat, représentant de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) prononce un discours qui surprend son assemblée. Selon lui, l'OMC est trop divisée : « D'un côté, ceux qui pensaient que la structure originelle de l'OMC était fondamentalement saine (...) ; de l'autre, ceux qui estimaient que c'étaient les principes mêmes sur lesquels elle était fondée qui étaient en cause. » Après ce constat Klinnithrung Sprat annonce d'un ton lourd : « J'en suis venu à admettre que je me suis laissé duper par le culte de la méthodologie du libre-échange.(...) A partir de septembre 2002, (...) l'OMC cessera d'exister sous sa forme présente. »
L'assemblée, d'abord laissée pantoise, applaudit chaleureusement l'imposteur au micro. En effet, Klinninthrung Sprat n'existe pas et ne travaille pas pour l'OMC. C'est en fait un membre des Yes men, ces activistes américains adeptes des canulars. Pourtant, si l'Organisation mondiale du commerce s'apprête à fêter ses 30 bougies en janvier 2025, le constat dressé, vingt ans plus tôt, par son faux représentant semblent aujourd'hui plus partagé que jamais à travers le monde.
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Pour ses 20 ans, l'OMC avait réuni ses membres à Marrakech, où avait été signé l'accord originel de 1994 qui remplaçait le GATT, l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. Au Maroc, en 2015, l'Organisation pouvait encore se targuer de peser pour 98% du commerce du globe et de « jouer un rôle dans la gouvernance mondiale », selon les mots de son directeur général, Roberto Azevedo. Mais ce dernier avait déjà relevé les défaillances de son institution, actant alors : « Le cadre ne séduit plus ».
Julien Gouesmat