"Si Trump tente de ralentir la transition énergétique, l'opposition sera forte"

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La COP 22 a été, pour la première fois, la COP du business: les entreprises ont été même plus présentes que les gouvernements, souligne Jeffrey Sachs.
"La COP 22 a été, pour la première fois, la COP du business: les entreprises ont été même plus présentes que les gouvernements", souligne Jeffrey Sachs. (Crédits : Reuters)
[Cities for life] Présent au sommet mondial "pour des villes inclusives, innovantes et résilientes" organisé les 21 et 22 novembre par La Tribune et la Ville de Paris, l'économiste américain Jeffrey Sachs, connu pour ses travaux sur les inégalités, livre son point de vue sur le sens et les conséquences de l'élection de Trump, tant sur la société américaine que sur l'environnement.

La Tribune: Quels enseignements tirer de l'élection de Trump en matière d'inclusion et de résilience?

Jeffrey Sachs: Les mêmes dynamiques économiques, démographiques et sociales expliquent l'élection aux Etats-Unis de Donald Trump, le choix par les Britanniques du Brexit et l'actuelle émergence des populismes en Europe. Il y a deux raisons, à mon sens. D'une part, les populations rurales et ouvrières, moins éduquées, plus isolées, se sentent abandonnées par la mondialisation et par un Parti démocrate qui, constitué désormais essentiellement de professionnels, ne les comprend plus. D'autre part, un sentiment anti-immigration se développe. Il est certes en partie lié à ce vécu d'exclusion, mais pas seulement: on voit bien que des mouvements anti-immigration existent aussi dans les pays les plus marqués par la social-démocratie, comme les Etats du Nord de l'Europe.  Aucune de ces deux forces, distinctes et à l'oeuvre en parallèle, ne doit être négligée.

Or, face à la recette des partis populistes, qui veulent fermer intégralement les portes à l'immigration, le centre-gauche oppose des principes d'ouverture, mais est incapable de préciser les limites qu'il faut inévitablement poser à l'afflux de nouveaux immigrés. C'est une erreur. Nous devons être réalistes et tenter de définir des règles.

Donald Trump a menacé d'"annuler" l'accord de Paris. Quelles seront selon vous les conséquences de son élection sur la lutte contre le réchauffement climatique?

Je ne pense pas que Trump arrêtera ou même ralentira la transition énergétique en cours aux Etats-Unis. S'il essaye, il doit s'attendre à une très forte opposition politique. Le marché d'ailleurs, de moins en moins favorable aux investissements dans les énergies fossiles, ne le soutiendrait pas. Pendant sa campagne, Donald Trump a promis d'investir massivement dans les infrastructures du pays. J'y suis favorable, à condition qu'il prenne la bonne direction. Se concentrer sur les infrastructures pétrolières ne ferait que déclencher une pluie de recours judiciaires.

Lire: Climat: Trump peut-il saboter l'Accord de Paris?

Quel est votre bilan de la COP22 qui vient de se terminer à Marrakech?

La COP 22 a été, pour la première fois, la COP du business: les entreprises ont été même plus présentes que les gouvernements! Une conférence de trois jours, la Low-Emissions Solutions Conférence, a notamment été axée sur l'exploration des incroyables solutions que les entreprises proposent déjà pour répondre au défi du changement climatique. J'ai été impressionné de constater le nombre de grandes sociétés qui y ont participé.

Lire: Climat: 360 entreprises demandent à Trump de respecter l'Accord de Paris

Le peu de résultats concrets de la COP 22, comme l'élection de Trump, ont néanmoins fait craindre un désengagement des Etats face aux défis environnementaux et d'inclusion...

Lire: COP22 : beaucoup de bruit pour rien?

En vérité, il va falloir accepter que le contexte géopolitique est de plus en plus complexe. Les indicateurs concernant la population, les émissions de gaz à effet de serre, etc. le montrent bien: les Etats-Unis ne sont plus le pays le plus important de la planète. Et comme par hasard, au lendemain de la victoire de Donald Trump, la Chine intervient pour réaffirmer l'importance de l'Accord de Paris... Plus que d'un leadership, nous avons désormais besoin de coopération.

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

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Commentaires
a écrit le 22/11/2016 à 11:27 :
Il est très facile d'accuser un tiers pays d'être fautif alors que nous sommes responsable de cet état de fait!
a écrit le 22/11/2016 à 11:18 :
C'est a croire que le monde ne marche qu'a coup de dogme et donc de réforme en ignorant le pragmatisme et l'adaptation!
a écrit le 22/11/2016 à 8:14 :
bientot au chomage: on va pouvoir tester ton inclusivité et ta resilience
a écrit le 21/11/2016 à 16:27 :
Entretien intéressant, merci.

"le centre-gauche"

Si même les américains ne parlent plus de "gauche" alors il semblerait que l'éradication totale de l'idéologie de gauche au sein des élections soit effective.

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