COP22 : beaucoup de bruit pour rien ?

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La Proclamation de Marrakech appelle toutes les parties à renforcer et soutenir les efforts pour éradiquer la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire, et à prendre des mesures rigoureuses pour lutter contre les défis des changements climatiques dans le domaine de l'agriculture.
La Proclamation de Marrakech appelle toutes les parties à "renforcer et soutenir les efforts pour éradiquer la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire, et à prendre des mesures rigoureuses pour lutter contre les défis des changements climatiques dans le domaine de l'agriculture". (Crédits : © Youssef Boudlal / Reuters)
Réunie à Marrakech pour définir la mise en oeuvre des engagements pris à Paris en 2015, la communauté internationale a réaffirmé sa détermination à lutter contre le changement climatique, notamment face aux positions climato-sceptiques du nouveau président élu américain Donald Trump. Mais peu de décisions significatives ont été prises.

"Les progrès n'ont pas été spectaculaires (...) mais au moins il n'y a pas eu de blocage" : ainsi le représentant de l'Etat insulaire de Grenade, cité par l'AFP, résume le bilan des onze jours de la 22e conférence de l'ONU sur le climat (COP22), qui se termine vendredi 18 novembre à Marrakech. Ouverte le 7 novembre, trois jours après l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris issu de la COP21, cette rencontre entre les négociateurs de quelque 190 pays était censée marquer le passage des des promesses à l'action. Selon les vœux de la ministre marocaine de l'Environnement, Hakima El Haite - qui avait espéré en "une grande annonce par jour" à compter du 8 novembre -, il s'agissait également de redonner leur place à des thèmes et à des protagonistes négligés jusqu'à présent : l'adaptation des pays en voie de développement, africains notamment, au changement climatique.

Tous unis contre le climato-scepticisme de Trump

Or, la bonne volonté, inlassablement affichée par la communauté internationale depuis un an, n'a pas fait défaut. Elle s'est notamment exprimée en réaction à la victoire de Trump, annoncée le troisième jour de la COP. Plus de 360 entreprises, pour la plupart américaines, ont écrit une lettre au président élu des Etats-Unis, qui pendant sa campagne avait qualifié le changement climatique de "canular", pour lui demander d'observer l'accord sur le climat adopté fin 2015. Le président français François Hollande a aussi appelé les Etats-Unis à "respecter les engagements" pris dans ce cadre.

Lire : Climat: Trump peut-il saboter l'Accord de Paris?

"La politique chinoise reste inchangée", "la volonté de la Chine de travailler avec les autres pays demeure et je crois qu'un dirigeant avisé suivra la voie mondiale et historique" de la lutte contre le réchauffement, a pour sa part déclaré Xie Zhenhua, le négociateur chinois, cité par l'AFP. Et dans la Proclamation de Marrakech, adoptée jeudi, l'ensemble des Etats présents, ceux-ci s'adressent clairement aux Etats-Unis en appelant "à l'engagement politique maximal pour lutter contre le changement climatique".

Pendant cette COP, par ailleurs, de nouveaux Pays se sont ajoutés à la liste de ceux ayant ratifié l'accord de Paris. La ratification du Royaume-Uni, le 17 novembre, a notamment porté à 111 le nombre des parties, et pris une valeur symbolique quelques mois après le Brexit et au lendemain de la victoire de Trump.

Plusieurs initiatives pour les renouvelables

Quelques autres avancées ont été enregistrées. Le 15 novembre, les ministres et les hauts responsables pour la santé et l'environnement, présents à Marrakech, se sont engagés réduire le nombre annuel (12,6 millions) de décès dus à la pollution de l'environnement, en signant la Déclaration ministérielle sur la santé, l'environnement et les changements climatiques. Le texte invite les secteurs de la santé et de l'environnement à échanger leurs expériences, leur expertise technique et leurs meilleures pratiques. Comme promis, l'agriculture et la thématique de l'adaptation ont été pour la première fois au centre des négociations climatiques. Elles sont notamment mentionnées dans la Proclamation de Marrakech, qui appelle toutes les parties à "renforcer et soutenir les efforts pour éradiquer la pauvreté, assurer la sécurité alimentaire, et à prendre des mesures rigoureuses pour lutter contre les défis des changements climatiques dans le domaine de l'agriculture".

Et un certains nombres d'initiatives ont confirmé l'essor et l'intérêt pour les renouvelables. Ainsi, l'Allemagne, l'Espagne, la France et le Portugal ont signé, en présence de la Commission européenne, une déclaration conjointe pour l'établissement de la feuille de route pour l'échange d'électricité propre entre le Maroc et l'Europe. Un accord de mise en oeuvre pourrait être signé l'année prochaine lors de la COP23. Les statuts de l'Alliance solaire internationale, lancée conjointement par le Président de la République française François Hollande et le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la COP21, ont été signés à Marrakech avec onze pays de tous les continents. L'Union européenne s'est aussi engagée à financer l'installation de 5GW de capacités nouvelles d'énergies renouvelables en Afrique.

Paroles, paroles

Mais la question du financement de la transition énergétique est justement celle qui a suscité le plus de déceptions. En 2009, les pays du nord ont promis à ceux du sud de débloquer un montant global de 100 milliards de dollars (91 milliards d'euros) par an à partir de 2020 pour les accompagner dans leur transition écologique vers une économie bas carbone. Et l'accord de Paris appelait à un équilibre entre le financement des actions pour réduire les émissions et celles pour l'adaptation. Selon la dernière évaluation du programme des Nations unies pour l'environnement, les besoins pour les seules actions d'adaptation atteindraient d'ailleurs entre 140 et 300 milliards annuels d'ici 2030.

    >Lire: La promesse des pays du Nord à ceux du Sud, une question à 100 milliards

Mais à Marrakech, "globalement, les pays riches sont venus les mains vides", souligne Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Ils ne se sont en effet engagés qu'à multiplier par deux le financement des actions d'adaptation, qui s'élèvent à environ 10 milliards. Or, "20 milliards de dollars en 2020 (...), c'est totalement insuffisant", souligne Liz Gallagher, experte auprès de l'ONG 3G. L'appel de la Proclamation de Marrakech à "augmenter le montant, les versements et l'accès aux financements pour des projets climatiques" sonne donc aux oreilles des ONG comme une énième vague promesse.

Une énième plateforme

Les pays présents ont d'ailleurs fini aussi par temporiser sur le deuxième dossier sensible : celui des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris par les Etats à l'horizon 2025-2030, qui demandent d'être précisés voire revus à la hausse afin d'atteindre l'objectif de ne pas dépasser 2°C de hausse des températures d'ici la fin du siècle. Dans le cadre de l'initiative "2050 pathways platform" lancée par la négociatrice française Laurence Taubiana, une vingtaine d'Etats ont mis noir sur blanc leurs objectifs de réduction de GES secteur par secteur (transports, production d'énergie, industrie, agriculture) à cet horizon, en s'engageant à coopérer avec le monde économique et les collectivités locales. En 2050, l'accord de Paris exige en effet de parvenir à la "neutralité carbone".

Cette nouvelle plateforme devrait donc permettre aux pays de mieux planifier les investissements des prochaines années et de revoir à la hausse leur politique climatique. "Les Etats ont pris des engagements avant la COP21, mais ils l'ont fait de manière un peu isolée", a expliqué Laurence Tubiana. "Nous voulons que grâce aux échanges avec les entreprises sur la disponibilité des technologies et l'évolution de leurs coûts, ils comprennent qu'ils peuvent être plus ambitieux", a-t-elle ajouté. Les engagements des collectivités en matière de transports ou de normes de construction propres doivent aussi venir soutenir les stratégies des Etats.

22 pays (Brésil, Canada, Etats-Unis, France, Allemagne, Pérou, Grande-Bretagne, Nigeria, Chili, etc.), ainsi que 15 grandes villes (Rio, Paris, Melbourne, Yokohama, New York, Washington, Vancouver, etc.), 17 collectivités et près de 200 entreprises, ont décidé d'être membres de cette plate-forme permanente de coopération. L'Allemagne, les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ont d'ailleurs publié dès cette semaine une première version de leur plan pour "décarboner" leur économie à l'horizon 2050. Mais "cette nouvelle plate forme dissimule mal le fait que la COP marocaine, qui aurait pu donner lieu à une première révision à la hausse de l'ambition des pays, a échoué sur ce plan", souligne un expert du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) cité par le site Euractiv.

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Commentaires
a écrit le 24/11/2016 à 8:07 :
Au début, l'homme a découvert le feu. C'est ce qui différencie l'homme de l'animal. Progressivement, l'homme a su maitriser l'énergie. C'est la maitrise de l'énergie qui est à la base de notre développement économique. N'oublions pas l'énergie dans notre raisonnement économique.
a écrit le 21/11/2016 à 11:25 :
Toutes ces mesures ne servent à rien....le destin de la race humaine, c'est de se développer hélas, en détruisant l environnement et toutes les mesurettes des bien pensants écolos bo bo n 'y changeronr rien à moins de revenir à l'age de pierre....

Comme la écrit le grand cosmologiste britannique Stephen William Hawking , le seul avenir de la race humaine est de trouver et de coloniser des exo planetes afin (encore hélas....) de recommencer son développement en exploitant leurs ressources...
Il ne sert à rien de se lamenter sur ce destin à moins d'éradiquer une bonne fois pour toute la race humaine...
a écrit le 21/11/2016 à 11:24 :
Toutes ces mesures ne servent à rien....le destin de la race humaine, c'est de se développer hélas, en détruisant l environnement et toutes les mesurettes des bien pensants écolos bo bo n 'y changeronr rien à moins de revenir à l'age de pierre....

Comme la écrit le grand cosmologiste britannique Stephen William Hawking , le seul avenir de la race humaine est de trouver et de coloniser des exo planetes afin (encore hélas....) de recommencer son développement en exploitant leurs ressources...
Il ne sert à rien de se lamenter sur ce destin à moins d'éradiquer une bonne fois pour toute la race humaine...
a écrit le 20/11/2016 à 11:27 :
INVESTIR EN ENERGIE L AFRIQUE REDUIRAS LA PAUVRETE DANS LE MONDE CELA VAS DANS LE BON SENS MAIS INVESTIR PLUS VITE DANS LES ENERGIES NOUVELLES ET TRES URGENT? NOTRE TERRE BRULE AVAIS DIT CHIRAC AU NATION UNIES ? NE LAISSONS PAS LES LOBYSTES DU PETROLE ET DU CHARBON NOUS SERINE AVEC DES ECONOMIES NATIONNALISTE METTANT EN CAUSE L AVENIR DE NOTRE TERRE ET DE NOS ENFANTS ET PETIT ENFANTS???/// NOUS AURONS LE DESTIN QUE NOUS AVONS MERITE/// ALBERT EINSTEIN///
a écrit le 19/11/2016 à 15:07 :
Malgré la situation déjà catastrophique, on a tout de même l’impression qu’il y a actuellement comme un « alignement favorable des planètes ». Mais peut être que je me trumpe ?

Accord ou pas, bonne volonté ou mauvaise foi, le changement est acté. Ce sont même LES changements.

- le climatique, celui qui produit déjà ses effets, impactant pour le moment surtout des populations déjà défavorisées. Mais ne nous leurrons pas, tout le monde a à y perdre.

- la pollution, les Chinois aussi en sont aussi victimes, obligeant leurs dirigeants à agir

- le technologique, celui qui permet par exemple de produire des panneaux solaires à faible coût et à rendre les énergies renouvelables extrêmement compétitives. Les samrtgrids, les véhicules électriques,…

- l’économique : les investissements dans les centrales de production d’électricité sont en forte progression (surtout éolien et solaire), à voir également les projets développés en Afrique.

Au delà, ou à défaut, d’engagements moraux, humanitaires ou simplement de survie de l’espèce, l'idéal (assez cyniquement) est que l’économique y trouve aussi son compte. C’est peut être cela qui va faire va inciter à changer de modèle, car dans le cas de la production d’électricité, les intérêts sont communs.
Réponse de le 20/11/2016 à 8:33 :
Comment vous dire que vous avez raison. Il faut trouver une concordance entre l'énergie et le développement de l'économie. C'est ce qu'on appelle le progrès technique ou plus particulièrement "l'évolution". Merci.
a écrit le 19/11/2016 à 12:11 :
3000 personnes minimum qui se sont deplacees en avion, ont sejourne dans des hotels top luxe, ont consomme inutilement eau, electricite, transports, telecommuncations....
Et tout ca pour nous donner des lecons de respect de l'environnement....
J'appelle ca les tartuffes de l'environement, des mange-.....
a écrit le 19/11/2016 à 11:36 :
faire diversion ! que du cinéma..discrédite les politiques..la parole est l ombre de leur action a nos frais certe
a écrit le 19/11/2016 à 10:19 :
Pour rien, non ! Y en a quand même qui se sont gavés aux frais du contribuable :-)
a écrit le 19/11/2016 à 9:52 :
Le climat, ça eu payé, mais ça ne paie plus. Il faut s'orienter vers l'énergie et augmenter le prix de l'énergie pour réduire le cout du travail. Qui le comprendra avant la faillite de notre économie? Prenons modèle sur les Suédois et les Allemands.

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